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Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]

(9 Jamais peut-être la réflexion ne fut plus 2H rare ni plus nécessaire à la fois ; et les choses qui la rendent si rare sont précisément celles qui font qu’elle est si néces-* saire. L'homme, attiré hors de soi par tout ce qui l’entoure, se répand sur mille objets sans pouvoir s'arrêter à aucun. Sa vie s’écoule et s'évapore par tous les sens.

À peine a-t-il gagné quelque chose à force d'application et de travail qu’il est obligé de le dépenser, ou bien il est réduit à se le voir enlever par les hommes ou par les circonstances au milieu desquelles il vit. Il laisse quelque chose de sa subs-.

LA (itÉFLEXION.

tance partout où il passe, sans jamais rien pouvoir amasser ni tuésauriser. L’expérience, cette science de la vie qui fait tourner les fautes mêmes du passé au profit de l'avenir, et qui apprend comment il faut se servir des hommes et des choses, l'expérience est bien difficile aujourd’hui parce que nous vivons trop vite, et que trop d'objets passent sous nos yeux pour que nous ayons le temps de les bien observer. D'ailleurs, pris à chaque instant au dépourvu comme nous le sommes ; forcés de-dépenser en détail le peu que nous acquérons, nous ne pourrions que bien difficilement mettre à profit nos observations, supposé que nous eussions le temps d’'observer. Nous pensons, nous regardons, nous aimons, nous vivons en courant. Nous ne pouvous que faire un léger signe de tête aux hommes que nous rencontrons, pour leur manifester notre sympathie :

semblables à des navigateurs qui se rencontrent sur la mer,et qui ont à peine le temps de se reconnaître. Dans cette perpétuelle

mobilité tout flotte comme dans un nuage,

| et nous ne voyons plus que des objets con-

fus, sans forme ni couleur.

Autrefois l’homme parcourait dans un certain ordre les divers degrés de la vie.

La vie intérieure, la vie de famille ct la vie publique se succédaient avec une régularité constante et se compensaient mutucllement, de sorte qu'il n'était ni trop longtemps seul avec lui-même, ni trop souvent absent de chez soi ; mais la méditation, l'amour et l’action répandaient sur ses jours le charne d’une agréable variété, et venaient tour à tour occuper ses instants. Les méditations de la tête n'é

| taie Mpoint sèches et drides, parce qu'elles

étaient rafraichies par les plus dou-

+ ces affections du cœur ; et le bonheur

calme de la famille n’engourdissait

à point la volonté, parce que l’action l’exer-

çait continuellement. Il n’en est plus de même aujourd'hui. L'homme peut à peine

| passer quelques moments avec soi-même.

| Dès qu'il veut se recueillir, le monde, avec

ses prétendus devoirs et ses convenances

factices, vient frapper à la porte de son “br cœur, et l'entraine je ne sais où. RH:

Si, pour échapper aux distractions qui | 4

l’'obsèdent, il veut vivre loin du monde et rt renoncer au commerce des hommes, il se +:

trouve abandonné à lui-même, isolé, privé LÀ des forces que nous puisons en nous asso- Er

ciant à nos frères, et livré sans défense Me aux dangers de l'isolement ; car il n’y a plus comme autrefois de ces associations qui éloignent du monde sans séparer des hommes, qui concentrent la vie sans l’isoler, et qui font tourner la solitude au profit de la charité.

La famille n'existe plus pour un jeune homme. La première occupation des parents n’élant plus d'élever leurs enfants par une éducation solide et chrétienne, mais de travailler à conserver ou à augmenter leur fortune, les enfants sont remis de bonne heure aux mains des étrangers qui doivent les instruire, et souvent le | visage de leurs pères est pour eux comme ch une rare apparition dans leur vie,

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