‹ Les hirondellesChapitre 13 sur 32 · DIES IRM, DIES ILLA · texte numérisé non relu

DIES IRM, DIES ILLA

IVox est perpétua una dormienda.

CA.TDLLE.

Dies irae, dies illa.

Je n'ose plus aimer : tous ceux que dans la vie , Comme un souffle brûlant , mon amour a touchés , Ont senti se flétrir leur jeunesse ravie, Et pareils à la fleur qu'un soleil a ternie , Sur leur tombeau se sont penchés.

J*ai tenu trois enfans sur les fonts du baptême j Entre les doigts sacrés Tonde pure et le sel , Sur ces fronts adorés dont le lis est remblême , Firent couler la grâce et la vertu suprême : Hé bien^ tous les trois sont au ciel !

Mon cœur, tout palpitant d*un amoureux délire, Sous un regard de femme une fois a frémi ; Puis la mort est venue, étendant son empire, Arrêter un baiser , et glacer un sourire Sur sa bouche ouverte à demi.

J'aimais un jeune enfant : mon ame était la sienne , Et ses y euxbleus riaient dessous ses blonds cheveux. Mais tandis que sa main , sans que rien la retienne , S'étendait doucement, pour s'unir à la mienne, La mort se mit entre nous deux.

Un ange, un front modeste, une sœur empressée, Du plaisir fugitif cueillait avec org^ueil , Au matin de ses jours, la fleur si- tôt passée, Quand la mort, la prenant avec sa main glacée, La fit tomber dans le cercueil.

Une aïeule berça mon enfance première , Mais à peine mon cœur commençait à l'aimer, Que son front a pâli sous le lin mortuaire , Et que sur le bois neuf de sa funèbre bière J'ai vu la terre se fermer.

Ma cousine était belle en sa couche branlante ; Ses yeux levés au ciel n'avaient vu qu'un hiver, Lorsque sous un baiser d'une lèvre brûlante J'ai vu sécher soudain , sur sa tige tremblante , Ce bouton à peine entrouvert.

Et je suis resté seul ; mais leur ombre chérie Dans le calme du sOir m'apparsdt sans remords j Je vais souvent prier sur une herbe fleurie : L'enclos du cimetière est déjà ma patrie, Et ma fête est celle des Morts.

Novembre i83i.

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