LA FETE-DIEU
Le Fils de Dieu s'est fait homme Pour que l'homme devînt Dieu.
Saint-Paul.
La Fête-Dieu
A L ABBi: DE LAMENNAIS.
L'air est pur ; le ciel sans nuage j L'aube rend la rosée aux fleurs Et blanchit entre le feuillage , Le vallon reprend ses couleurs , Sur le lis l'abeille bourdonne , L'oiseau vole et chante en tout lieu , Et de loin la cloche qui sonne Annonce la iete de Dieu.
La route se jonche de lierre , Et déjà le voile de lin Blanchit les murs de la chaumière.
Le pauvre, que suit l'orphelin, Vient prier le père du monde :
La bergère, dans les guérets , Cache sa chevelure blonde Sous la couronne de bluets:
De l'encens l'urne balancée Frémit en sons harmonieux • La vierge , à la voix cadencée , Suit la pompe en baissant les yeux Des fleurs volent sur son passage , Et ses frères viennent chacun Offrir leur cœur modeste et sage Comme un beau vase de parfum.
Le long du sentier solitaire, La mère pour son nouveau-né, Demande à Dieu sur cette terre Un sort tranquille et fortuné ; Sa prière est un doux sourire , Sa main effeuille quelques lis , Et son regard a semblé dire :
Père , bénissez votre fils î
Sur les guirlandes effeuillies , Sur les tapis et les rameaux , Sur les roses qu*oii a cueillies, Jésus passe dans les hameaux.
Comme aux jours du pèlerinage, Il n'a pour reposer ici Que le creux du rocher sauvage , Les bois, ou le sein d'un ami.
Ouvrez-vous, augustes portiques, Devant les pas du Tout-Puissant :
Ebranlez-vous, cloches antiques.
Sur le temple retentissant î Qu'aujourd'hui votre voix sonore Annonce et proclame en tout lieu , Devant un peuple qui l'honore , Le triomphe de notre Pieu !
Pour immoler à quelque idole , Le vainqueur de l'antiquité Montait jadis au Capitolej Des larmes de l'humanité , Sa gloire était environnée , Et le barbare inglorieux , Marchait , tête découronnée , Devant le char victorieux.
Du Sauveur ce jour est la fête j Partout il a, sur son chemin, Retracé les pas du prophète , Guidé l'aveugle par la main , Visité l'humble et le malade , Béni les champs , l'arbre greffé , Et l'eau pure de la cascade , — C'est ainsi qu'il a triomphé !
Entre la terre et Dieu , l'âme intermédiaire , D'un côté par le corps , touche à l'humanité , Et par le sacrement du Christ dépositaire , Est le temple qui rend sensible sur la terre ,
L'esprit de la Divinité.
Alors de la nature un mortel est le prêtre ; Centre de l'univers , son cœur est un autel Où la création se soumet à son maître^ Sa prière est l'écho que la voix de chaque être
Fait retentir vers l'Éterneh Prophète il peut chanter; une invisible force Soulève les transports de son cœur agité ; Sa muse est l'esprit saint ; sa parole est l'écorce Où sous l'attrait humain d'une futile amorce
S'enveloppe la vérité.
Le monde est un grand corps : la mer est sa ceinture ; Sous la tente du ciel son front est abrité; Deux yeux toujours ouverts éclairent la nature; Les forets dont les airs bercent sa chevelure ; Son ame est la divinité.
Mais l'homme , reflétant ces divers phénomènes , Voyant Dieu par son ame et les cieux entr'ouverts, Sondant de l'océan les voûtes souterraines , Portant en lui le poids des choses surhumaines , Est un monde dans l'univers !
Le ciel même obéit à sa voix si profonde, Et quand il a parlé descend dans le saint lieu. L'Eternel a rendu l'immensité féconde En prononçant un mot : — le sien créait un mondé; Prêtres , le vôtre enfante un Dieu !
Janvier i83i.