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CHAPITRE IV

De la dignité de la fenime.

Le pape saint Léon , dans une de ses liomélies sur la naissance du Sauveur, dit, en s'adressant à l'homme : « 0 liomme! reconnais ta dignité! » Nous pouvons bien aussi adresser à la femme ces paroles, car son bonheur et ses vertus dépendent en grande partie de la haute idée qu'elle a d'elle-même, et du soin qu'elle prend de conserver cette idée et dans son propre esprit et dans celui des autres. Malheur à la femme qui, par une fausse modestie, ou par

quelque cause pire encore, a perdu le respect de soi-même, car elle est privée de l'une des plus fortes barrières qui puissent la défendre contre l'instabilité de son cœur ou contre les séductions du monde. La femme a reçu de Dieu la sublime fonction d'entretenir dans la société l'esprit de dévouement et de sacrifice. Fidèle, trop peut-être quelquefois, à sa mission, elle est travaillée par un besoin insatiable de se donner, de se sacrifier à un autre qui la possède, la soutienne et la complète. Tant qu'elle ne s'est pas donnée, elle est, pour ainsi dire, à cbarge à ellemême, et semble trouver la liberté et le bonheur dans cette servitude volontaire du cœur, dans cette abnégation de tous les instants, dans ce sacrifice perpétuel de tout son être.

Cette disposition du cœurde la femme, qui lui a été donnée pour le bien de la

société et pour son propre bonheur, pourrait facilement tourner au détriment de l'une et de l'autre, si les femmes venaient à regarder comme peu de chose ce qu'elles donnent, quand elles se donnent elles-mêmes. Il leur importe de bien comprendre la valeur du présent qu'elles font, quand elles engagent leur cœur et leur lidélité. En effet, quand on estime peu une chose , on ne réfléchit guère avant de la donner, et l'on est peu diflficile sur le choix de ceux que l'on préfère. Et vraiment, à considérerla légèreté d'un grandnombre de femmes dans leurs affections, et la déplorable facilité avec laquelle elles suivent bien souvent les caprices de leur cœur et de leur imagination , on ne peut s'empêcher de croire qu'elles regardent comme bien peu de chose ce qu'elles donnent avec tant d'irréflexion. Et pourtant, en donnant leur cœur, elles don-

lient la clef de tous les trésors qui enrichissent leur âme : elles donnent toutes leurs pensées, toute leur volonté, toute leur vie. Elles donnent quelquefois plus que tout cela : elles donnent leur salut, leur éternité, leur conscience, et Dieu lui-même, meltant à sa place, par une sorte d'idolâtrie , l'objet qui remplit leur cœur. Pour prévenir cette coupable prodigalité, les femmes doivent s'appliquer à bien connaître leur dignité. Elles ne sauraient jamais en concevoir une idée trop haute, et ce serait leur porter un grand préjudice que de chercher à la rabaisser dans leur esprit par une humilité prétendue. La plus humble de toutes les femmes est en même temps celle qui a le mieux compris sa dignité. Et son humilité, que nulle autre femme n'a égalée, ne l'a pas empêchée d'apercevoir les grandes choses que le Tout- Puissant avait faites en elles, et de les

proclamer dans ce cantique sublime qui est comme la charte et le titre glorieux des droits, des prérogatives et des grandeurs de la femme.

Les deux choses les plus belles, les plus grandes, les plus glorieuses et les plus élevées de la création tout entière, c'est l'intelligence de l'homme et le cœur de la femme. C'est en ces deux choses que Dieu met par-dessus tout ses complaisances. 11 y prend tant de joie , qu'il ne peut se lasser de les regarder, qu'il les porte dans ses mains avec des précautions infinies, et qu'il est, pour ainsi dire, tout occupé de les cultiver et de les soigner. C'est vers ce but, en elfet, que tendent tous ces miracles d'amour qu'il a opérés dans le monde par son Fils, tous les mystères de Jésus-Christ, de sa passion et de sa mort. Donner aux hommes la connaissance de la vérité et l'amour du bien, telle

est la fin que Dieu s'est proposée dans la création de ce monde. Aussi l'ordre qu'il a établi est altéré jusque dans ses dernières profondeurs, et la société est ébranlée jusque dans ses bases, lorsque rintelligence de l'homme, prenant en haine la vérité, se fait esclave de l'erreur, et que le cœur de la femme, détournant son amour des biens véritables, se prostitue aux biens faux et passagers qui le souillent sans le remplir. On peut dire que le cœur de la femme est comme la source de la société tout entière, et que c'est de là que découlent tous les biens et tous les maux qui consolent le monde ou qui l'affligent. En ciïet, c'est la famille qui donne à la cité et à l'Etat sa forme et son empreinte; et c'est la femme qui fait la famille d'après le type et le modèle qu'elle trouve en son propre cœur; puisque c'est à elle qu'a été confié le

soin de former l'enfance, et de cultiver ces premiers germes d'où dépend bien souvent l'avenir de l'homme tout entier. Aussi, en écrivant ces mots, en considérant que celles à qui je parle , et qui liront ces pages, seront un jour à la tête d'une famille, chargées de réJiication de plusieurs enfants qui fonderont de nouvelles familles à leur tour, et qui prendront une part plus ou moins active à ce grand mouvement où se déroule à travers les siècles le plan de la Providence, je me sens saisi d'une sorte de respect et de crainte, et je prie Dieu de donner à mon esprit des pensées dignes de la grandeur du sujet que je traite en ce moment.

Qui que vous soyez, vous qui me lisez et méditez mes paroles, j'honore et je vénère la dignité de votre vocation; je vous regarde comme un être auguste et sacré; j'admire les grands desseins

de Dieu sur vous , et je le prie de vous faire partager l'estime et le respect souverain que votre condition m'inspire.

En ce moment, libre encore de tout engagement, jouissant de la plénitude de votre jeunesse-,, et des trésors d'innocence et de candeur qu'elle vous oflVe, placée comme une reine sur le seuil de l'avenir qui s'ouvre devant vous semblable à un temple spacieux; n'ayant derrière vous pas un remords qui puisse obscurcir votre esprit ou affaiblir votre volonté, n'ayant devant vous pas une inquiétude qui puisse alarmer votre cœur; riche déjà de pieux souvenirs, de saintes espérances, de pensées divines et de mérites acquis par la pratique de la vertu et de la prière; ne connaissant le vice et les amertumes dont il abreuve le cœur que par les peintures par où l'on a essayé de vous en inspirer l'horreur, vous êtes dans un état de li-

bertéque toute âme chrétienne vous envie; vous possédez une puissance, je dirais presque une majesté que nul ne peuts'empêcher d'admirer et d'honorer.

Car il n'y a point d'être plus libre que celui qui n'a point encore subi la servitude du péché : il n'en est point de plus puissant que celui dont l'âme n'a point encore été vaincue par l'attrait du plaisir. La trame de notre vie est là, tendue devant votre souffle , intacte et flexible : vous pouvez la disposer et la tisser comme bon vous semble, sans être arrêtée par ces nœuds , par ces tils brisés ou mêlés qui plus tard viendront si souvent ralentir ou arrêter votre main . Vous êtes à cet endroit de la vie où aboutissent et se croisent tous les chemins et tous les sentiers : vous pouvez choisir celui qui vous plaît davantage, et lancer votre âme dans les voies du bien avec cette ardeur généreuse que donne

la jeunesse. Mais, quoi que vous fas siez, quelque parti que vous choisissiez, vous allez engager avec vous l'avenir et le bonheur de plusieurs, peutêtre même d'une longue suite de générations. Bonne ou mauvaise, épouse de Jésus-Christ ou d'un homme, mère de famille ou mère des pauvres, renfermée dans l'asile du cloître ou répandue dans le monde, vous ne vous sauverez ni ne vous perdrez seule : mais les fruits de vos vertus ou de vos fautes nourriront , longtemps encore après vous, des êtres que Dieu voit dans sa prescience infinie, et pour lesquels sa providence vous implore. Quel moment solennel! quelle sublime puissance! Y avez -vous songé sérieusement?

Transportez-vous par la pensée dans la maison de Nazareth, au jour où l'ange Gabriel vint annoncer et proposer à votre Reine la maternité divine.

et lui demander son consentement pour ce grand œuvre auquel était attaché le salut du monde. Les paroles de l'ange étonnèrent aussi l'humilité de Marie, qui ne pouvait croire à une si prodigieuse élévation , et il fallut qu'il l'assurât que lEsprit-Saint lui-même accomplirait en elle celte merveille. Ce fut certes une heure bien mémorable dans l'histoire du monde, que celle où le genre humain tout entier fut comme suspendu aux lèvres d'une vierge. Et je n'en vois point d'autre qui lui puisse être comparée, si ce n'est celle où Dieu tira d'une parole le monde du néant.

Or il y a dans cette époque de votre vie où vous êtes arrivée , et dans votre position actuelle, quelque chose d'analogue à celle où se trouva la Vierge de Nazareth au jour de l'Annonciation. A vous aussi de glorieuses destinées sont annoncées, à vous aussi est promise une

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