‹ Les historiens de la monarchie constitutionnelleChapitre 25 sur 41 · LE GOUVERNEMENT DE JUILLET DEVANT L*EUROPB · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT DE JUILLET DEVANT L*EUROPB

couvrent de barricades ; les notables de Bruxelles forment un gouvernement provisoire ; Tarmée hollandaise est chassée du territoire, Anvers bombardé inutilement par elle; en quelques semaines^ la Belgique s*est affranchie ; quatre millions d'hommes ont déchiré la carte dressée à Vienne par les cinq grandes puissances. Guillaume I*' invoque leur intervention, la garantie rédproque des traités de 1815 qui a déjà reçu son application à Naples, en Piémont, en Espagne, et défère le conflit à l'Europe entière.

Le danger est immense, la situation d'une gravité formidable ; une parole, une démarche peuvent amener une conflagration générale : Louis-Philippe n*esl encore reconnu officiellement que par l'Angleterre seule. Sa résolution est rapide, sa décision ferme, digne et loyale; il pose un de ces principes qui engagent l'avenir, les destinées d'une nation. M. le comte Mole déclarée la tribune que la France fait du principe de non-intervention la base de sa politique extérieure. Par là, il signifie qu'il ne reconnaît à aucune puissance le droit de s'ingérer dans les aflaires intérieures d'une nation étrangère; par là il met virtuellement à néant le principe même delà Sainte-Alliance qui a pour but unique de garantir la sûreté des souverains ; il faudra dès lors compter aussi avec la liberté des peuples. En même temps et pourdésintéresser l'Angleterre, il lui promet que la France ne prétendra à rien de plus: point d'annexion, point de prince français sur le trône belge; il se contentera de la substitution d'un état neutre et inofiensif au royaume des Pays-Bas élevé artificiellement contre nous.

L'irritation des cours du Nord devait être, fut profonde; elles sentaient bien que lenouveau principe neleur entrait aucune garantie, que cette arme à deux tranchants

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se relournerail un jour contre elles. M. de Metlernich se récriait amèrement contre « la prélention étrange du gouvernement français d'introduire pour sa convenance, un nouveaudroit des gens dont onn' avait jusquelà jamais entendu parler, et qui était purement et simplement le renversement detoutesles règles quiavaient jusqu'alors présidé à la politique des États européens, s Mais il récriminait sans agir, à l'encontre du roi de Prusse, beau-frère de Guillaume I" qui réunit un corps d'armée sur la frontière hollandaise, alin d'appuyer les tentatives de ce dernier contre Bruxelles. A celte nouvelle, le comte Mole RI prier M. de Werther, ministre de Prusse, de venir s'entretenir aveclui; la conversation s'engagea de la manière suivante : « Est-il vrai, s'écria tout d'abord le ministre français, que vous ayez un cori 9 d'armée réuni sur la frontière hollandaise et que vous ayez l'intention d'intervenir dans les affaires de la -Belgique?— Oui vraiment. — Mais c'est la guerre! — Comment? la guerre! votre armée française est toute désorganisée, vous ne sauriez réunir quatre régiments. — N'en croyez rien, répondit M. Mole, vous risqueriez de vouslromperbeaucoup.Nousavonsdeforlbons régiments qui s'acheminent en ce moment vers le Nord. Tenez pour certain que les soldats prussiens ne mettront pas le pied en Hollande sans rencontrer l'arraée française entrant par la frontière de Helgique. La guerre, je vous le répète, est au bout de mes paroles; sachez-le et mandez-le îi votre cour, o M. de Werther protesta avec véhémence, mais le comte Mole maintint énergiquement son dire, et à Berlin, le maréchal Maison, notre ambassadeur, ne se laissa pas davantage intimider. Le roi de Prusse fut persuadé sans doute, car son armée cessa d'avancer: l'initiative hardie de Louis-Philippe et de son ministre

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préserva la Belgique de Tinvasion, au lieu de compromettre la paix européenne. Le nœud gordien de la question ne sera plus tranché par Tépée, la diplomatie aura h le dénouer; dès le 10 novembre, la révolution belge a quitté la rue, le champ de bataille, et passe dans le cabinet. IV un commun accord, les puissances transforment en une médiation le droit d'intervention armée qui leur a été refusé ; les représentants de l'Autriche, de la Prusse, de la Russie, de l'Angleterre, de la France, déjà réunis en conférence à Londres pour vider les difGcultés relatives à la Grèce, reçoivent les pouvoirs nécessaires afin de régler les affaires de Belgique.

La Conférence réussit d'abord à faire accepter à la Belgique et à la Hollande une suspension d*armes, en assignant aux deux peuples comn:e ligne de démarcation les limites que chacun d'eux occupait avant 1815 ; cette prcposition est le premier anneau de cette chaîne indéfinie de 70 protocoles ([ui doivent, selon l'expression deNothoml), s'étondrc autour de la révolution belge et l'envelopper pendant huit ans. L'armistice olTrait d'ailleurs d'inappréciables avantages aux Helges, puisqu'il leur laissait la jouissance de leur territoire, le temps deso^ ganiser militairement, de voter une constitution. En politique comme en droit, la possession de fait demeure toujours un puissant argument pour obtenir gain de cause (levant la justice ou devant un tribunal diplomatique. Aussi les Belges mettent ces délais «i proflt : ie Congrès national assemblé le lo novembre s'occupe surle-champ de remplir son mandat; il s'agit pour lui de tout refaire à nouveau, de créer une dynastie, une constitution, une nati(»n, do lai re accepter à l'Kurope cette triple création, malgré les eiforls do (îuillaume I", soutenu par la Russie, TAutriche et la Prusse. Après de solennels dé-

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bals, le Congrès proclame trots principes qui seront ia base de toutes ses délibérations ultérieures : le IH novembre, il afiirme à l'unanimilé de 197 membres présents, l'indépendance de laBelf^ique ; le 22, il adopte par 174 voix lu monarchie constitutionnelle sous un chef héréditaire; 13 voix seulement se prononçant pour !n république; le 2-1, IGl voix contre Ifi votent la déchéance avee l'exclusion perpétuelle de la maison d'Orange- Nassau.

Celte troisième résolution pouvait gravement compromettre la situation des Belges : lo roi de Prusse, le c/ar se trouvaient du même coup frappés dans leurs intérêts, dans leurs alliances do famille; ils songeaient à relever le gant et multipliaient leurs armements. Tout faisait présager une campagne imminente, une coalition, qui eùtpro> duit des conséquences incalculables, lorsque l'insurrection polonaLse opéra une heureuse diversion en faveur des Belges, contraignit le czar à s'occuper de ses propres all'aires, ajourna, mil ù néant les projets belliqueux des cours du Nord. Leurs plénipotentiaires signèrent à Londres le protocole du 20 décembre par lequel la Conférence déclarait : « l'amalgame parfait et complet que les puissances avaient voulu opérer entre la lielgtquo et la Hollande n'ayant pas été obtenu, et étant désormais impossible, il était devenu indispensable de recourir & d'autres arrangements pour accomplir les intentions à l'exécutinn desquelles cette union devait servir de moyen. >< C'était prononcer virtuellement la dissolution du royaume des Pays-Bas, et rendre» la Belgique son existence nationale; mais cnllés par leurs premiers succès, les Belges, so croyant protégés par les dissentiments que leur entreprise suscitait entre les grandes puissances, perdant toute mesureet toute retenue, répon.-

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dirent à la Conférence qu'ils n'acceptaient pas les obligations résultant des traités qui avaient réglé Téquilibre européen ; ils réclamaient la possession de la rive gauche de TEscaut, avec la libre navigation de ce fleuve, la province du Limbourg et le grand duché de Luxembourg, qui formait depuis 1815 an domaine séparé, possédé par les princes de Nassau à un titre différent des autres provinces belges, et comme tel, faisant partie delà Confédération Germanique.

De semblables prétentions étaient exorbitantes et la Conférence n'y répondit point : dans ses 11* et 12" protocoles du mois de janvier 1831, statuant comice arbitre et juge du conflit, elle détermina les Imses de séparation entre les deux parties : désormais les limites de la Hollande comprendraient tous les territoires, places, villes et lieux qui lui appartenaient en Tannée 1790; la Belgique serait formée de tout le reste des territoires qui avaient reçu la dénomination de royaume des Pays-Bas dans les traités de 1815, sauf le grand duché de Lozembourg; on lui refusait le Limbourg et la rive gauche de TEseaut; elle constituerait un État perpétuellement neutre, placé sous la garantie des cinq puissances ; enfin la Conférence proposait de la charger des 10 31 delà dette générale, sans égard à la partie de cette dette contractée avant l'union entre les deux pays; or en 1814 la dette hollandaise et la dette helge étaient dans la proportion de 43 à 2.

Le roi de Hollande s'empressa d adhérer aux IV et 12' protocoles; au contraire, les Belges protestèrent contre ces arrangements défavorables et déclarèrent ne pas vouloir s'y soumettre. Le Congrès alla plus loin : il résolut de braver la Conférence de Londres, et persistant à nier la compétence de TEurope, discuta

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officiel! emenl et décida qu'elle ne serait point consultée sur lo choix d'un roi, qu'on s'abstiendrait" aussi de prendre l'avis de l'Angleterre, tandis qu'il serait demandé conseil à Louts-Philippe « sur certains points commerciaux et politiques ayant rapport au choix du cliefde l'État. »

Le choix d'un roi, telle était en effet la question fondamentale qui s'imposait aux Belges ; il ne suffisait pas d'avoir volé l'établissement delà monarchie, il fallait à tout prix sorlir du provisoire, donner au principe la consécration du fait, trouver un prince qui convînt à l'Europe et i la Belgique. Deux candidatures semblaient devoir rallier le plus grand nombre des suffrages du Congrès, mais elles étaient affectées d'un vice radical qui les rendait toutes deux impossibles. Préoccupés avant tout de leurs propres convenances, les Belges songeaient en premier lieu au duc de Nemours, fils aîné de Louis- Philippe, dont la royauté aurait eu, à leurs yeux, l'avantage de conserver leur autonomie avec la protection de la France; une fraction du Congrès appuyait la candidature du duc de Leuchtenberg, fils du prince Eugène Beau harnais.

Le gouvernement français avait déjà fait connaître ses intentions : Louis-Philippe avait loyalement annoncé que, lié par des engagements antérieurs, il n'accorderait pas le duc de Nemours ; ce n'était pas la réunion pour nous, et celte acceptation considérée par les puissances comme une réunion pure et simple, eût mis ta France en guerre avec toute l'Europe, non pour son accroissement réel et sa grandeur, mais pour un intérêt de famille. Il ne pouvait non plus tolérer qu'un représentant delà dynastie impériale vînt s'implanter à côté nous, fomenter des intrigues contre lui, donner

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un point d'appui aux prétentiond napoléonienne». Jamais la France ne reconnaîtrait le duc de Leuchtenberg, jamais surtout le roi ne lui accorderait en mariage une do ses filles. De son côté, la Conférence de Londres, loin de s arrêter aux refus du Congrès delà consulter, rédigea deux nouveaux protocoles (1) par lesquels elle excluait de la candidature au trône de Belgique « tout prince, membre des familles régnantes des cinq gprandes puissances n et stipulait qu'aucune de celles-ci ne reconnaîtrait le duc de Leuchtenberg, mis ainsi au ban de TEurope.

Le Congres avait Pixé au 28 janvier la discussion pour réiection d'un roi ; le 23 janvier^ il reçut communicatioa d'une lettre écrite par le général Sébastiani à notre ministre de Belgique, qui ne permettait aucun doute surles intentions formelles, définitives de Louis-Philippe. Tout dans s<i conduite dénotait son désintéressement, son absolue loyauté, tandis que Odèle aux habitudes de la diplomatie anglaise, diplomatie à deux visages, tortueuse, hérissée de rélicences, de pièges, lord Palmerston laissait renvoyé anglais, lord Ponsonby conduire de front une doublo iulrif^ue soerùlu en faveur du duc de Leuchtenbcr^ et du prince d'Orange, fils de Guillaume P^ A défaut de ce dernier qu'il oui préféré à tout autre, le cabiîit't anglais se fût rési«i:né au premier ; il ne doutait pas do lu parole du roi de France, mais Toifrede la couronne an duc de Nemours était un hommage éclatant, consa-

.1) I.»' mot de proton ilo dont la >ii;nifi»-ulioii rst collo i]\\n tormiilair-.- •Ifstiiié à rétrier la rédaction des actes publics, est d'un fréi^uent u>ii;:e dans la lan^^ue dipiomatii]UL*. Par une déviation dti son sens primilii «•l naturel, on l'emploie à dtVijjner les pro«'ès-\erbaux des séances d'agent^ «lil*lomalii|ues réunis pour (k'-liluMvi* i.ur une (luestiou spéciale, et niêtne par extension, les arrêtés qm consacrent le résultat de ces délibérations.

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crail noire prestige, el importunait l'Angleterre, toujours jalouse, toujours rivale de la France, même lorsqu'elle est son alliée.

Au sL'in du Congrès, la discussion dura cinq Jours : elle fut L-leviH', ardente, passionnée: les hommespolitiques, les orateurs les plus considérables y prirent part. MM. Notliomlj, di! Mérodo, Charles Rogier, de Brouckère parlèrent en faveur du duc de Nemours; le duc de Leuchlenberg eut pour lui MM. de Stassirt, de Gerlache, do Rhodes et Lebeau. Au premier tour de scrutin, aucun des candidats n'obtint la majorité nécessaire; au second tour, le duc do Nemours réunit !>7 suffrages, son concurrent 71 seulement. M. Surlet de Chokier, président du Congrès, proclama Louis-Chartes Philippe d'Orléans, due de Nemours, roi des Belges.

Cette décision fut accueillie avec le plus vif enthousiasme ; malgré les dénégations du gouvernement français, les Belges espéraient toujours lui forcer la main, le faire revenir de sa détermination. Mais la décision de Louis-Philippe était irrévocable; de ce choix populaire en faveur d'un prince digne à tous égards de cette suprême distinction, il ne retint que le bénéfice moral, que l'honneur fait à sa famille, à la France : le devoir comme la prudence, le patriotisme éclairé comme l'affection paternelle lui dictaient sa conduite. Le 17 février, entouré, de ses fils, de ses ministres, des grands dignitaires de l'Klat. il répondit en ces termes à la députation belge, chargée de lui offrir un trône : « Si je n'écoutais que le penchant de mon cœur, et ma disposition bien sincère à déférer au vœu d'un peuple dont la paix et la prospérité sont également chères et importantes à la France, je m'y rendrais avec empressement. Mais quels que soient mes regrets, quelle que soit l'amertume que j'éprouve à vous

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refuser mon Tils, la rigidité des devoirs que ysi à remplir m'en impose la pénible obligation» et je dois déclarer que je n'accepte pas pour lui la couronne que vous êtes chargés de lui offrir. Mon premier devoir est de consulter civanttout les intérêts de la France, et par conséquent de ne point compromettre cette paix que j'espère conserver pour son bonheur, pour celui de la Belgique et pour celui de tous les États de I*Europe auxquels elle est si précieuse et si nécessaire. Exempt moi-même de toute ambition, mes vœux personnels s*accordent avec mes devoirs. Cène sera jamais la soif des conquêtes ou rhonneur de voir une couronne placée sur la tète de mes Tils qui m'entraîneront à exposer mon pays au renouvellement des maux que la guerre amène à sa suite, et que les avantages que nous pourrions en retirer ne sauraient compenser, quelque grands qu^ils fussent d'ailleurs. Les exemples de Louis XIV et de Napoléon suffiraient pour me préserver de la funeste tentation d'*'Tif^tîr des troues pour mes fils et pour me faire préférer Itî bonheur d'avoir maintenu la paix à tout l'éclat des victoires que dans la guerre, la valeur française ne manquorail pas d'assurer de nouveau à nos glorieux drapeaux. » En terminant, le roi faisait des vœux pour le bonheur et la prospérité de la Relgique qui pouvait compter sur son concours afin de la préserver de toute attaque extérieure et de toute intervention étrange n?.

Ce refus ploiif^ea les Helges dans une véritable consternation : ils comprirent toutefois qu'on ne pouvait songer à élire le duc de Leuchlenberg sans se mettre en conflit avec l'Europe entière. Prolonger le statu ([uo offrait aussi de t^^raruls dangers, en présence de la propagande révolutionnaire qui travaillait les

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villes, des Orangistes qui essayaient de fomenter la guerre ci%i!e. Le Congrès se hàla de terminer, de déclarer exécutoire la constitution, et le 2J Février 1831, il institua une régence à laquelle il appela M. Surtet de Chokier. Cependant la situation se com])liquait de jour en jour entre la Belgique et la Hollande : fort du protorole de la Conférence de Londres^, Guillaume I" lançait des proclamations pour allirmer ses droits et son autorité sur le grand duché de Luxembourg; le 10 mars le régent répondait par un défi lancé non-seulement à la Hollande, mais à l Kurope. u Noua avons, disait-il, commencé noire révolution malgré les traités de 1815, nous la finirons malgré les protocoles de Londres. » Puis i\ engageait les Luxembourgeois à résister, leur promellant le secours de la nation belge. La Hollande acceptait l'arbitrage des puissances ; elle avait une excellente armée de 60,000 hommes, sa population briJiait du désir de prendre une éclatante revanche, son trésor public regorgeait d'argent. Le gouvernement belge semblait, par sa jactance et ses ridicules rodomontades, prendre à plaisir de s'aliéner les sympathies de d'Europe; son armée n'existait guère que sur le papier; son trésor était à sec, le commerce, le travail chûmaient; l'impôt ne rentrait pas, les emprunts ne se négociaient guère; l'anarchie était partout, dans les lois et les intelligences, dans l'administration et dans l'armée. Cependant la réponse du régent rendait la guerre inévitable et imminente, et la Ilelgique succombait à coup sûr si la France ne lui venait en aide. C'est alors que Casimir Férier arrive à la présidence du conseil des ministres; c'est ici que nous devons interrompre le récit de ce grand

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imbroglio diplomatique qui amena la fondation du royaume de Belgique.

Quand un homme, disaient les anciens, devient esclave, les dieux lui enlèvent la moitié de son htdp; quand, dirons-nous aussi, Dieu veut perdre un peuple, il lui enlève sa conscience, son âme nationale, sa dignité, le sentiment des conditions auxquelles il peaf vivre. Il cesse alors de comprendre que Tordre, un pouvoir fort et respecté, protecteur permanent delà civilisation, est son premier besoin, que la liberté vient seulement après. On a vu des empiz*es se prolonger pendant des siècles ù Taide du despotisme: on en a même vu qui atteignaient un haut degré de puissance, de prospérité, par la concentration de tous les pouvoirs entre les mains d'un seul ; Tempire romain, lempire des Czars témoignent avec éloquence de cette vérité. L'histoire ne fournit pas un seul exemple d'un Ktat qui ait pu durer par la seule force d'une liberté illimitée, sans contrôle et sans frein. Où sont aujourd'hui les nations qui au moyen âge avaient une royauté élective et viagère, où le gouvernement conservait en réalité la formi» républicaine? Les unes, comme la Suède et le Danemark, se sont convertieiî en monarchies héréditaires; les autres ont été démembrées par de puissants voisins. L'empire germanique ncs\ plus qu'un souvenir, la lîohéme et la Hongrie font partie iuléfj^ranti» do rAutriche. A vrai dire, celte ruine n'a pas été un elVoi sans cause : ce qui l'a déterminée, c'est rafraiblissenient progressif et continu de l'autorité centrale; en refusant à la royauté Fappui de l'hérédité, ces peuples se sont fait à eux-mêmes leurs propres destinées. No semhle-t-il pas qu'on reconnaisse là une loi fatale, inexorable, que le système

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de I*anvm, le droit à l'existence, la sélectioti, l'absorplton des faibles par les forts, s'applique aux nations comme aux hommes, aux animaux, aux plantes?

Mais de toutes ces agonies des peuples, la plos triste, la plus dramatique est celle de la Pologne, nation magnanime, dont l'histoire forme une légende, une épopée sulilime, et ressemble à un roman de chevalerie, qui pendant plusieurs siècles a servi à TEurope de rempart, de bouclier, qui fut l'avant-garde de l'Occident contre les invasions musulmanes; nation toujours grande dans le malheur, mais indisciplinabledans la prospérité. L'anarchie, telle était la lèpre, tel était le ver rongeur de ta Pologne, li ne suffisait pas d'avoir cr^é une sorte de gouvernement idéal, tenant aux républiques par les prérogatives de ses citoyens et par l'élection, aux royaumes par la couronne de son chef: il fallait imiter les nations européennes qui marchaient à l'unité par l'absolutisme, par la fusion des classes, la formation du crédit, des armées régulières et permanentes; il fallait conserver le patriotisme le plus pur, le plus constant, faire en un mot jaillir une nation de ce qui n'était n qu'un camp de Slaves indociles et divisés. » Mais semblable à In démagogie parisienne, semblable à certains demeurants d'un autre âge, ce peuple n'a rien appris, rien oublié. D'une part plusieurs millions de paysans, de serfs, réduits à une extrême servitude, à une profonde misère: leur vie est estimée dix marcs ou quinxe francs ; le seigneur dispose selon son bon plaisir de leurs personnes et de leurs biens; ils tombent dans un état de pauvreté et d'abrutissement indicibles. D'autre part, cent mille gentilshommes, formant une grande et une petite noblesse, proscrivant l'industrie, ce ciment indestructible des

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autres nations, cette créatrice du tiers état, des villes d'où procèdent à leur tour le luxe et la richesse; aristocratie guerrière, licencieuse, turbulente, faisant du prince Vesécutcur de ses volontés et de ses égoïstes ambitions. Cette démocratie nobiliaire jouissait de privilèges bien plos exorbitants que ceux de Tancienne noblesse française aa temps de la féodalité: un droit étrange, inouï, le liberm veto perpétuait Tanarchie, entretenait la dissolution dans les finances, la justice et la législation. C*est aux diètes qu il appartient de procéder à Téleclion royale ; les cent mille nobles s'y rendent à cheval, le sabre au poing; épris d'une folle et monstrueuse égalité, d'un individualisme effréné, les Polonais font consister la liberté dans le pouvoir do se perdre, et regardent comme leur plus beau privilège le droit qui appartient à un seul nonce, à un seul député, de dissoudre la diète, d'anéantir la volonté de tous ses collègues avec ces deux mots : dsto (ictirilatem^ ou uir pozahrmn^]^ no consens pas. a Armé de ce veto insensé, un ivrogne, un fou, un factieux, vendu parfois à Tennenii, pouvait frapper d'inertie Tai^ livilo de toute la nation. Ce seul mot plongeait etreplongriùl le pays comme une formule magique dans une léthargie pareille à la mort. » Plutôt que de restreindre le lihermn veto, ce singulier parlement équestre préférait, dans certaines élections, tuer à coups de sabre les nobles récalcitrants pour annuler leur suffrage, plutùl (jue de contester leur préro{^ative. Le désordre ainsi implanté comme un fer au cœur de TEtat, eut bientôt sa stratégie, son code, sa tactique, et devint une institution légale. « Sous le titre de confédération,, le droit à la guerre civile fut inauguré. Au i)remier prétexte, des insurrections liées par un serment, se levaient sous la dictature d'un chef proclamé, arrêtaient les lois, et s'empa-

LR CODVI^RNRHeXT DE ItTILLE T DEVAIt T L KItlIOPB

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raient à main armée du pouvoir, Ces ligues furent quelquefois légitimes, et se dressèrent pour de justes causes mais souvent aussi elles ne furent que des émeutes enrégimentées. Leur soulèvement toujours possible tenait d'ailieui'3 l'iîtat sous la menace incessante de la sédition. Comme le convive antique, la Pologne s'agitait sans trêve, sous trente mille épées, suspendues sur elle par un léger fil. »

De grands esprits, de nobles intelligences ont prédit à cet infortuné pays les fatales conséquences d'une telle orgie de liberté; dès l»itil, Jean Casimir Wasa, avant de déposer sa couronne, a prophétisé le partage de lu Pologne; à son tour, Jean Sobieski est mort, désespérant du salut de sa patrie, et dans sa retraite, Stanislas Leczinski rappelait en 1749 à ses concitoyens, l'exemple de la Hongrie, de la Bohème. Mais ils sonnent en vain le glas funèbre : l'anarchie ne cesse de gagner du terrain. Il est de l'essence du pouvoir absolu d'aveugler les corps qui en ont l'usage aussi bien que les individus ; la noblesse rendait des lois de plus en plus étroites pour attacher les paysans à la glèbe, arrêter la formation de la bourgeoisie, réduire l'armée à un elTectif dérisoire, mettre la royauté à l'encan. Le suicide national ne faisait (jue précéder le meurtre, l'égorgement de l'étranger.

La Pologne a do bonne heure connu, l'intrusion étrangère; frappée de cécité politique, c'est elle-même qui l'invoque : les abus de la liberté lui font oublier le péril de la patrie. Charles XH a son protégé, son vassal, Stanislas ; le Czar a le sien, Auguste de Saxe. La Russie, la Prusse prennent l'habituie de .ioler son territoire, de le traverser, d'y camper, de le ravager. Frédéric II va jusqu'il lui enlever 6 ou 7,000jeunes filles de seize à vingt ans pour coloniser ses états; la Russie intervient, tantôt

iiu LE goi'vi^rniî:hi£nt de juillet devant l'kdropb

sous un prétexte, tuntùt sous un autre. Fidèle à la politique de Pierre le Grand, Catherine II circonvient, investit la Pologne, lui impose pour roi un de ses anciens favoris qu'elle fait manœuvrer à son g^ré comme uo automate. Lorsqu'eniin, la nation, ouvrant les yeux, veut réformer des abus intolérables, abolir le Ubtrim veto^ constituer un gouvernement, une armée, de: finances, elle love le masque, elle la cloue, elle Tenchaine à son antique anarchie, lui interdit tout changement, écrase les patriotes, et fedt voter le premier démembrement de la Pologne, par la diète dite d'enterrement qui délibère sous les canons russes braqués contre elle. Vingt ans après, en 1793, la Pologne tente un nouvel effort : une nouvelle constitution est votée, l'hérédité substituée à Télection, les bourgeois conviés aux droits politiques, le Uhenim veto aboli, les paysans admis à la vie civile : mais TAutriche, la Russie, la Prusse accourent, brisent ce suprême et tardif effort ; une seconde diète funèbre, décimée, terrifiée, prise par la famine, délibère commt* la j)romièro sous la pression de? baïonnettes russes, adhère au second partage. En 17i.*5. la grande iniquité du dix-huitième siècle est dëfinilivementconsommée par le troisième démembrement : la nation héruique a porté cruellement la peine do st'sfaul**?. de son incurable et endémique anarchie, do ses dissensions intestines; mais la France, tout en respectant le? arrêts, pîirfois impitoyables dr» l'histoire, ne peut s'enn»»cher de jirDleslor au IVuid de sa conscience contre ce supplice de rrnirtrlvment itnlit'Hjfio, (jne la Pologne a odieusement subi ; elle se souvient que colle-ci a souvent vorsr» son sang pour elle sur les champs de bataille, que sun insurrection de l.siio lui a rendu indirectement un dernier service, en détournant la guerre européenne qui allait

LE GOUVI^RNIilHKKT I)E JUIL

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fondre sur l'Occident; elle garde le culte des morts etdas mtirtyrs. En songeant à la Pologne, elle se rappelle celte belle pensée de Lamennais : « les peuples ont la vie dure; pour eux la tombe n'est souvent qu'un berceau, » Cependant les Polonais devaient longtemps encore conserver une auloDomle relative, un semblant d'existence nulionale; en 181 5, leczar Alexandre leur assuré des institutions, des droits individuels, des libertés étendues, une Cbarte. Comme la Belgique avec la Hollande, la Pologne prospérait sous le gouvernement impérial : les finances, les travaux publics, l'agriculture, l'industrie prenaient des développements inconnus jusqu'alors. Mais sa haine semblait s'accroître avec sa nouvelle fortune ; Alexandre ne pouvait lui faire oublier ces trois dates fatidiques : 1772, 1793, 1705; ses bienfaits réels, ses bonnes intentions n'effaçaient pas la sanglante histoire du passé. Les sociétés secrètes se formaient pour secouer le joug de la liussie. Le czar craignit de s'être trompé ; il supprima la liberté de la presse, interdit l'usage de la langue polonaise dans les actes administratiii], et substitua l'action rigoureuse des tribunaux militaires à la juridiction ordinaire. Malgré ces mesures restrictives, malgré les griefs des Polonais, nous croyons avec Guizol, que ceux-ci devaient tenir une conduite toute différente : • Une grande partie de la nation polonaise avait une Charte, point de départ et d'appui dans ses essais de la vie publique et libre. Qu'elle s'y fût ntiachée comme à son ancre, qu'elle l'eût e.xploitèe et défendue comme son champ ; qu'elle eût déployé, pour conserver, pratiquer, reprendre ou étendre ses droits légaux, l'énergie et le dévouement qu'elle a dépensés à tenter, dans les plus mauvaises conditions possibles, les succès révolutionnaires : je ne sais quels ellorts elle eût eu à fniro, et

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quelles souITrances à subir, ni à combien d'années de luttes et d'attente elle eût dû se résigner; mais, à coup sûr, elle eût exercé plus d'action sur son propre souverain, olle eût trouvé en Europe des sympathies, probablement même des appuis plus efficaces que les émeutes des rues de Paris, et elle eût eu infiniment plus de c^ka^ices de ressaisir son rang parmi les nations. »

Mais une pareille tactique eût exigé une vertu, une sagesse presque surhumaines, et la soif de la vengeance, un ardent patriotisme entraînaient les Polonais à préférer les moyens violents et révolutionnaires : la franc*maçoDnerie politique comptait de jour en jour des adhérent plus nombreux qu elle recrutait dans la petite noblesse, la jeunesse des écoles, le menu peuple de Varsovie: le cler^r, maître absolu do l'esprit des paysans^ vo\'ail dans la Kussie schismalique Tennemie héréditaire de la Pologne catholique et se ralliait à la cause de TindépeDdunce. Il ne fallait plus qu'une étincelle pour faire éclater la mine : la révolution de Juillet fut cette étincelle. Les Polonais s'imaginèrent que la France allait jeter le gant à TKurope, recommencer les guerres de I79i;le? clubs parisiens les entretinrent follement dans leur? espérances et la révolte fut décidée. Comment le 2V m»vembre isao, une partie des élèves de rÉcole des porteenseignes et de l'Université s'emparent du palais du grand-duc Constantin, massacrent une partie de ses serviteurs, soulèvent le peuple, les régiments polonai?. chassent avec eux les Russes, remettent à des homme* influents la direction des allairos ; comment le généra. Chlopicki, proclamé dictateur, ferme les clubs, fait rentrer Tordre dans Varsovie, la discipline dans Tarmée la règle dans l'administration, entame des négociation? avec le czar pour obtenir la consécration de la Charte Je

LE GOtJTEHtlEMEHT DE JCILLBT DEVAtfT L BCftOPB

lHl5;avecqueldédainrempereurroidePologn6accueilIe ces ouvertures, avec quelle hauteur il exige une soumission sans réserve ; comment, aprèsle renvoi de Chlopicki, ta révolution perd son caractère de revendication des droits légaux de la nation, passe des mains des modérés aux violents, qui votent la déchéance de la dynastie des Romanow et refusent d'écouter les conseils du gouvernement français ; la lutte héroïque de la Pologne avec J0,000 soldats, quelques bandes de faucheurs, 100 pièces de canon et des munitions pour une bataille, contre les armées russes trois fois plus nombreuses ; les premières victoires des Polonais, puis leur défaite à Ostrolenka ; les clubs, les journaux de Varsovie prenant le dessus, la démagogie déshonorant la grande cause de l'indépetidance par les massacres du 15 Août, parodie infâme de nos massacres de septembre 1792, accomplis en présence des Russes, allumant la guerre civile devant la guerre étrangère; la diète désorganisant l'armée, les pouvoirs publics, quand l'ennemi est aux portes de Varsovie, le siège de cette ville, puis endn, la reddition^ la capitulation du 7 septembre ISai, la fin de la Pologne ; ce sont là des événements que nous n'avons pas mission de raconter; il nous appartient seulement d'expliquer la conduite de la France dans cette crise douloureuse.

Les adversaires de Louis-Philippe prétendaient le pousser à la guerre avec la Russie au nom du principe d'intervention qu'il avait lui-même proclamé : mais la Pologne, en vertu des traités de IsiB.faisait partie intégrante de la Russie, et la France, intervenant à main armée, eût précisément fait ce qu'elle avait interdit au roi de Prusse d'entreprendre en faveur de la Hollande. D'ailleurs ce principe n'avait dans l'esprit du roi, de ses ministres qu'une valeur toute relative et con-

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rrète ; il signifiait à leurs yeux que la France ferait res* pecter Tindépendance des états limitrophes qui lui servaient de ceinture et d avant-postes : TEspagne, le Piémont, la Belgique, la Suisse. L'absolu n'existe pas plus pour les gouvernements que pour les individus: cherchera le réaliser, c'est vouloir usurper la place, prendre le rôle de la Providence, et le gouvernement de Juillet avait mille fois raison de se refuser à jouer son sort avec les destinées de la France, pour réaliser une chimère. En dépit des excitations des journaux et des émeutiers parisiens, de Témotion du public français, des billevesées belliqueuses, des déclamations rêveuse? et fantastiques de M. Mauguin et consorts, en dépit de ses proj)res sympathies, il obéit à la politique de la raison et du bon sens. Les conseils, les remontrances ne furent pas épargnés aux Polonais, qui s*étaient lancé? en avant, sans interroger la France, sans attendre ses avis, et qui auraient pu s'arrêter sur le bord de Tabîme. Au mois de janvier 1X31, le duc de Mortemart avait accepté la mission d'assurer le Czar des intentions pacifiques du gouvornomenl, de le prier de conserver aiu Polonais leur nationalité avec leur Charte de 1815. En passant h Perlin, il apprit c|ue la diète était saisie d'une proposition de déchéance de la dynastie des Komanow: non loin de cette ville, il rencontra les envoyés du gouvernement provisoire de \'arsovie et s'attacha à déconseiller toute mesure violente. « Mes instructions, dit-il. ne m'autorisent à agir qu'en faveur du royaume de Pologne tel qu'il a été constitué par le Congres de Vienne. Si les Polonais allaient au delîi, ils n'auraient pas à compter sur la France. » Mais ceux-ci, illusionnés par les discours, les lettres des chefs de l'opposition à Pari?, aveuglément convaincus de la toute-puissance de La-

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LE BorvEMiKinniT rvE jpiliet wrrATtr fRonore 9SS

fnyctlf!, ne savaient que répundre : « la démocratie fmnçaise sera maîtresse des événements, et la démocralie française soutiendra la Pologne. Votre roi et vos Chambres seront forcés par l'opinion publique de nous venir en aide ; d'ailleurs le sort en est jeté ; ce sera tout ou rien. — Eh bien, reprit le duc de Morlemart, je vous le dis avec douleur, mais avec une profonde conviction, ce sera rien, »

Lorsque l'ambassadeur français arriva à Saint-Pétersbourg, le vole de déchéance était un fait accompli: les Polonais n'écoutaient plus que leur désespoir; ils oubliaient cette populairoetpoignanteexclamation de leurs pères: u Dieu est trop haut et lu France est trop loin • ! Pareil au verset magique de l'hymne indien qui consumait tout homme qui le récitait, leur chant de guerre allait donner le signal de leur anéantissement.

Oui, la France était trop loin : elle fit les plus nobles efforts pour interposer sa médiation et obtenir le concours des puissances en faveur de cette nationalité. e.\piranle. L'Angleterre, la Prusse et l'Aulriche s'y refusèrent; elle ne pouvait aller, elle n'alla pas plus loin, et sur ces entrefoites, rasimir Périer qui venait de succéder à Laflitte, eut l'occasion d'expliquer cette conduite à la tribune : «Avant le 13 Mars, dit-il, aucune niédiation n'avait encore été offerte pour la Pologne. Nous avons conseillé au roi d'offrir le premier la sienne. Ses alliés ont été pressés de s'unir à lui pour arrêter le combat, pour assurer à la Pologne des conditions de nationalité mieux garanties. Ces négociations se continuent ; nous les suivons avec anxiété, car le sang coule, le péril presse et la victoire n'est pas toujours fidèle. A quel autre moyen pouvions-nous recourir, messieurs? Fallait-il, comme nous l'avons entendu dire, reconnaître la Pologne?Même

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en supposant que la foi des traités, que le respectas nos relations nous eussent donné le droit de faire cette reconnaissance, elle eût été illusoire, si des effets ne Teussent suivie, et alors c'était la guerre. J*en appelle à la raison de cette Chambre, car ici ce n'est pas rémotion et Tenthousiasme qui doiventprononcer, c*e8tla raison; la France doit-elle chercher la guerre? Doit-elle recommencer la campagne gigantesque où se perdit la fortune de Napoléon ? Cette guerre qu'on nous demande, y pense-t-on? C'est la guerre à travers toutelu largeur du continent eurol>éen; c'est la guerre universelle^ objet de tant d'ambitions délirantes, de tant de chimériques passions. Si du moins on nous prouvait que cette croisade héroïque eût sauvé la Pologne ! Mais non, messieurs: si la France fût sortie de la neutralité, c'en était fait de la neutralité qu'obse> vent d'autres puissances et quatre jours de marche seulement séparent leur armée de cette capitale qui se défend h quatre cents lieues de nous. En présence de tds .faits, qui donc ose demander la guerre, non pour sauver la Pologne, mais pour lai)crdre?»

Les événements, ces grands donneurs de leçons, ont depuis prouvé la justesse de ces observations. Ne pouvait-on pas ajouter que la Convention ellemême n'avait rien fait pour s'opposer au partage de la Pologne, ne pouvait -on invoquer comme un argument irrésistible Napoléon I"? Lorsqu'il est à l'apogée de sa gloire, lorsque TEurope entière tremble devant lui, songe-t-il à relever ce malheureux pays? Le 20 octobre 1809, il charge son ministre des affaires élran}j:ères de mander ce qui suit au cabinet de Saint- Pétersbourg : « Sa Majesté approuve que le nom de Pologne et de Polonais disparaisse non-seulement de toute transaction politique, mais même de l'histoire. »

LE COUVKitNlillKNT BK JUILLlilT DRVAKT L BUROPE

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Et il signe avec le Czar une convention secrète qui confirme C03 paroles. La République de 1848 se conduisit d'une autre manière ; on exalta les Polonais par de vaines déclamations, on leur fit entrevoir l'appui de nos armées, puis on les abandonna à leur mauvaise fortune. L'biatoire dira un jour quel procédé fui le plus humain, le plus généreux. A son tour, le second Empire ne devait pas manifester pour eux plus de tendresse que le premier Empire. La France, un moment séduite en 1830, n'aurait point pardonné à Louis-Philippe do l'avoir écoutée, d'avoir cédé à d'éphémères fantaisies, et préféré la popularité à une politique sérieuse fondée sur ses besoins réels» sur ses intérêts permanents.

Le gouvernement français avait énergiquement maintenu le principe de non-intervention en Belgique : il réussit aussi à le faire respecter en Suisse, malgré les alarmes, les inquiétudes de l'Autriche, qui, en présence de l'agilation démocratique répandue dans les cantons, pouvait à bon droit redouter que ce pays ne devînt un foyer de propagande démagogique. En Piémont, en Italie, les cabinets de Vienne et de Paris se trouvèrent directement en présence pour la première fois. Le Piémont avait subi le contre-coup de la révolution de Juillet; des réfugiés piémonlais s'organisaient militairement sur la frontière française dans le but d'appeler leurs concitoyens à l'insureclion. M, de Melternich profita de la circonstance pour affirmer hautement la politique de l'Autriche; il déclara solennellement qu'une révolution dans le Piémont, devant avoir pour suite inévitable un soulèvement dans la Lombardie, il se croirait obligé de prendre à tout prix les mesures nécessaires pour

ÛÛH LK GOUVËRIlEMElfT DE JUILLET DETAHT L*BDBOPK

empêcher Tincendie révolutionnaire de se propager, el le localiser; il se constituait en un mot le proteotour-né des princes italiens contre la Révolution : cLa question du Piémont était pour lui celle de Tltalie tout entière : si le principe de non-intervention i Taide duquel la France venait de constituer la Belgique, lui était opposé, il protestait à Tavance de rimpossibilité de le reconnaître, quelles que pussent cire d'ailleurs les conséquences de la détermination que lui dictait Tintérôt de la monarchie. » Quant aox autres États de Tltalie, il n'admettait à son droit de tutelle d'autres limites que celles de Tintérât autricliien ; il annonçait que pour établir le droit d'inte^ vontion des gouvernements, il était prêt à s'exposer à Tintervention des peuples, parce qu^alorsla question nettement posée deviendrait une question de force; qu'il aimait mieux périr par le fer que par le poison; car, les armes à la main, il avait du moins une chance que le poison ne lui laissait pas; qu'en un . moi, si rintervenlioîi do TAutriche en Italie devait amener la guerre, il était prêt à racccpter; péril pour péril, il proférait un champ de bataille a une révolution.

Heureusement le roi de Piémont parvint à triompher du mouvement jacobin et carbonaro dans son royaume: do son eùté, le gouvernement français dispersa et fil rentrer dans Tintérieur les conspirateurs piémontais. Il n on fut pas de môme do l'Italie centrale, où les sociétés secrètes, encouragées par Lafayette et les démagogues parisiens, avaient fait de rapides progrès. L'insurrection y commença le 3 février 1831 ; en quelques jours, elle fut maîtresse d'une partie de l'Italie centrale, de Bologne, Ancône et Pérouse. La Papauté

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était menacée : les carbonari lançaient des proctamations ù leurs Trères de Lombardie et les engageaient â se débarrasser de la domination de l'Autriche. Le prince de Metternich déclara à notre ambassadeur, le maréchal Maison, qu'il se proposait d'agir sans retard ; celui-ci, homme de guerre avant toulet diplomate médiocre, adressa au ministre des alTaires étrangères une belliqueuse dépèche où il conseillait de tirer l'épée.

La situation de Louis-Philippe était très-tendue : la raison disait de résister aux suggestions du parti révolutionnaire parisien, de faire fléchir ce principe de nonintervention qui devait être pour nous une sauvegarde, non un danger; la raison commandait de subir l'entrée des Autrichiens en Italie, et, aussitôt qu'ils auraient accompli leur mission, réprimé le désordre, de les empêcher de prolonger leur occupation. Mais l'opinion publique était inquiète, nerveuse, surexcitée parles divagations, les badauderies diplomatiques des Lafayelte, des Lamarque et autres inventeurs de la politique du mouvement perpétuel, parles prédications continuelles de la presse, par les récits des réfugiés victimes de l'arbitaire autrichien. Comme l'a dit avec esprit M. de Nouvion, les bourgeois de Paris qui, au premier symptùme de guerre, cachaient leur argent, se croyaient humiliés et se récriaient, si, suivant te mot de Frédéric U, il se lirait en Europe un coup do canon sans leur permission.

Le roi et son ministre des affaires étrangères résolurent de cacher au président du Conseil la dépèche de l'ambassadeur français, qui, trop tôt connue et divulguée, aurait pu mettre le feu aux poudres ; aussi bien, le ministère Laffitte semblait avoir quelques jours à peine à végéter, et ce n'est point, comme on l'a écrit, le dépit de

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