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L INCUBE

Et a negotto perambulante in tenehris.

PSADIVIE.

L'Incube.

BALLADE

A SAINTE - BEUYE.

Les arbres se changeaient en livides fantômes Dont les cheveux flottaient dans un monde d'atomes : Des spectres de vapeur erraient dans un ciel noir j Les gnomes soupiraient une brise glacée , Et les esprits de l'air , la main entrelacée , Dansaient une ronde du soir :

La chouette criait* les oiseaux de ténèbres Secouaient les longs plis de leurs ailes funèbres ^ La lune , œil de la nuit, regardait des tombeaux; Les vitres frémissaient sous un souffle magique j Et les démons portaient dans leur main énergiqne Des étoiles pour leurs flambeaux.

Jéhonne veiUait seule • en souriant peut-être , Ecarta les rideaux du lit • à sa fenêtre Emprisonna le vent qui siffle sur les monts ; Mais , hélas ! oublia , sur son chevet timide , D'épandre goutte à goutte , avec un buis humide ^ L'eau qui fait fuir les noirs démons.

La tête sur sa main , elle entendait craintive Les feuilles se mouvoir avec leur voix plaintive; Du soldat qui veillait elle comptait les pas ; Ecoutait le silence, et n'osait derrière elle Regarder ; puis disait , en brodant sa dentelle : O pourquoi ne revient-il pas?

A la porteunemain frappe : — Est- ce toi , Gustave? — Ouvre^ c'est ton époux î — A cette voix suave, La porte sur ses gonds roula : complaisamment La lampe ranima sa mourante étincelle , Et le preux chevalier baisa la main de celle Qu'il aime encor comme un amant.

Cependant que le vent sur les vitres murmure , Il détache joyeux l'acier de son armure ; Jéhanne dans son cœur sent naître un vague effroi : La lumière s'éteint sous une froide haleine ^ Une main prend au hras la jeune châtelaine; Une voix crie : Elle est à moi !

La parole indocile expire sur sa bouche ; Un corps maigre et velu s'allonge dans sa couche; Deux bras noueux et secs étreignent son sein nu ; Elle sent sur son front coller deux lèvres froides ; D'un squelette grinçant claquer les membres roides Et rire un visage chenu.

En vain elle se tord sous la crainte abattue , Lie monstre , dans le lit , glisse et se prostitue , Avec sa griffe énorme il l'étreint sur le flanc , Hérisse les serpens dont sa crinière abonde ; Jehanne veut crier : le bout d'une aile immonde Glace sa lèvre en s'en volant.

Depuis, quand le sommeil,du doigt clôt sa paupière, Des pas sourds font frémir les escaliers de pierre :

— 1T0~ Les ombres du tombeau sortent ^ un bruk de fer Roule 'y d'horreur Jehanne en dormant est glacée Car une voix lui dit : Ma belle fiancée^ Je t'attends au fond de l'enfer.

Août i833.

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