ELEGIE ARABE
Etranger , comme toi , sur la terre d'Espagne , Palmier, le même sort aujourd'hui m'accompagne ; Mais l'aube de ses pleurs t'arrose à son réveil • Mais dans un sol fécond ta racine est nourrie ; Mais au sein d'un ciel pur, aux rayons du soleil Tu lèves ta t.ôte fleurie.
Si dans ce lieu d'exil , un triste souvenir De ton pays natal venait t'entretenir; Si tu pouvais sentir , sous ton écorce amère , Ce que mon ame sombre épuise de douleurs : Comme moi maintenant;, sur la rive étrangère , Palmier, tu verserais des pleurs.
Un éternel printemps couronne ton feuillage , Et moi je défleuris au printemps de mon âge ; Une eau pure t'arrose , et tes rameaux flottans Sentent frémir sur eux la brise fortunée. . . Hélas ! combien de fois , au souffle des autans Ma tète à moi s'est inclinée I
Aux rives de rEuphrate,aux champs semés de fleurs, Seul , j'allais vers le soir promener mes douleurs -, Sous les palmiers déserts je répandais des larmes ; Mais ni les verts palmiers , où j'aimais à venir, Ni les monts adorés, témoins de mes alarmes , N'ont conservé mon souvenir.
Toi seul tu m'es resté du pays de mes pères y J'aime à venir rêver , sous tes rameaux prospères ,
A la terre natale , aux plaisirs du foyer : Mais tu ne comprends pas cette plainte chérie ; Exilé comme moi , comme moi , beau palmier , Tu ne pleures pas la patrie î
Avril i83o.