A CHARLES NODIER
Le silence régnait dans la nature vide ; La lune dans les cieux pâlissait par degrés ; La nuit devant le jour fuyait d'un pied timide; Et l'aube , secouant sa chevelure humide , Arrosait les champs altérés.
Au fond d'un vâl riant que de hautes collines Couronnent de forêts , de lacs et de rochers , Sous des berceaux mouvans de pins et d'églantine^ S'élève une chapelle où des voix argentines Font frémir le toit des clochers.
La madone à l'autel ouvre ses bras de pierre ; Berthe , sainte du lieu , la priait à genoux ; Sous ses doigts blanchissans glissaitun long rosaire^ Et son sein ^ où pendait une croix tutélaire , Gonflait sous son voile jaloux.
Ses bras modestement croisent sur sa poitrine , Le monde , sous ses pieds , bientôt s'évanouit , Et pour récompenser sa foi qui tout devine , A chaque av^e qui meurt sur sa bouche divine Une rose s'épanouit.
Les anges la cueillaient sur sa lèvre en tr' ouverte , Enlaçaient sous leurs doigts un chapelet de fleurs j Caressaient en volant les blonds cheveux de Berthcv Soulevaient son long voile, et sur leur aile alerte De ses yeux recueillaient les pleurs.
Et puis ils parsemaient le voile de Marie Avec ces diamans éclos sur de beaux yeux; Et quand Berthe eut fini sa dixaine chérie , Déposèrent du doigt la couronne fleurie Au front de la reine des cieux.
Céans , des pèlerins vont prier à l'aurore , Et sous leurs doigts pieux pend un long chapelet; Car des étés brûlans le souffle qui dévore Et l'aile des hivers n'ont pu faner encore Ces roses , doux présent que l'amour fit éclore Sur une bouche qui priait.
Août i833.