LEA V
Scaturia morrnorando un picciol rio.
Il Tasso.
L'eau.
Que j'aime les ruisseaux quand l'araignée y glisse;
Quand boivent les oiseaux , Quand un nuage y passe , et quand le zéphyr plisse
L'onde entre les roseaux !
J'aime les vieux cas tels tout couverts de verdure
Et les créneaux des tours , Quand ils sont entourés d'une humide ceinture
Qui baigne leurs contours.
J'aime une nappe d'eau qu'effleure l'hirondelle ,
Où se mire un vallon , Où le cygne folâtre , et du bout de son aile
Creuse un léger sillon.
J'aime encor la rivière où la barque timide
Chemine près du bord , Où les saules dans l'eau trempent leur tête humide ,
Quand souffle un vent du nord.
C'est que nous ressemblons à cette eau qui s'écoule
Miroir délicieux :
L'homme comme eUe passe ignoré dans la foule
Et réfléchit les cieux.
Juin 1 833.
A Mlle L.-H
La crcatura beîla.
Il Dante.
Enfant, quand tu souris dans les bras de ton père , Es-tu 5 pour l'inspirer , à son foyer prospère ,
Sa muse ou sa péri ?
Faut-il te remercier de ses chansons si belles, Voltiges -tu , le soir , avec tes blanches ailes ,
Près de son luth fleuri ?
Le ciel sur ton berceau fit briller une étoile , Le jour où tu naquis le soleil ftit sans voile ,
La terre fut de miel • La France, en te voyant , s'écria : C'est un ange Qui, pour les doux concerts d'une musique étrange
A quitté ceux du ciel !
Comme les dieux unis pour embellir Pandore , Tes parens ont orné ta grâce et ton aurore
Chacun de son côté :
Cher enfant , tu naquis aux sons de l'harmonie , Ton père en tes yeux noirs refléta son génie ;,
Ta mère sa beauté !
Septembre i83?.