‹ Les hirondellesChapitre 20 sur 32 · UNE VOIX · texte numérisé non relu

UNE VOIX

Enfant, éveille-toi, car je frappe à ta porte; Ne crains rien ; je ne veux te causer nul émoi; Je suis un pèlerin : où vais-je ? peu t'importe :

Je suis las , ouvre-moi !

l'enfant.

Je ne puis, car enfin je ne sais qui vous êtes. Ma mère me défend de me lever si tard : D'ailleurs , le vent du soir a chassé les tempêtes . Le ciel est sans brouillard.

Enfant , mes cheveux sont humides de rosée , Mes pieds ont essuyé la poudre de^ chemins , Et je sens chanceler, tant la nuit est glacée, Le bâton dans mes mains.

l'eiîfant.

Oh non î j 'aurais trop peur dans cette chambre sombre, Monsoufïle tout à l'heure éteignit le flambeau : Je craindrais , en ouvrant , que ce ne fût une ombre Qui sortît du tombeau.

Mon amour en bienfaits sur les hommes s'épanche, Les pauvres , les souffrans se souviennent de nous ^ Et les petits enfans baisent ma barbe blanche Assis sur mes genoux.

JUutôt que de frapper à notre humble chaumière, Va-t-en sonner du cor au pied des vieux châteaux. Tu verras dans la nuit descendre la lumière De créneaux en créneaux.

Non^ mes pieds saliraient le marbre de leurs dalles: On ne veut plus de moi: pauvre et trop vieux nocher, Je n'ai pour reposer , dénouant mes sandales , Que le creux d'un rocher.

l'enfant.

Pèlerin , d'où viens-tu ? Ta gourde de voyage S'enfle-t-elle des eaux que roule le Jourdain? Qui donc es-tu , dis-moi ? n'as-tu pas quelque image D'or ou de parchemin?

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