‹ Les hirondellesChapitre 2 sur 32 · A ABEL D..ZE · texte numérisé non relu

A ABEL D..ZE

L'haleine jusqu'ici des Zéphyrs inconstans. Sur l'Océan du monde a gonflé notre voile ; Et notre frêle esquif à l'abri des autans, Pour arriver au port suivit la même étoile.

Pour toi le ciel est pur • oubliant ses fureurs , L'Océan sous ta ram.e , ouvre son flot docile ; Le vent berce à demi ta gondole mobile ; Et l'enfance en riant la couronne de fleurs.

Mais moi , qui vais tenter rélément infidèle , Moi , qui fuis le rivage et n'entends plus ta voix j Courbant mon pavillon, arrêtant ma nacelle, Je te salue au loin pour la dernière fois.

Adieu , Toi que j'aimai I mon ame solitaire Retrouvait,pour ses chànts,un écho dans ton cœur. S'éloigner d'un ami , c'est quitter le bonheur : Adieu I je serai seul maintenant sur la terre.

Peut-être quelque jour ( et ce sont là mes vœux) , Quand la jeunesse aura, de sa main inconstante , Sur ton front innocent bruni tes blonds cheveux , Ta nef retrouvera ma nacelle flottante.

Lors , rien ne pourra plus désunir nos amours ^ Mais, comme l'alcyon sur des écueils sauvages^ Nous bâtirons un nid , au milieu des orages , Pour y couler en paix le reste de nos jours.

Lors , du bonheur pour toi si la source est tarie , Si ton cœur veut gémir ou prier en ce lieu , Tu trouveras toujours , dans mon âme attendrie . Des pleurs pour mes amis et des chant5 pour mon dieu ,

Mais , si la mort avant vient fermer ma paupière , Au cercueil, loin de toi, si je suis endormi, Donne en pensant à lui , donne à ton vieil ami , Au moins un souvenir et puis une prière !

Et comme un saule vert , sur le bord du ruisseau , Abandonne au courant quelques branches fanées; Ami , quand tu verras , penché sur le tombeau , S'efTeuiller , jour par jour, tes rapides années^

Quand , près de ton foyer , une troupe d'enfans , Le soir , viendra siéger au festin de famille , Suspendue à ton cou , quand une jeune fille Penchera son beau front sur teslongs cheveux blancs :

En leurmontrant mesvers, dis- leur : «C'est l'héritage D'un poète ignoré qui n'a vécu qu'un jour, Que je pleure à présent, que j'aimais à votre âge , Et que j'irai bientôt retrouver à mon tour. »

Ce luth dont les accens vivront dans ta mémoire, N'aura pas vainement entre mes doigts frémi j Car le port le plus sûr est le cœur d'un ami , Au milieu des écueils où nous jette la gloire.

Novembre i&52.

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