‹ Les histoires de Jean-Marie CabidoulinChapitre 19 sur 42 · A. LYX · texte numérisé non relu

A. LYX

générosité avait dispersé sa rancune et les mauvais sentiments du coupable.

Quand sonna la cloche du dîner ils revinrent la main dans la main, vers la maison où leur grand'mère les attendait.

Sur la figure de Philippe un souffle avait passé qui effaçait bien des légèretés d'enfant, et que n'eût pas obtenu la vengeance :

regret de la faute et volonté de la réparer.

En générosité, comme en toute autre chose, le premier pas est seul pénible... René avait fait jurer à son cousin de cacher la perte du Jean-Bart à M me Linteau, aussi longtemps que cela se pourrait faire sans avoir recours au mensonge.

Mais Philippe n'avait pas juré de taire sa confession à l'oncle Pierre auquel il écrivit tout.

Un jour une caisse arriva au château à l'adresse de René... Elle contenait un Jean- Bart tout pareil au premier.

Philippe savait bien d'où le bateau venait...

n'avait-il pas envoyé au capitaine Dumont l'argent de sa tirelire pour acheter un autre cuirassé.

Il fallut expliquer l'aventure à M me Linteau qui serra dans ses bras les enfants, unis maintenant comme deux frères... L'équipage du Jean-Bart fut doublé... il n'en marcha que mieux... et quand, de capitaines, les garçonnets passaient matelots à l'arsenal, la cahute s'emplissait de joyeux bavardages qui ne nuisaient point au brillant des cuivres et à l'entretien des rouages du beau cuirassé.

Et le Vieux-Moulin, qui en a vu bien d'autres, ronronne toujours... Aussi sage que son maître, il ne se venge des gamins, visant ses ailes de leurs frondes ou arrachant les roses de son vieux mur, qu'en broyant entre ses bonnes meules le froment que les bandits croqueront demain sous forme de tartines.

Paul Roland.

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