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LE SABBAT

Honni soit qui mal y pense.

Devise de la Jarretière.

Le Sabbat.

O peuples! savez-vous (c'est Topprobre du monde) Qu'au sein de vos cités râle une orgie immonde : Minuit sonne , écoutez î c'est l'heure du sabbat , Où des vieillards quinteux , couronnés de folie , Vont d'un pas chancelant assouvir dans la lie La passion qui les abat.

Le vin , en écumant , dans leurs coupes ruisselle , Tous les yeux enivrés lancent une étincelle; Leurs corps appesantis et de débauche lourds Tombent; tous ces pourceaux se vautrent pêle-mêle Et de la volupté faisant une gamelle

Roulent sur l'or et le velours.

Attirés par l'odeur les chiens sont à la porte Qui hurlent; les buveurs disent : Que nous importe? Pour qu'on puisse sans bruit les mettre à la raison On leur jette des os à ronger , sur la terre , Et s'ils veulent grogner , un gardien les fait taire

En les cognant de son bâton.

Ce n'est pas tout encor : pour compléter la fête , Il leur faut une femme , un sein blanc , une tête A froisser sous leurs mains ; on appelle un valet : — Amène-nous ici la première venue Jeune , belle, modeste, à la poitrine nue Et blanche , à la taille qui plaît !

Elle avance en tremblant : dans ses mains pudibondes Met son jfiront qui rougit et ses mamelles rondes ; Eux de rire : en chantant de lui tenir les bras , Avec des doigts lascifs dénouant sa ceinture , De flairer sur son corps la débauche et l'ordure , Comme un vautour sent le trépas.

Elle est nue ^ avec bruit la foule l'environne , C'est à qui sous les pieds sèmera sa couronne , A qui l'étouffera de baisers inhumains : Quand elle n'en peut mais , pour achever leur orge , Ils posent en vainqueurs leurs genoux sur sa gorge, Ou dansent en frappant des mains.

Elle est là demi-morte et la tête qui penche^ Des stigmates d'horreur souillent sa robe blanche j Plus d'un baiser impur sur sa lèvre est gravé : Puis leurs bras étreindront sa poitrine gonflée , Jusqu'à ce que bientôt cette femme essoufflée Agonise sur le pavé.

Entouré de parfums et de lumières vives , Ce banquet, c'estlacour : les rois sont les convives: Les dogues aboyant dans l'ombre avec fierté , C'est le peuple en émoi : la femme échevelée Qu'ils ont brutalement meurtrie et violée^ — Cette femme... est la liberté.

MA MVSE.

L'autrier just'una sebissa Trovei pastora mestissa.

Mascobras.

Ma Muse.

Le soir répandait son mystère sur le bois chaste et solitaire j Le rossignol harmonieux Déployait sa voix cadencée , Et chaque feuille balancée Rendait un son mélodieux.

Assis sous la verte ramée , Je sentais la brise embaumée Passer sur mon front incliné :

Et dans mes vagues rêveries, J'effeuillais des branches fleuries Sur un buisson abandonné.

Entouré d'ombre et de silence Comme l'oiseau qui se balance Seul , sur les rameaux agités :

J'aurais voulu, plein de mystère, Une colombe solitaire Qui vînt s'asseoir à mes côtés.

Une vierge paraît. . . L'Automne De pampre a tressé sa couronne :

Ses yeux méconnaissent les pleurs :

L'Amour la couvre de son aile, Et les trois Grâces autour d'elle Ceignent des guirlandes de fleurs.

Zéphyr , de son aile mouvante , Enfle sa gaze transparente ; Les Désirs gonflent son sein nu.

Dans ma main posant sa main blanche , Sa tête sur mon front se penche , Et rit d'un sourire ingénu.

Vois, dit-elle, je suis la muse.

Le poète avec moi s'amuse Dans les bras de la Volupté.

Ami , je te donne ma lyre :

Le dieu d'Amour seul y soupire :

Ses accens sont pour la gaîté.

Séduit par la taille légère De cette vierge peu sévère , J'allais recevoir son présent^ Et déjà ma lèvre timide Déposait un baiser humide Sur son sein rose et frémissant.

Lorsqu* bientôt , sous la feuillée , Une autre vierge échevelée Conduit ses pas mystérieux :

Autour de son beau cou d'albâtre , Et sans ornement idolâtre , Pendait un luth silencieux.

Ses pieds ne laissent point de trace Le myrthe au cyprès s'entrelace Sur son front à demi penché :

Et de son aile qu'elle agite Au milieu des airs qu'elle irrite, Un doux parfum s'est épanché.

Un ange soulève son voile :

Sur sa tête brille une étoile :

Des larmes tremblent dans ses yeux.

De la muse c'est la rivale ,

Et sa voix en ces mots s'exhale

Comme un soupir mélodieux :

— Je suis la vierge du poète :

Sa voix en son ame inquiète

Souvent cadença des sanglots :

Et dans mes plus beaux jours de fête ,

Si des fleurs brillent sur ma tète ,

Je les cueille près des tombeaux.

Mon luth y quand un souffle l'effleure , De loin semble une voix qui pleure Et qui sait aussi consoler } Si tu veux , prends ce don magique :

Mais crains qu'un jour, mélancolique Tu ne veuilles me rappeler :

Car si jamais ta main le touche , Écoute l'aveu de ma bouche , Moi , je ne le reprendrai plus :

Si pourtant sa corde plaintive Ton ame , en résonnant , captive , Fixe tes vœux irrésolus. —

Et le luth sous ses doigts s'éveille , Ses sons plaintifs à mon oreille Expirent plus mélodieux , Elle s'envole 5 son luth tombe :

Je la suis comme une colombe , Elle était déjà dans les cieux.

Par mes pleurs la lyre amollie , Ou de pâles fleurs embellie , A rendu de sombres accens :

Triste en la voyant se détendre , Souvent j'aurais voulu la rendre , Mais, hélas ! il n'était plus temps.

Oct. i833.

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