Les Heures sérieuses d'une jeune personne
Depuis longtemps le livre que nous publions aujourd'hui nous était demandé : mais les sollicitations les plus vives n'avaient pu triompher de notre répugnance et vaincre notre opposition.
Il nous semblait impossible, en effet, après avoir publié les Heures sérieuses d'une jeune femme, de faire pour les jeunes personnes un livre du même genre sans tomber dans des répétitions et des redites qu'on ne pardonne guère
à un auteur , et que celui-ci doit moins encore se pardonner à soi-même. Il nous semblait que, dans le premier de ces ouvrages, nous avions épuisé la matière, et qu'il ne nous restait plus rien à dire, même aux jeunes personnes, qui pouvaient y trouver, en partie, ce qu'il leur importe le plus de savoir, quoiqu'il n'ait point été fait spécialement pour elles. Nous avons craint, en résistant plus longtemps aux instances qui nous étaient faites, de nous opposer aux desseins de la Providence, qui sait faire de grandes choses avec de petits moyens, et tirer le bien des choses même les plus médiocres. Mettant donc de côté toute considération personnelle et tout amourpropre d'auteur, nous avons entrepris l'œuvre qu'on nous imposait en quelque sorte , dans l'espérance qu'elle pourra être utile à quelques âmes , et
que Dieu, pour qui nous l'avons faite, la bénira et en tirera sa gloire.
Il nous était impossible, dans ce nouvel ouvrage, d'omettre les sujets que nous avions déjà traités dans le premier : c'eût été retomber dans les inconvénients qu'on voulait éviter, puisque les jeunes personnes, à qui nous nous adressons ici, auraient été obligées d'aller chercher dans les Heures sérieuses d'une jeune femme ce qu'elles ne trouveraient point dans ce livre. Or parmi les raisons pour lesquelles on nous engageait à le publier, la principale peut-être, et celle qui a fait le plus d'impression sur nous, c'était que le premier de ces ouvrages, s'adressant à des femmes déjà mariées, contenait plusieurs choses qui doivent encore être ignorées d'une jeune personne, et qu'il était important, à cause de cela, de leur présenter un nouveau livre qui
pût leur rendre inutile le premier. Le même sujet d'ailleurs peut et doit même quelquefois être traité d'une manière dillerente , selon que l'exige la variété de ceux à qui l'on s'adresse. Il est des choses.sur lesquelles on doit insister avec force j quand on parle à une jeune femme, et que l'on doit traiter légèrement, au contraire, lorsque l'on parle à une jeune personne.
11 y a, de plus, des sujets qui sont en quelque sorte inépuisables, et que l'on pourrait traiter dix fois sans tomber dans des redites ennuyeuses. La plupart des sujets qui touchent à la religion sont de ce genre ; car ils participent jusqu'à un certain point de la nature de l'infini, et toute l'industrie d'un auteur, en les traitant, consiste à varier les formes et les aspects sous lesquels il les présente. C'est ce que nous avons essayé de faire dans ce
livre. Puisse- t-il produire tout le bien que nous nous sommes proposé en l'écrivant ! C'est la plus douce récompense que nous attendions de notre travail.