‹ Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]Chapitre 2 sur 43 · LITE E · texte numérisé non relu

LITE E

Tout aujourd'hui tend à affaiblir l'âme, n la répandant sur un trop grand nombre d'objets. L'éducation commence dès le premier âge à l’éparpiller outre mesure, AR cause du nombre infini de choses qu'il Maut paraître savoir, et sur chacune desquelles l’esprit ne peut que glisser légèrement, parce que, s'il voulait aller au fou de l’une d’entre elles, il ne lui resterait plus de temps à donner aux aatres. Dans ce tumulte et cette anarchie de la science, l'enfant s'échappe à lui-même et se perd de vue.

Puis il entre dans le monde, dont le

mouvement achève bientôt l’œuvre qu'’a-

vait commencée l'éducation. On ne peut Mise défendre d’un profond sentiment de Mcompassion pour la nature humaine, quand Mon pense jusqu’à quel point le monde a su donner à ses usages les plus déraisonna- Mbles, à ses vanités et à ses misères une im- Mportance souveraine. Son pouvoir, ou plutôt son despotisme sur ses esclaves, est Dune des énigmes les plus inexplicables

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pour un homme qui aime à se rendre raison des choses. Ilest trop vrai qu’il a su s'emparer de l’homme tout entier, devenir l'affaire capitale de sa vie, établir une multitude de lois arbitraires qu’il change à son gré, et auxquelles tous se soumettent avec une inconcevabe docilité. Dans un temps où l’on conteste tous les titres et tous les droits, il ne vient dans l'esprit de personne de lui contester la puissance absolue qu'il s'attribue, et qu'il exerce si despotiquement.

Que deviendrez-vous, jeune homme, tiré dans tous les sens par les sciences, par le monde et les affaires ? Que deviendra la vigueur primitive de votre caractère et l'énergie de votre volonté ? La réflexion seule peut sauver d’une ruine universelle votre intelligence, votre cœur et votre vie.

Si vous ne rentrez quelquefois en vousmême, pour méditer sur la vanité des plaisirs auxquels le monde condamne vos jours, ils finiront par vous absorber et vous anéantir. Si vous ne cherchez de

re raiil a su levenir le mulange à nettent ans un tres et prit de ice absi des-

ère et

bmps en temps à renouer le hl de vos Mensées, que tant de distractions viennent uper à chaque instant, il vous échappera but à fait, et vous serez plus étranger à 4 bus-même que l'animal qui n'a point la nscience de ses instincts ni de ses actes.

| Réfléchir, c’est rattirer à soi et retour- Mer vers son âme tous ces rayons de l'in- Ælligence qui s'étaient répandus au de- Mors,et qui divergeaient dans tous les sens ; est se rendre compte de ses actions, et quérir la conscience de ses pensées les Blus intimus et de ses plus secrets instincts ; est s'arrèter un instant dans la vie, pour ir le chemin qu'on a fait, et celui qui este encore à faire ; c'est interroger le Masse au profit de l'avenir, se souvenir du remier pour prévoir le second, compter mettre en ordre les trésors gagnés par expérience, comme un honte dans ses flaires fait chaque soir le compte de sa burnée,

: Dans votre vie, il y a bien des occupaons inutiles, bien des jours consacrés à

la frivolité. Peut-être ne savez-vous pas même sur quoi réfléchir. Peut-être votre âme est-elle déjà tellement distraite qu’elle ne peut plus trouver elle-même le sujet de ses méditations, et qu’il faut les lui donner toutes prêtes, pour qu’elle n'ait qu’à les prendre et à s’en nourrir. C’est le but que je me suis proposé dans ce petit livre.

Il dépend de vous de me les faire atteindre.

Je l'ai intitulé : Les heures sérieuses d'un jeune homme, parce que dans votre vie on ne peut guère compter que par heures le temps donné aux choses sérieuses. :

Quand vous avez le cœur lassé, ou la volonté fatiguée, prenez ce livre pour quelques minutes, et lisez-en une ou deux pages : peut-être en retirerez-vous quelque profit ou quelque consolation pour votre âme. Une pensée sufit quelquefois pour éléver le cœur, ou pour y déposer le germe d’une bonne action et d'une résolution généreuse.

Le lecteur est souvent plus intelligent que l’auteur ; et dans un mot auquel

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celui-ci n'avait fait aucune attention, il

découvre des choses qui semblent avoir été dites pour lui; car l'écrivain est comme un archer qui décoche son trait, laissant à Dieu le soin de le diriger où il veut, et d'en frapper qui il iut plait.

Ce livre est l’ouvrage d’un homme vivant comme vous dans le monde, et qui désire de rendre utile pour les autres la connaissance des hommes et des choses qu'il a acquise.

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