‹ Les histoires de Jean-Marie CabidoulinChapitre 39 sur 42 · ÉPI · texte numérisé non relu

ÉPI

« Comme te voilà beau ! Tu n'es pas fatigué, Greg? On ne peut plus te nommer petit Greg; tu m'arrives au front, moi qui suis très grande.

« Alors, tu reviens d'assister au mariage du comte de Trop? Qui nous l'eût dit, il y a quelques années, que tu assisterais à son mariage et que tu rapporterais de la noce une figure épanouie? »

Catherine Dortan le regardait dans les yeux en disant cela.

Et Greg riait, l'air parfaitement heureux.

Il allait sur seize ans et portait avec élégance l'uniforme du collège Bretennière, où Pierre le faisait élever.

On le nommait Grêgorio là-bas, comme au iv 6 siècle les jeunes étudiants d'Athènes appelaient son saint et illustre parrain : Grégoire de Naziance; ou bien encore : docteur Chaverny.

Car il n'était pas un bobo qui ne passât par ses mains avant d'aboutir à l'infirmerie, rendue inutile bien souvent, grâce à l'intuition qu'avait Greg des premiers soins à donner.

C'est en retournant à Dijon qu'il s'était arrêté à Beaune entre deux trains, afin d'em-

LOGUE

brasser sa vieille amie Catherinette et de lui conter ses impressions.

Premier garçon d'honneur avec Jeanne Lavaur, voilà quel avait été son rang à la cérémonie.

Venaient ensuite Orner Nochard, de Mortagne, Dolmer, Courtois : tous, au bras, les amies de la radieuse épousée.

Lorsqu'ils se disaient au revoir, là-bas, à Dôle, les sous-officiers de dragons, ils n'avaient pas prévu que ce serait le mariage du comte de Trop qui les réunirait...

Un seul d'entre eux avait pu assister à celui de Pierre, deux ans auparavant, expliquait Greg à Catherinette, tout en revenant lentement vers l'hôpital, où elle lui avait préparé, dans sa chambre, un bon petit goûter, le croyant encore un bébé sensible aux friandises.

« Reprends donc de plus loin, depuis le commencement, veux-tu? Il y a des détails que je n'ai jamais connus, d'autres que j'ai oubliés...

— Nous nous sommes si peu vus l'année dernière ! Toutes les vacances, vous les avez passées aux Égrats?

— - Oui. J'avais profité du moment de répit

POUR L'HONNEUR

que me donnait ma santé pour aller tenir i compagnie à mon père durant une absence de mon frère Alban et de sa femme.

— Le commencement, fit Greg, secouant sa tête brune avec un vieux regain de mélancolie, au souvenir de ce temps-là : il n'est pas gai, le commencement !

« Quelle semaine, celle qui a suivi notre retour de Paris, Catherinette ! »

Greg différa un instant d'entreprendre le récit que lui demandait la vieille fille pour lui offrir son bras, disant :

« Appuyez-vous bien, ma bonne Catherinette; je suis fort, allez ! »

Elle se redressait, toute fière de marcher au bras de ce gentil cavalier. Et lui souriait, fier aussi de servir de soutien à l'amie de sa maman.

11 reprit :

« M. Pierre voulait à toute force avoir l'air satisfait. J'aurais mieux aimé qu'il pleurât du matin au soir que de lui voir la figure qu'il avait !

« Et je ne savais rien de rien ! si ce n'est ce que m'avait dit en sanglotant Tonde Chariot :

« — Pas... possible... »

« De ma vie je ne me suis senti si malheureux. Non, non; pas même après la mort de mon grand-père ; pas même après que j'eus enterré ma mère Norite et que j'étais, seul avec mes oies, en chemin pour l'inconnu. . .

« La vieille dame s'en allait, pleurant tout bas son argent : aucun ne parlait. On aurait cru qu'il y avait la mort dans la maison à nous voir marcher pareils à des ombres et fermer les portes en grand silence.

« Nous n'apercevions même plus M ,le Gabrielle. Son père les avait fait venir à Chalon, elle et bonne maman.

« La femme de chambre prétendait bien que c'était pour quelques jours; mais la cuisinière affirmait avoir entendu parler d'un grand voyage...

« Au résumé, on ne savait rien de précis.

« C'est moi, maintenant, qui lissais les cheveux de l'oncle Chariot et fleurissais sa boutonnière. Je ne le quittais pas, ne devant plus retourner à l'école, puisque, à Pâques, j'entrais au collège.

« Un matin, je conduis M. Saujon dans son fauteuil roulant jusqu'aux pelouses, à l'entrée du labyrinthe, où, la veille, j'avais vu des violettes en fleur.

« Je me souviens qu'il faisait un joli temps, un temps gai, Catherinette, un de ces jours où, sans savoir pourquoi, on a envie de rire, malgré soucis et chagrins.

« C'est le soleil du printemps qui vous entre dans la peau, je me figure, et qui s'en va jusqu'au fond, dans le- noir du cœur, y porter l'envie de se réjouir.

« Encore un peu, j'aurais chanté.

« Ça me mettait si bien en colère de me sentir presque joyeux qu'il me prenait des tentations de me battre.

« Pour me forcer à être triste, je me tournai vers l'oncle Chariot, qui, lui, gardait sa figure désolée, et je lui dis :

« — Ces violettes embaument; je vais vous « en cueillir un bouquet. »

« Il me faisait presque autant pitié que M. Pierre.

« J'étais accroupi dans l'herbe, à deux pas de lui, quand j'entends grincer la porte du jardin. Je lève un peu la tête" pensant que c'était peut-être bien notre chasseur. 11 était parti dès l'aube pour aller tirer des bécasses dans les bois ; il ne devait pas revenir déjeuner; mais, l'ennui le gagnant partout, rien d'étonnant qu'il eût changé d'idée...

« Et qui est-ce que j'aperçois au lieu de M. Pierre? M Ue Gabrielle qui venait vers nous.

« Elle n'avait pas l'air joyeux, tant s'en faut ! Et la voilà qui dit à l'oncle Chariot en l'embrassant :

u — Mon vieil ami, j'ai pris une grande « détermination. U le fallait... puisque tout le « monde, M. Pierre comme les autres, juge que « je devais dire oui... Je me suis fiancée hier à « mon cousin Marc.

« 11 mérite bien qu'on l'aime, le cher garçon, « mais... »

« La voilà qui se met à pleurer, la tête sur l'épaule de Fonde Chariot, auprès de qui elle s'était assise.

« Si j'étais embarrassé de savoir quoi faire, vous vous en doutez, Catherinette 1

P. PERRAULT

« Après qu'elle s'est un peu remise, elle reprend :

« — J'ai de la peine à la pensée que je quit- « terai Dracy, bonne maman, vous tous...

« Je n'aurais pas cru que l'on pût pleurer « quand on se fiançait ; mais bonne maman, qui « m'a vu les yeux rouges ce matin, m'a assuré « qu'elle avait pleuré toute la nuit, elle, quand « on lui avait fait promettre d'épouser mon « grand-père, « parce que c'est très grave une « pareille résolution, et que, après tout, on entre « dans une vie nouvelle où beaucoup de peines « nous attendent» : ce sont ses propres paroles.

« Vous ne le direz à personne, oncle Char- « lot, absolument à personne! que je suis a venue vous confier cela et que j'ai encore un « peu pleuré. Voilà que c'est fini. Au fond, je « suis très contente.

« Ce pauvre Marcl... Il m'a dit ce matin, « dans sa joie de voir son avenir fixé : « Il y u aura donc au monde quelqu'un pour qui je « ne serai pas « le comte de Trop » !

Greg s'interrompit de faire parler Gabrielle, observant à Catherine Dortan :

« Et moi, je pensais : il se fourre le doigt dans l'œil jusqu'au coude! S'il a jamais été le comte de Trop, c'est bien aujourd'hui.

« Puis, ennuyé à la fin d'avoir l'air d'écouter sans qu'on le sût, je me relève et je vais offrir mes fleurs à M 110 Lavaur.

« — Comment! ami Greg, tu étais là? »

« Elle paraissait un peu fâchée ! Je réponds : « oui » de la tète, en larmoyant, mais en larmoyant si fort que ça ressemblait à des beuglements : on aurait dit qu'on m'écorchait.

Elle était loin, mon envie de chanter !

« Et pas moyen de me taire : plus j'essayais, plus je criais fort.

« Je me mets à protester :

« — Eh bien, s'il l'a dit, M.Pierre, qu'il fal- « lait que vous épousiez votre cousin, il a menti « une fois dans sa vie, et c'est ce jour-là. »

« Et me revoilà à beugler de plus belle. Je crois que ça l'ennuyait, ce que je venais de dire. Elle avait l'air de ne savoir quoi répondre.

« Après avoir embrassé bien fort l'oncle Chariot et pris le bouquet que je lui offrais, elle insista :

« — Je n'ai prévenu personne que je venais ; « n'en parlez ni l'un ni l'autre : Marc fera sa « visite à M me Saujon cet après-midi. »

« Bien vite elle se sauva.

« Moi, je beuglais toujours.

« Ainsi, c'est son cousin qu'elle allait épouser!... Voilà surtout ce qui me mettait en fureur, car, si je l'eusse appris à temps, il y aurait eu du remède.

« J'en vins à ne plus pouvoir tenir ma langue. Me plantant droit devant l'oncle Charlot, que cette nouvelle paraissait avoir pétrifié, tant il restait immobile et muet, je lui dis :

« — C'est un malheur! et un malheur pour.

« tout le monde, que ce mariage-là. Je sais, « moi, qui M. Marc aurait dû épouser. 11 n'au- « rait pas été « le comte de Trop » pour elle! « Oui, je le sais. »

« L'oncle Chariot me fit signe de parler.

« — Eh bien, voilà ce que je sais. L'autre « jour, quand M lie Blanche était ici avec sa sœur <* et qu'elles m'ont appelé pour jouer au croquet, « nous avons vu tout à coup arriver M. Marc.

« Il descendait de voiture devant la maison.

« On a jeté là les maillets, naturellement.

« Et, avant de rejoindre tout le monde au « salon, en arrangeant ses cheveux, que le « jeu avait pas mal défrisés, M Ue Blanche s'est « exclamée :

« — L'uniforme lui va-t-il assez bien ! C'est « fâcheux que je n'aie pas voix au chapitre : « il ne le quitterait jamais. Quel superbe « officier cela ferait ! Et si brave ! »

« Il ne devait pas être encore question de fiançailles avec sa sœur; en tout cas, elles n'étaient, point au courant de ce maudit projet, car M 1,e Jeanne a répliqué en riant :

« — Tu es sans cesse à chanter les louanges « de Marc; songerais-tu à l'épouser? »

u M ,,e Blanche est devenue plus rouge qu'une cerise. Et je ne pense pas que ce qu'elle a répondu veuille dire non ; le voici :

« — Cela ne regarde que mon cousin, ma « petite. Si tu supposes qu'il tienne à le « savoir, dis-lui qu'il s'en informe. »

« — Qu'en pensez-vous, oncle Chariot ? »

« Alors, lui, tout de suite me fait un signe, et commande :

POUR L'HONNEUR

« — Va... »

« Aller où?...

« 11 m'indique la grille du regard.

« — C'est «M Ue Gabyque « vous récla- « mez ?

« — Non, « non, non...

« — Maisqui « alors?... »

«Enfin, j'arrive à comprendre qu'il désirait parler au comte de Trop.

« Je vole!...

« Celui-ci me suit sans se faire prier.

« Une fois devant le fauteuil de M.

Saujon, nous voilà tous les deux à le regarder pour essayer de deviner ce qu'il veut dire.

« Alors le pauvre vieux bégaye :

« — Greg...

« est... ma « voix. » Et, à moi: «Parle.»

« Si cela mallait! vous

le pensez, Catherinette. Je ne me suis pas fait prier, je vous l-'assure, et j ai répété tout ce que M ,le Blanche avait dit devant moi.

« Le comte de Trop écoutait, bien surpris.

« Après que j'eus débité mon histoire, l'oncle Chariot joignit ses mains, les souleva, ce qui demande un effort terrible de sa part, et, s'y

reprenant à dix fois, finit par articuler en pleurant lui-môme :

« — Gaby pleure... Pierre... malheureux. »

« M. Marc nous regardait l'un après l'autre, l'air indécis...

« Enfin, il me commanda d'une voix très douce :

« — Dis tout ce.que tu sais, mon petit Greg, « tout! »

« Ça me délie la langue de la belle façon, ce commandement-là !

P. PERRAULT

« Et je me mets à lui conter ce qu'avait rêvé Tonde Chariot, et que M. Pierre et M ,le Gaby avaient l'air de si bien s'entendre que l'oncle se croyait déjà à la noce, et tout le reste...

« — Voilà donc pourquoi ma cousine a « pleuré... Ah ! les braves cœurs qui se sacri- « fiaient pour moi! Jy vais mettre bon ordre, « rassurez-vous », s'écrie le comte de Trop.

« Et il part en courant.

« Comment s y est-il pris, je n'en sais rien, ni personne...

« Le soir, M. Pierre et lui ont eu une grande explication. Puis, le lendemain, le comte de Trop est rentré à son régiment.

« Alors ont eu lieu les vraies fiançailles !

Malgré les peines de la vie prévues par bonne maman, à celles-là personne n'a pleuré !

« M. Pierre et M I,e Gaby se sont mariés au mois d'août suivant, vous vous le rappelez, Catherinette : je vous l'ai écrit.

« M. Nochard est venu de Vendée pour assister à la noce, et M. Marc a été garçon d'honneur avec M"° Blanche.

« 11 avait été admis à Saumur le mois précédent.

« Elle paraissait si fiére et m ravie d'être au bras de son cousin, M Ue Blanche ! Ils ont passé les vacances à la Foussotte. La moitié du temps, ils étaient chez nous pendant le voyage de noce de M. et M m0 Pierre , et on voyait qu'ils s'aimaient bien.

u Savez-vous par où M. Marccnay a ramené sa femme? Par la Bretagne. Ils ont choisi ensemble, l'emplacement où sera construit le sanatorium projeté.

« C'est le comte de Trop et sa fiancée qui ont été parrain et marraine de la petite chérie née il y a deux mois.

« Oh! Catherinette! quel trésor que cet amour de petite fille ! Jusqu'à la vieille dame qui en raffole, si bien qu'elle en a oublié presque ses maux d'estomac.

« On l'a nommée Marie-Blanche-Hélène : et c'est le nom d'Hélène qu'elle portera...

u Lorsque M. Pierre me l'a dit en la déposant sur mes genoux, à mon arrivée, l'autre jour, j'ai été tout saisi. Je l'ai regardé sans rien répondre ni demander...

« Mais il faut croire que mes yeux ressemblaient à deux points d'interrogation... Il a ajouté tout de suite en caressant les cheveux derés de la mignonne :

« — C'est un nom qui doit te plaire, puisque u c'était celui de ta mère, Greg. Mais il a existé « une autre personne qui s'appelait ainsi...

« Celle-là ! il faut absolument qu'elle protège « ma fille pour que la chérie soit heureuse... »

« J'ai pensé :

« — N'ayez crainte ! 11 y a quelqu'un qui le « lui demandera soir et matin, toute sa vie... »

« Mais je ne pouvais pas le dire, n'est ce pas, Catherinette?...

« M me et M. Marc Aubertin vont habiter Lyon ; c'est dans cette ville qu'est le régiment du comte de Trop ; — il n'a pas perdu son nom dans la famille, encore qu'il n'y ait plus aucun droit, — fit Greg en riant.

« L'année prochaine, on posera la première pierre du sanatorium que M. Marcenay et lui ont décidé de fonder là-bas, où est né mon grand-père et sous son nom, afin de réhabiliter sa mémoire.

« Nous avons comploté quelque chose avec M 1 ' Jeanne, qui, elle, veut être sœur hospitalière. Elle entrera à l'hôpital de Beaune, et, une fois professe, obtiendra d'essaimer à Rokyver avec vous et quelques religieuses, pour m'aider à soigner nos petits malades.

— Cela pourra se faire, murmura Catherinette Dortan ; en tout cas, ce n'est pas moi qui y contredirai. »

Greg releva la tête, un rayonnement attendri dans ses yeux noirs, en reprenant :

« Lorsque le nom calomnié de Jean-Baptiste Lcgonidec brillera en lettres d'or au fronton du sanatorium fondé en partie avec l'argent qui lui eût appartenu, et que moi, son petitfils, par la protection de mon père adoptif, — je peux bien appeler M. Marcenay ainsi après ce qu'il a fait pour moi, — je serai devenu le médecin de ces petits enfants qui apprendront à vénérer le nom de mon grandpère, c'est alors que tout sera pardonné, oublié, réparé, dites? Catherinette... »

P. Perrauit.

FIN

LES CHERCHEURS D'OR DE L'AFRIQUE AUSTRALE

(La guerre au Transvaal)

XXII (Suite). —

Lady Theodora à Colette.

Avec quelle joie, chère amie, nous recevons la bonne nouvelle I Mon mari et mon frère vous ont télégraphié leurs affectueuses félicitations; mais ils me prient de vous les répéter, de vous dire que nul après vous-même ne se réjouit plus que nous de l'heureux succès de l'opération. Je puis bien vous Fa vouer maintenant, je le désirais trop pour y croire absolument. Le cher docteur Lhomond avait beau me répéter que la chose était archisûre... (à propos, que devient cet aimable sorcier, et pourquoi ne m'écrit-il pas ? Diteslui de ma part que lorsqu'on sauve la vie aux gens, c'est bien le moins qu'on leur fasse signe de temps à autre et que je le somme de m'adresser sans délai une longue épître très amusante et très spirituelle : rien ne lui sera plus facile !) Je disais donc, le docteur avait beau m'affirmer sur sa tète qu'il n'y avait pas l'ombre d'une inquiétude à garder, l'épreuve était si délicate, l'opérée si chère, si précieuse à tous qu'on ne pouvait s'empêcher de trembler. Enfin, Dieu merci, c'est fini de craindre : laffreux cauchemar est dissipé. Quelle merveille parfois que cet art médical ! et combien il faut révérer un savant comme votre docteur Kœrig.

Ainsi que vous me récrivez justement, un seul homme de ce type suffirait à faire oublier le charlatanisme, l'insuffisance, la cupidité, les fiascos lamentables qui trop souvent suivent les pas de ses confrères. Bien entendu, j'avais plus d'une fois ouï parler de l'opération de la cataracte, mais sans m'y intéresser particulièrement, ne l'ayant vu appliquer à personne qui me touche. Tandis qu'ici 1 J'ai ru les chers beaux yeux s'obscurcir par degrés : ïétais là à l'heure triste où toute lueur s'effaça pour

L'opération.

eux, et cette guérison, dont j'acceptais sans discuter la possibilité tant qu'il ne s'agissait que de sujets impersonnels pour moi, me semblait tout à coup problématique; je me disais que pour rendre la vue à votre mère bienaimée, il ne faudrait rien moins qu'un miracle. Et c'en est bien un 1 Ne lisons-nous point dans la Bible que lorsque le pauvre Tobie perdit la vue, l'archange Raphaël en personne vint s'occuper de la lui rendre. Aujourd'hui, les anges médicaux n'ont point d'ailes, mais leur ministère, lorsqu'ils l'exercent comme le docteur Kœrig, n'en est pas moins vénérable, et leurs miracles n'en sont pas moins surprenants.

Je me représente une à une toutes les délices de .votre excellente mère à revoir les chers visages éclipsés pour un temps. Je me demande si elle vous a trouvés changés, ou si elle vous revoit tels que l'imagination vous peignait à elle dans les ténèbres où elle était plongée. Je ne sais, mais il me semble que c'est Tottie que les bons yeux maternels ont eu le plus de bonheur à revoir — si tant est que ces choses-là se mesurent! C'est un si délicieux petit objet que Tottie, un véritable rose-bud. Permettez-moi d'user de l'expression anglaise : votre mot à tout faire de bouton me satisfait moins, fâcheux avec ses attributions variées plutôt qu'agréables.

Savez-vous que ladite Tottie est en train de devenir par ici un personnage populaire?

Les divers « instantanés » que j'ai pris d'elle et de son ami Goliath ont un succès fou ; on se les arrache ; tous mes amis en veulent avoir, et le fait est qu'il en est qui sont de petits chefs-d'œuvre — vanité de photographe à part — une des plus vivaces qui soient pourtant!

Je ne prétends pas dire, d'ailleurs, que lé succès de Tottie soit comparable à celui qu'ob-

tient son camarade, et il faut bien avouer que les états de service de Goliath justifient amplement la faveur du public. Mon intimité notoire avec un éléphant que chacun brûle ici de connaître, jointe au prestige de mes campagnes , a contribué à me créer une sorte de vogue tout à fait indépendante de mes titres ou mérites personnels et dont je me serais bien passée, je vous assure.

J'ai été lionised, ma chère, tout ce qu'il y a de plus « lionisée » ! Savez-vous ce que c'est que cela? Une maîtresse de maison vous invite chez elle; vous arrivez sans méfiance, résignée à prendre votre part légitime de l'ennui ambiant, pas davantage — et voici que soudain vous découvrez avec horreur que vous êtes le « lion » de la soirée ; que vous figurez sur le programme de la fête entre le ténor espagnol et les sorbets napolitains ! Et ne croyez pas qu'on puisse échapper! L'araignée qui vous guette a tendu sa toile; une maîtresse de maison anglaise marcherait sur le corps de ses progéniteurs plutôt que de laisser défaire ses plans; il n'y a qu'à se soumettre.

Je ne devrais pas crier si fort, moi qui plus d'une fois ai préparé à d'autres le rôle de bête curieuse; qui ai essayé notamment de « lioniser » le célèbre Cecil Rhodes — et qui me suis trouvée proprement éconduite par le brutal. Mais le point de vue où nous nous plaçons fait une telle différence dans les jugements humains I Et nous jugerions généralement fort mauvais, je crois, d'être traités comme nous traitons bien des gens...

Enfin, passons ! Il m'a fallu, pendant toute une soirée, figurer l'ornement central du grand salon ; dûment expliquée et signalée à tout venant par mon Barnum femelle, voir défiler devant moi les badauds, tout comme le « phénomène » de la foire, répondre à cent questions saugrenues... Et notez que l'hôtesse qui m'avait préparé ce plaisir est une de mes meilleures amies, une femme charmante. Je lui revaudrai cela quelque jour.

À parler franc, je crois qu'à mon dépit de commande se mêlait une certaine dose de satisfaction. Qui n'aime à parler de soi? Je suis si fière, au fond, de mes campagnes,

et à quoi servirait d'en avoir eu si on ne pouvait les conter? Vous savez, chère Colette, que vos lauriers m'ont longtemps empêchée de dormir; que j'ai longtemps fatigué mon monde en déclarant la vie plate et réclamant à grands cris les aventures. Eh bien, voyez pourtant ce que c'est qu'une vocation qui vous travaille. Depuis que j'ai fait campagne, Algernon luimême est obligé de convenir que mon humeur est celle d'un agneau ; car, il n'y a pas à dire, î'ai fait campagne ! Nous avons bien sincèrement failli mourir de faim, bel et bien exécuté notre sortie, et fait le coup de feu comme de vrais troupiers. Je me sens grandir de plusieurs pouces quand je songe aux émotions de cette nuit mémorable. Ah ! le beau métier que celui de soldat ! Comment en peut-on choisir un autre quand on a l'avantage d'appartenir au sexe laid? Mon frère, mis en goût par l'essai qu'il en a fait, se propose bien de reprendre les armes aussitôt que la Faculté le lui permettra, puisque son magnanime ennemi lui a rendu la liberté sans condition. Pauvre Mauvilain ! Je le plains et je l'admire tout en lui souhaitant la défaite; mais, comme vous pensez bien, c'est à vous seule que je le dis; je me ferais lapider si je me permettais ici d'exprimer de pareils sentiments. Les Boers sont des sauvages, des cannibales, des êtres qui méritent à peine le nom d'hommes. Telle est l'opinion courante, faite de toutes pièces par des reporters, accueillie pieusement par le jingo, et qu'il ne faut pas contredire ici sous peine de passer pour mauvais patriote. Et pourtant, nous qui les avons vus de près, nous pouvons témoigner qu'ils se montrent loyaux adversaires, traitant humainement leurs prisonniers, enterrant décemment les morts — capables même à l'occasion de grandeur chevaleresque. Eh bien, non ! Les gens n'en veulent rien croire 1 Eux qui n'ont jamais mis le pied au Transvaal, ils en savent plus long que vous qui en revenez; ils ont vu de leurs yeux le Boer, sauvage et barbare, commettre mille horreurs sans nom — ou c'est tout comme !

Nul témoignage opposé ne les empêchera de croire ces choses comme vérité révélée, de les répéter assidûment... Et, après tout, c'est

COLETTE EN RHODESIÀ

peut-être de bonne guerre ! Du moment que la bataille est engagée, la question importante est de vaincre, et comment le soldat vaincrat-il s'il ne croit pas que l'ennemi a mérité sa colère ? que lui-môme a quelque chose à venger? Il ne faut pas montrer trop d'équité envers son adversaire, sous peine d'être dupe, tant qu'on n'est point assuré d'être traité de même dans le camp adverse, et Dieu sait sous quelles couleurs nous sommes peints dans les rangs des Boers, pour ne rien dire des contes à dormir debout que font sur nous tous les journaux européens !...

Au surplus — et quelles que soient les paroles vaines dites de part et d'autre, quelle que soit ma sincère admiration pour la vaillance du Boer, ma pitié pour son triste sort, je n'ai pas besoin de vous dire que nous vaincrons. De cela, je suis parfaitement assurée. En douter une minute, c'est montrer la plus profonde ignorance des faits. Notre pouvoir, nos ressources sont incalculables. Personne, même ici, n'en connaît les limites. Rome ellemême n'a jamais été aussi forte que nous. Nous sommes invincibles : invincibles par notre position inexpugnable, par nos richesses sans fond, par nos vertus guerrières, par notre patriotisme ardent, par une gloire militaire sans précèdent. Où vit-on un autre peuple qui n'ait jamais connu la défaite ? Quand Albion a-t-elle été battue, sinon par ses propres enfants? A part la défection de sa fille, l'Amérique — ce qui était proprement une querelle de famille — l'Angleterre ne s'est jamais laissé arracher, par la force des armes, un pouce de territoire, n'a jamais signé un traité honteux... Et nous serions mis en échec par une poignée de paysans? Allons donc 1

Assurément, la lutte sera dure. L'événement a trompé notre attente; la poignée de paysans est plus difficile à réduire qu'on n'aurait cru... Eh bien, après? La victoire sera plus glorieuse, voilà tout. La lutte sera longue? Que nous importe? John Bull a les reins solides et la dent dure ; si dure et si tenace qu'il ne pourrait l'arracher de sa proie, le voulût-il lui-même, avant de l'avoir réduite à merci.

Pour ce qui est de la question de droit que

nous jettent gravement à la ligure des voisins vertueux, lesquels sans doute n'ont jamais entendu parler chez eux d'une guerre de conquête, je ne m'en occupe pas, je ne veux pas m'en occuper. Je connais par cœur l'apologue du « champ de Naboth », qu'on nous sert quotidiennement, et j'en sens tout le sel. Mais, outre qu'en y regardant de bien près, on trouverait difficilement dans le monde une nation ou une famille illustre qui n'ait son champ de Naboth, il n'est plus temps, aujourd'hui, d'aller chercher en cette affaire qui a raison, qui a tort. Des torts, des griefs, des insultes et réclamations, il y en a de part et d'autre pleine mesure; et quand même un nouveau Salomon parviendrait à débrouiller le procès, à quoi cela servirait-il? La lutte est trop profondément engagée pour que l'un ou l'autre parti cède devant une autre cause que celle d'épuisement absolu, et vers cette condition les pauvres Boers marchent à grands pas...

Je les plains! Certes, je suis prête à prendre ma carabine, à me joindre à Fairfield demain — si les autorités le permettent — à leur faire tout le mal que je pourrai ; et ce n'est pas à vous, Colette, qu'il faut expliquer que cette disposition est conciliable avec la plus sincère pitié. Oui, je garderai toujours une placé sacrée dans mon cœur à la touchante figure de jeune guerrière qui, après avoir combattu comme Bradamante, descendit de son kopje pour venir avec une pitié d'ange donner à boire au blessé. Sainte fille ! Mon frère, qui est peu démonstratif, ne peut entendre sans émotion nommer Nicole Mau vilain... Je sais quelle a parmi vous plus que des fidèles, et je gémis de penser aux dangers qui l'entourent, aux douleurs qui l'attendent. Quoi qu'il advienne, elle et les siens auront toujours la douceur d'avoir fait jusqu'au bout leur devoir : la meilleure consolation du vaincu !

Theodora.

« Je vais maintenant, dit Colette, après avoir lu cette lettre en famille, vous faire entendre celle que je reçois de Nicole. Surtout mises côte à côte, ces deux lettres sont typiques.

Nicole à Colette.

« Laag.r de Hammans-Kraal, 18 juillet 1901.

« Ma sœur d'élection,

« Nous sommes ici, depuis quelques jours, sous les ordres de mon père récemment élu chef de ce commando. Déjà le Seigneur, dans sa miséricorde, a daigné bénir nos armes et faire éprouver à l'ennemi la puissance de notre bras. Dans une rencontre récente, nos hommes, au nombre de soixante-dix, mirent en fuite une force anglaise considérable et, après un combat acharné et sanglant, eurent la satisfaction de leur prendre deux canons, ainsi qu'un troupeau de bœufs gardés en camp retranché. De sorte que nous avons le plaisir, non seulement de nous ravitailler aux dépens de l'ennemi, mais encore de le voir bientôt sans doute décimé par ses propres munitions.

« Ma mère se trouve en ce moment dans un état de santé précaire. Outre les privations de tous genres auxquelles elle est exposée, elle a grand'peine à se remettre du coup douloureux qui la frappa : la perte de son dernier-né, le petit Alexandre, nommé en souvenir de votre père et venu au monde pendant une marche forcée, qui n'a pas résisté à ces fatigues, trop fortes pour son petit corps débile. Dieu nous l'avait donné le vingtième jour du mois de mai; il s'endormit pour toujours dans le Seigneur le 25 du même mois; et, depuis, ma mère n'a pu recouvrer ses forces.

« Pour nous, grâce à Dieu, ceux qui restent des nôtres se maintiennent; le père semble chaque jour plus fort et plus vigoureux et paraît puiser une résolution nouvelle dans chaque heure qui s'écoule et rend plus imminente la défaite et la dispersion totale des forces anglaises. Ce n'est, nous dit-il, qu'une question de temps; tant qu'un Boer respirera l'air libre de la patrie, il se dressera pour chasser l'envahisseur, le renvoyer sans pitié de ce pays qu'il souille par ses vices et sa cruauté. Le Seigneur a déjà permis que son orgueil fût abaissé en cent rencontres, par ceux qu'il ose nommer « une poignée de paysans révoltés », et qui sont des hommes libres défendant l'intégrité de leur sol et de leur foi !

Sa droite s'est étendue sur nous : il nous a miraculeusement protégés, il a permis qu'un nombre infime de patriotes à peine armés pussent résister à la puissance de cette arrogante nation qui, non contente de mobiliser contre nous des forces trente fois supérieures, a jeté son or sans compter pour se procurer les engins les plus meurtriers comme Jes plus perfectionnés.

« Mais en vain ! Où que nous rencontrions les armées anglaises, — et malgré les mensonges que, dit-on, leurs correspondants répandent en Europe, vous devez avoir appris la vérité, — elles fondent devant nous comme la neige devant le soleil du printemps.

« Le méchant s'était élevé dans les hautes places, dit mon père, selon les paroles des Saintes Écritures.

« Je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus.

« Ainsi arrive-t-il journellement : et ces soldats de carrière fuient avec une hâte si grande devant nos fermiers, qu'ils ne prennent la peine de sauver ni leurs canons ni leurs blessés.

« C'est à croire que nous sommes invulnérables, et que notre regard courroucé suffit à foudroyer nos ennemis. Le nombre de leurs morts est en toute rencontre en disproportion étrange avec les nôtres. Le Dieu des armées est avec nous. D'ailleurs, notre cause est juste, la guerre qu'ils nous font est impie, et jamais le Seigneur n'abandonna les siens. C'est donc avec la plus ferme résolution que nous attendons la fin de cette guerre, bien décidés à ne jamais céder et à donner jusqu'au dernier de nos enfants pour soutenir la lutte. La victoire finale nous restera. Pas une seconde nous n'en avons douté.

« Les Anglais se montrent sur le champ de bataille d'une étrange férocité. Et, nous jugeant par eux-mêmes, ils croient les Boers capables de porter une main criminelle sur un ennemi désarmé, d'achever les blessé», de refuser la sépulture aux morts. Je les ai vus, moi-même, pris de panique, mettre bas les armes et nous supplier d'épargner les blessés!...

« Et en parcourant ces plaines mortuaires, en pleurant sur tant de jeunes vies fauchées

dans leur fleur, dans l'orgueil de la force, je vous ai remercié, Seigneur, de nous avoir fait des cœurs pitoyables!... Dieu soit loué! nous n'avons, nous, pas un de ces faits révoltants à nous reprocher ; et de mes mains bien faibles, hélas, j'ai aidé à creuser la tombe de quelques jeunes Anglais, qui gisaient le cœur troué d'une de nos balles, sur le champ de bataille où leurs camarades les avaient abandonnés. Les Anglais paraissent frappés de folie, d'une sorte de délire qui les rend semblables aux bétes fauves. Eux, — si j'en juge par les quelques livres que vous m'avez fait lire, chère Colette, dans les jours heureux que je passai auprès de vous, — eux si fiers de leur civilisation, de leur humanité, de leur endurance, qu'ont-ils fait de ces "nobles qualités? et comment se sont-elles muées en cruauté aveugle, inhumanité révoltante, tortures infligéesà des femmes et des enfants sans défense?

« J'ai vu la ferme d'un de nos amis et parent éloigné; elle est dévastée, brûlée, saccagée. Notre parent, pris les armes à la main, fut fusillé entre ses trois fils, sous les yeux de sa femme et de ses filles, qu'une soldatesque ivre empêcha de venir apporter aux martyrs le dernier baiser de paix. Ce fait et cent autres leur seront comptés au grand jour du jugement. Non seulement ils seront ignominieusement battus ici-bas, comme ils l'ont été en toute occasion, mais ils porteront éternellement la peine de leurs crimes, et mon père est fermement persuadé qu'ils brûleront en masse au feu éternel.

« 11 me reste à vous donner des nouvelles des nôtres, ma chère et bien-aimée Colette, vous à qui j'ai voué une affection de sœur.

Vous pleurerez avec nous, j'en suis certaine, la mort de notre aîné, Agrippa. II tomba glorieusement au combat de Sanders-Hill et nous eûmes la suprême consolation d'ensevelir son corps percé de dix balles, ces balles dum-dum qu'au mépris de toutes conventions, les soldats anglais tirent sur nos frères. Mon père lut les dernières prières sur le tertre de gazon qui recouvre le corps de mon frère : et le discours qu'il prononça en ce jour de deuil est resté écrit an fond de nos cœurs à tous,

qu'il a embrasés de son indomptable résolution .

« Mon frère cadet, moins favorisé peut-être, est en ce moment prisonnier de l'ennemi.

Tombé dans une embuscade, où les Anglais, selon leur coutume, comptaient vingt contre un, et après s'être défendu comme un lion, il fut emporté couvert de blessures et envoyé à Sainte-Hélène. Nous n'avons eu de lui que de rares nouvelles ; et d'après ce que nous laissent deviner ses lettres, bien qu'il ne prononce pas un mot de récrimination, il se trouve dans les pires conditions que l'on puisse imaginer.

« Mais tout cela passera comme un rêve ; et le jour où le drapeau de notre pays couvrira de ses plis un sol libre et purifié de la présence de l'envahisseur, toutes les douleurs, toutes les souffrances morales ou physiques s'effaceront pour ne nous laisser que la joie du triomphe et l'orgueil de la liberté reconquise.

« Certes, nous pleurerons toujours nos morts. Mais ils sont heureux, ceux qui meurent pour défendre la patrie. Périr pour une cause juste n'est rien : ce qui doit être affreux, c'est de donner sa vie pour opprimer le faible, désespérer la veuve et dépouiller l'orphelin.

« Notre cher « oncle Paul 1 » est en Europe depuis de longs mois déjà. Peut-être l'avezvous entrevu dans votre grand Paris? Peutêtre votre main fut-elle parmi les mains loyales qui se tendirent vers lui?... Il est impossible, n'est-ce pas, qu'il n'intéresse pas au sort de notre Transvaal tous les amis de la liberté et de la justice? Je ne doute pas un instant de votre cœur, ma Colette aimée, et je sais, je sens, que vous êtes avec nous dans cette lutte cruelle pour la vie et la liberté.

« Je vous prie d'embrasser tendrement pour moi votre chère et sainte mère, ma sœur Lina, mon cher M. Massey, votre mignonne Tottie, cette petite fleur éclose sotas notre ciel.

« Je serre affectueusement la main de Gérard.

« Dites, je vous prie, à Henri, que j'espère et j'attends.

« Votre sœur qui vous chérit,

« Nicole Mai vilain. »

« Cette enfant a l'àme d'une héroïne antique !

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