III. — L’Auteur des Enluminures
quel maître est-on redevable des charmantes peintures des Heures de Notre-Dame? M. Ch. Ruelens convenait dans une étude consacrée aux manuscrits qui avaient figuré à l’Exposition nationale de 1880, que l’on était encore réduit à des conjectures quant au nom de l’artiste ou des artistes (1). Le lieu d’origine est mieux connu. « Un œil un peu exercé, dit M. de Chênedollé, ne peut méconnaître le caractère flamand de ces vignettes. Les types des personnages, les costumes, les localités, etc., tout dénote que les auteurs de ces dessins travaillaient en Flandre et, très probablement, à Bruges, s’inspirant des objets qui leur étaient familiers, qui frappaient journellement leurs regards. Nous avons, en effet, retrouvé dans le plan de Bruges, dressé par Marc-Gérard en i562, plusieurs des points de vue, des tours de moulins à vent, des édifices qui figurent dans les vignettes du manuscrit dont nous nous occupons en ce moment. » Seulement, l’érudit dont on vient de lire les observations ne précise aucun des détails qu’il a reconnus. D’accord avec M. Gilliodts Van Severen, M. Ch. Ruelens considérait les monuments figurant dans les miniatures représentant le Tournoi et Saint Corne et Damien (pl. XI et pl. LUI), comme appartenant à l’architecture brugeoise. A notre tour, en 1891, si nos souvenirs sont exacts, nous nous sommes promené à Bruges, en compagnie de l’aimable archiviste de la ville, M. Gilliodts Van Severen. Et là, muni de photographies, nous avons tenté d’identifier certains fonds des Heures de Notre-Dame avec des sites de la vieille cité flamande; mais ce fut en vain. Aucune peinture ne cadrait parfaitement avec un
(1) Bruga-: Flandrorum urbs et emporium mercatu célébré an a. chr. nat. cio Io Lxn; Illustrissime) amplissimoque senatui populoque Brugensi Marcus Ger ardus pictor et sculptor dedicabat.
point de vue déterminé. Il résulte même de cette inspection que l’artiste s’est complu à ne coordonner que des éléments réels, mais avec une vraisemblance déconcertante, dédaignant de s’astreindre à faire la copie pure et simple de telle vue existante.
Sans aucun doute, les miniatures des Heures de Notre-Dame remontent au premier tiers du xvie siècle, et l’excellence du travail démontre que les Heures sortent d’un des ateliers les plus réputés de Bruges. Or, il y avait justement en cette ville un enlumineur qui jouissait alors d’un grand renom d’habileté : c’était Simon Bening. La considération qui s’attachait à cet artiste avait franchi l’enceinte de la ville. Voici en quels termes s’exprimait, à son sujet, un de ses contemporains, François de Hollande (i) : « Maître Simon de Bruges, parmi les Flamands, fut le plus gracieux coloriste et celui qui fit le mieux les arbres et les lointains. »
Ces quelques mots nous fixèrent dans les recherches que nous avions entreprises concernant les Heures de Notre-Dame. Nous retrouvions, en effet, dans ce manuscrit toutes les qualités de ce maître Simon tant vanté. Le seul moyen d’écarter éventuellement toutes les objections était d’étudier la seule œuvre de Bening connue par un document certain. Or, la miniature dont il s’agit décore le Missel exécuté en i53o, pour le magistrat de Dixmude, ainsi que M. J. Weale l’a établi dans le Beffroi par la publication d’un document que nous reproduisons dans les pièces justificatives.
Grâce à l’extrême obligeance du collège échevinal de Dixmude, il nous fut donné de comparer la miniature du Missel avec celle du livre d’Heures.
De part et d’autre, on rencontre le même dessin, le même coloris et le même sentiment. Et, qui plus est, heureuse coïncidence, les Heures de Notre-Dame contiennent une réplique de la miniature de Dixmude. M. Ch. Ruelens et M. H. Hymans, qui assistèrent à ce rapprochement, ne nous firent pas la moindre objection et, depuis cette consta-
(1) François de Hollande. Manuscrit du xvi® siècle, cité par Raczynski : Les Arts en Portugal, p. 55. (Paris, 1846.)
Pl. IV.
Fcbuu *fdFmifhm
rfrvruni cinlunc* Vun.i :rviv: i >f 4 5
i c Pimn im j u)f ÜLifiï cpi ut>
5 gGilltrti i c n Agntlx v. d Litbco pet’
o c Vtçilu.
17 g (tOll!
qcAplomc c „i