‹ Les heures sérieuses d'un jeune homme [microforme]Chapitre 4 sur 43 · SE · texte numérisé non relu

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les souvenirs sont encore frais et les espérances vigoureuses. Le passé et l’asi près qu'ils peuvent se donner la main, et fournir au présent une base qui l’appuie Tout en quelqu:

sorte est présent pour lui ; il n’a qu’à se, retourner pour saisir le passé ; in’a qu’à tendre un peu la main pour cueillir les plus belles espérances. Il à en lui assez

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il a devant lui assez de temps pour pouvoir étendre ses projets et allonger ses désirs,

‘ sans se heurter contre la pierre du tom-

beau.

Jeunes gens, reconnaissez votre dignité et la sainte importance des devoirs qu’elle vous impose ! L'avenir sera ce que vous serez. La France deviendra ce que vous voudrez, et le monde sera ce qu'il vous plaira qu'il soit. Vous succédez à une génération qui ne valait pas ce qué vous valez, que la corruption avait flétrie, que l’impiété avait desséchée, et qui n’a eu de force que pour détruire,

Le siècle passé vous a laissé des ruines c’est à vons de relever ce qui peut entrer dans la nouvelle construction de la société M et de nettoyer le sol de tous les matériaux inutiles qui l’encombrent. Alors vou pourrez, architectes intelligents, élever 1eb | nouvel édifice sur cette base’immuable «+ éternelle que les hommes peuvent bien ébranler quelques instants, mais que tou} leurs efforts ne pourront jamais parvenirf à renverser ; sur cette base, qui de temp immémorial a supporté toutes les gloire et toutes les grandeurs de la France, et il servi de fondement à toute notre histoire # car, par une admirable disposition def desseins de Dieu, la France, comme na tion, a été enfantée par l'Église. C’est 10 premier peuple qui soit né dans la vraid | foi ; c’est le peuple très-chrétien, fils aînd de l'Église. |

O vous qui êtes nés avec ce siècle j jeun encore, qu'avez-vous trouvé autour dés vous, si ce n’est un chaos où toutes les idées les plus contraires gisaient pêle-mêl

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DE LA JSEUNESSÉ, 15

les ünés à côté des autres ; où le vrai et le faux, le bien et le mal étaient mêlés ensemble dans une étrange confusion ? A la vérité, l’esprit de Dieu planaït sur cet abime, et couvait sous son aile les germes qu’il contenait. Déjà la lumière s’est faite. Les eaux supérieures et les eaux inférieures ont été divisées : ce qui par sa nature tend à s’élever est monté en son lieu, tandis que les choses basses, entraiînées par leur poids, sont descendues jusqu'aux dernières limites de leur pente. Déjà les plantes qui doivent fournir les germes de l'avenir se sont montrées, et en ce moment, Dieu est occupé à former les hommes qui doivent cultiver ces plantes, et en développer les fruits. Il inspire à la jeune génération une âme vivante, pour l’introduire ensuite dans ce paradis de l’Église qu'il a planté de ses mains, où il a placé les sources des plus beaux fleuves, les arbres les plus précieux, dont les fruits donnent la vie et l’immortalité à celui qui les mange.

Si les signes qui nous apparaissent au ciel et sur la terre ne nous trompent point, Dieu et son Christ se préparent à un grand déploiement de leur puissance et à une grande manifestation de leur miséricorde et de leur justice parmi les hommes. Vous verrez ces choses, à jeunes gens, et c’est par vous que Dieu les accomplira ! Et nous, qui sommes plus avancés que vous dans la vie, nous vous envions votre jeunesse, parce que nous voudrions être témoins comme vous des justices et des miséricordes du Seigneur. Préparez donc vos esprits, vos cœurs et vos bras ; car vous verrez et vous ferez de grandes choses. Dieu et son Christ vous demandent votre concours. Ils ne veulent rien faire seuls, à cause du souverain respect qu'ils ont pour la volonté de l’homme, et parce qu'ils tiennent à vous associer aux desseins de leur providence sur nous.

En vos mains sont les destinées futures de la France et les germes de l'avenir. Où vous irez, la justice de Dieu vous suivra :

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les événements suivront la pente que vous leur tracerez. Gloire à Dieu, si vous êtes bons ! malheur au monde, si vous êtes méchants ! Si vous semez l’iniquité, vous recueillerez l’humiliation, l’opprobre et le malheur ; si vous semez la justice, vous recueillerez l’honneur et la gloire.

France, réjouis-toi ; car parmi tes enfants il y a une progression vers le bien, qui fait que chaque année est plus riche que l’année qui la précédait, et que les hommes sont d'autant meilleurs qu'ils sont plus jeunes ; et quand le temps aura dispersé les derniers débris du siècle qui n’est plus, l’œuvre de la régénération avancera bien plus rapidement, parce qu’elle ne sera point entravée par les obstacles qui arrêtent sa marche aujourd’hui.

Déjà la barrière du respect humain est tombée : les hommes qui croient se font honneur de croire et d'agir conformément à leur foi. Que pourraient-ils craindre en effet, et de quoi pourrait-on les accuser ?

La piété donne l'estime des hommes qui

ont l'intelligence, et elle impose le respect à ceux même qui ne la comprennent point.

Mais qui oserait dire qu’elle est un moyen d'avancement ou de fortune ?

Le seul reproche qu’on puisse faire à ceux qui la pratiquent c’est que, n'étant point distraits par les bagatelles qui amusent la multitude des esprits médiocres, ni amollis par ces plaisirs grossiers qui énervent à la fois le corps et la volonté, ils ont et plus de temps et plus de force à donner aux choses grandes, élevées et sérieuses. Où trouverez-vous aujourd'hui les lumières de l'intelligence, l'enthousiasme du sacrifice, les abnégations de la charité, les élans du patriotisme, les tendres compassions de la miséricorde, l’amour inteiligent et tendre des malheureux et des pauvres, si ce n’est dans ces jeunes chrétiens, dont la ferveur contraste d’une manière si frappante avec la froideur et l’indifférence du siècle dernier, et dont la vie conserve encore parmi nous cet esprit chrétien et

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ces vertus sublimes qui rendirent autrefois la France si glorieuse ?

Dans cette préoccupation des intérêts matériels, qui semblent vouloir attirer à eux et absorber toute l'attention de l’esprit et toute l’application de la volonté, que deviendrions-nous si la foi ne tenait dressées en haut les intelligences d'élite, et si la charité ne dilatait dans toute leur largeur ces belles âmes que Dieu à créées avec une sorte de complaisance,et qu’il n’a faites si vastes et si profondes que pour y verser avec profusion toutes les richesses de sa grâce et tous les trésors de son amour ? Nous devièndrions plus pesants et plus durs que ce métal jaune après lequel courent avec tant d'empressement nos désirs et nos convoitises.

C'est la jeunesse chrétienne de nos jours qui sauve la France aux yeux de Dieu et de l’Europe, et qui arrête à la fois les explosions de la colère divine et celles du mépris des hommes. En effet, si vous sortez de là, et si vous voulez poser le pied

sur le terrain où s’agitent les intérêts de parti et d'argent, vous ne trouvez que des pensées étroites et de misérables désirs qui rampent par terre, sans pouvoir jamais s'élever. Là l’égoïsme, avec ses âpres convictions et sa soif immodérée du gain ; là l'injustice avec ses ruses perfides, son habile duplicité, sa dureté que ne peut briser aucun choc, et qué n'attendrira jamais l’infortune ou le malheur dés autres ; là des cœurs qui ne savent point aimer,des âmes qui ne connaissent point la science de la douleur ni l’art sublime des sacrifices ; là des yeux qui ne savent point pleurer, des mains qui ne sävent point donner, des lèvres qui ne savent point prier ; des hommes épris d'eux-mêmes, qui s’aiment et se recherchent avec une indicible volupté, et qui selon la belle expression du prophète, ont résolu de tenir leurs yeux abaissés vers la terre et de ne regarder qu’elle. |

Mais vous, jeune homme, tenez vos yeux élevés vers le ciel, afin que le pieux

êts de E et saint commerce que le Christ a rétabli Mentre le ciel et la terre ne cesse point tout à fait, et que la conversation des hommes avec les Anges ne soit point interrompue.

Ne laissez point le monde croire qu'il n’y la plus en France que de l'or et des mains qui s'étendent pour le saisir. Croyez, laimez, priez et agissez. Ne cherchez point à vous persuader, par une humilité fausse Met dangereuse, qu'à cause de votre âge vos actions sont sans importance ; mais soyez au contraire assuré qu’elles ont plus de poids et plus de valeur que celles des hommes plus âgés que vous. Les actions Mde ceux-ci sont des fruits mûrs qui se dé- Mitachent de l'arbre, parce qu'il ne les peut plus supporter ; les vôtres sont des germes qui percent ou des fleurs qui s’épanouis- Asent. Celles-là sont au passé, les vôtres à Ailavenir. Or l'avenir vient, et le passé n'est plus ou s’en va.

L Cette privation que vous vous imposez, ce sacrifice que vous faites au devoir, cette heure que vous donnez à la méditation ou

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à la prière, ce danger que vous fuyez,cette aumône que vous donnez, cette bonne pensée que vous écoutez, cette inspiration de la grâce à laquelle vous obéissez, va peut-être déterminer dans votre vie toute une suite de pensées, de désirs et d'actions semblables. A votre âge le bien comme le mal prend facilement au cœur, et une étincelle tombée de ce feu divin, que le Christ est venu apporter sur la terre, suffit pour allumer dans une jeune âme le désir et l’amour du bien. Chaque action peut devenir chez vous le principe d’une habitude. Vos actes sont des causes ; ceux des vieillards sont des effets.

C’est une erreur de croire que l’âge donne de la volonté. La volonté ne s’acquiert et ne se conserve que par l’exercite et l'habitude du sacrifice et de l’abnégation. Celui qui dans sa jeunesse ne s’est pas accoutumé à vouloir contre sa volonté la trouvera toujours plus faible à mesure qu'il avancera en âge. Rien n’est impuissant pour le bien comme un vieillard qui

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a fait le mal de bonne heure. Si vous 4 in’avez pas cette farce et cette vigueur que donne une longue habitude du bien, 1 [vous pouvez l’acquérir ; car vous n’avez pas une volonté endurcie dans le mal, et 0 en tournant votre âme du côté du ciel vous 1 pouvez encore l’imprégner de grâce et de lumières. Vous êtes plus libre, parce que 07 vous êtes plus jeune ; et avec cette liberté

que Dieu vous a donnée, et que sa grâce ne cesse d'aider, il n’est rien qu’on ne

1 puisse faire, rien dont on ne puisse venir

à bout. Croyez ceci, et agissez.

JAQOSO

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