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HOR

Mon Tombeau

Lorsque dans le cercueil il me faudra descendre. Sous vos froids monumens n'écrasez pas ma cendre :

Surtout n'y gravez pas mon nom :

N'importe quel mortel a passé sur la terre, Pourvu que le chrétien , par la croix solitaire ,

Y reconnaisse un compagnon.

Je veux, pour reposer durant ma nuit obscure, Un lit qu'auront creusé le^s mains de la nature,

Et son vert gazon pour coussin ; Comme l'enfant bercé dans les bras de sa mère , Moi, je veux en sortant de cette vie amère

]^rmir et rêver sur son sein.

Qu'elle orne mon tombeau des fleurs si tôt fanées: Que les feuilles des bois par le vent moissonnées

Tapissent mon dernier séjour ; Que l'arbre qui renait sur la terre bénie , Me dise en em montrant sa branche rajeunie ;

« Ainsi tu revivras un jour î »

Qu'il s'élève au penchant d'une verte colline , Pour qu'aux heures du soir , quand le soleil décline,

Il lui jette un dernier coup d'oeil ; Pour qu'au matin , les fleurs humides de rosée Inclinant sur mon frout leur tête balancée ,

Pleurent autour de mon cercueil :

Qu'un ruisseau passe auprès; quel'oiseau qu'on repousse Y suspende son nid de duvet et de mousse ,

Loin des embûches des vivans.

Si toutautrem' oublie, au moins quandlejour tombe Qu'il me reste ici-bas, pour veiller sur ma tombe

TJn cyprès qui frémit aux vents.

Suspendez aux rameaux une lyre brisée^ Pour que le doux zéphyr et la brise glacée

En tirent de sombres accords j Pour que , durant la nuit, la vierge échevelée Fasse entendre des sons au pied du mausolée y

Tristes comme la voix des morts.

Qu'un banc de vert gazon sous l'ombrage s'élève Pour que le passager s'y repose , et qu'il rêve •

Que , grave et dans un saint transport , Regardant à ses pieds , il dise : « Je voyage ; Des peines du chemin, après un long orage,

Un jour , ce sera là le port. »

Alors, ombre du ciel, parfois quand le jour tombe. Je reviendrai m'asseoir , à côté de ma tombe

Avec ma robe de vapeur.

Je me rappellerai les peines de la vie , Et puis , par les enfans vainement poursuivie

Je fuirai sans leur faire peur.

Septembre i83i.

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