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CHAPITRE VI

Les sept mois qui s'écoulent du 0 août 1830 au 13 mars 1831 sont remplis par la lutte de Paris contre la France, de la démagogie contre les forces raisonnables et conservatrices de la société.— Le roi des clubs et de la multitude— Le premier ministère de la royauté de Juillet. Dupont de TEure, Lafflttc. — M. Pasquier président de la Chambre des pairs. Mouvements populaires; les sociétés secrètes, les c!ubs. — Les ministres de Charles X sont renvoyés par la Chambre des députés devant la Chambre des pairs. — L'émeute du 18 Octobre. Un aveu de Louis Blanc. Le programme du cabinet du 3 Novembre. Mort de Benjamin Constant. — Le procès : plaidoiries de M M. de Martignac et Sauzet; le jugement. Lafayetto et Odi- Ion Barrot secondent les prétentions des élèves des écoles. La Chambre supprime le commandement général des gardes nationales du royaume. — Loi sur la garde nationale; Tarmée de la Révolution; la garde nationale est entachée d'un vice originel et endémique; son rôle depuis 1789 à 1871. — Lois sur le jury, sur l'organisation municipale et électorale. — Situation précaire et elFacée du cabinet. Le sac de Saint-Germain TAuxerroiset de rArehevôché. Formation du ministère du 13 mars.

Les événements qui s'accomplissent en France depuis le 1) août 1830 au 13 mars 1831, les lois votées parles Chambres, les mesures prises par le pouvoir,font ressortir une vérité importante qui fournit la clef de toute cette période, et, comme le fil d'Ariane, conduit l'historien au travers du labyrinthe, du dédale des faits. Los sept mois qui vont s'écouler sont tout entiers remplis par la lutte de Paris contre la France, de la démagogie contre les

Û'S'l Li: PROCÈS DES MINISTRES DE GUARLES X

forces raisonnables et sérieuses de la société. D*un côté, Paris^ ses clubs, sa presse incendiaire qui agite la torche, le poignard comme une Euménide, comme une bacchante, les jeunes gens des écoles, qui, ne doutant et ne se doutant de rien, veulent prendre possession de la place publique, réduire le pouvoir à merci; d*autre part, la France, le roi, les Chambres, les départements, la bourgeoisie, Tarmée. D*un côté la multitude parisienne avec ses instincts pervers et destructeurs, le faux peuple, celui que les Romains appelaient la plèbe, dont la loi suprême est le caprice du moment^ avec son bonnet rouge^ cette sanglante armoirie de la Terreur, et son orgueil de boue; d'autre part la nation française» le vrai peuple avec ses éternels besoins d'ordre, de travail, de tranquillité. Néo-jacobins, terroristes, communistes, montent ensemble à Tassant de la société: J ils ne forment qu'une minorité imperceptible^ mai^ib \ ont pour eux la populace parisienne, leur criminelle audace, ce qu'on a justement appelé : la logique de5 pavés ; ils se souviennent du rôle que leurs ancêtres ont joué de 1790 à 1798, veulent faire de Paris un nouvel Eldorado révolutionnaire, le soumettre à leurs exécrables fantaisies. Ils font appel à la foule contre Télite, au vic^ contre la vertu, à la passion contre la raison, à la bmtalilé contre la modération, à l'ignorance contre le savoir, à la paresse contre le travail, à Tenvie contre la richesse; ils auront soin d'irriter toutes les plaies, d'envenimer tous les griefs ; ils auront des amis, des complices dans la Chambre des députés, des complaisants dans le pouvoir.

Nous avons parlé de cette prérogative exorbitante des gentilshommes polonais, dont chacun avait le droit de dissoudre la diète, d'arrêter le mouvement et la vie

LK PROCfiti DKS HINtSTRF.S DB CUAHLES Tl > 2'A6

de la nation. Paris, incarDation et synonyme de la révolution, semble puiser dans on ne sait quelle charte insurrectionnelle le privilège d'un lihcriim veto démagogique, plus scandaleux, plus monstrueux encore. Lui suffira-t-il toujours d'invoquer son caprice, sa fantaisie, pour mettre en interdit la France, l'industrie, l'agriculture, déchaîner la guerre civile, la guerre étrangère, frapper de paralysie le crédit, les fmances, les aiTaires? On se rappelle la terrible imprécation qu'un grand orateur romain lançait à Catilina, conspirateur et fauteur incorrigible de troubles : Quousijne landau abitteris, Cniilinn, patitiUia noUrtr? La France avait le droit, elle aussi, de demander à Paris combien de temps encore il abuserait de sa patience, combien de temps sa population prétondrait asservir la nation tout entière. Louis Blanc, le doctrinaire de l'insurrection, avoue ^ luirim'-me, que dans les premières années du règne, le gouvernement est attaqué avec la dernière violence, et qu'au début, l'anarchie existe, en haut, en bas, dans le cabinet comme sur la place publique. Pendant longtemps, la France aura presque un gouvernement à deux tètes comme au Japon qui possède son Taieoun et son Mikado : à cc'ité du véritable roi, Lafayetto est le roi des clubs, des élèves des écoles, de la multitude ; il a sa cour, ses Hatteurs; royauté temporaire, éphémère, idole parfois souffletée par ses adorateurs. 11 veut avoir son armée, la garde nationale, la commander souverainement, sans contrôle, sans responsabilité, avec un budget illimité ; il veut trancher avec Louis-Philippe de puissance à puissance; aux réfugiés allemands, italiens, polonais, espagnols, il promet subsides, secours, assistance, et croit pouvoir disposer de la France, de ses armées ; aux ardents, aux violents, il garantit la réalisa-

23r> LK PROCÈS Di:S MINISTRES DE COARLBS X

tion du programme mensonger de THôtel de Ville; à SCS courtisans, a ses fidèles, il décerne des places, des faveurs, et plus tard on trouvera dans les cartons de$ ministf^Tes 70^000 demandes de places apostillées par Lafavette.

Dans cet interrègne des droits, des institutions, daib cette confusion, cette inquiétude générale qui suit om révolution, la démagogie parisienne fera peser ni» violence morale et matérielle sur les pouvoirs publics: tantôt les Chambres, tantôt le gouvernement subironi le contre-coup de ces attentats. Ses victoires seronî hélas! trop nombreuses, trop fréquentes. Du moins, If^ bases essentielles, les fondements auront été préseryèf: le roi a pu faire triompher au dehors une politique i sagesse conforme aux intérêts de la France ; au dedas: le résultat du procès des ministres de Charles X estk gage du triomphe de la cause conservatrice. En un boL tout le mal aura été fait par le parti avancé, tout lebiei aura été accompli malgré lui.

On a vu dos dissidences so manifester parmi les partisan: du nouveau règin.» lorsqu'il s'est agi de modiflerla Cliart: les lins veulent so rajïprochor le plus possible delà lîir taurali<ni ; d'autres ont juiur idéal la Constitution de K;'^ une royauté diminuée, restreinte, réduite a son minimuc: d'inlluonco; d'autres encore professent une opinion i:lornu'iliairo, llottenl entre les deux premières au uréûleurs instincts conservateurs, de leurs habitudes deleu^

préjuj^és révolutionnaires. Dans lepèle-mele delà batailk; les divcrf^onces ont pu s'atténuer momentanément el'esprit de conciliation, do concession a prévalu- pouà peu, les divisions, les antagonismes vont s'affirmer. Les hommes de gouvernement, les Guizot, les de Brodie. les Périer so sé[)areront des hommes d'opposition ; te

drapeaux seront arborés ; il y aura deux camps bien tranchés. Delà deux politiques distinctes : la politique de résistance à l'anarchie, politique toute française, toute patriotique et conservatrice; la politique d'abandon, de laisser-aller, de mouvement, politique toute parisienne, révolutionnaire et faussement libérale.

Le premier ministère de la royauté de Juillet se ressentait inévitablement des incertitudes de la situation : c'était un véritable kaléidoscope politique, un chaos constitutionnel. Ministres sans portefeuille, ministres avec portefeuille, pseudo-républicains, impérialistes déguisés, monarchistes sincères, dynastiques douteux, le roi avait choisi tous les hommes considérables que leurs talents, leur popularité rendaient utiles pour traverser la crise redoutable qu'il prévoyait, que leur présence dans le fc cabinet devait tout au moins empêcher de nuire. Les partisans de la politique de mouvement étaient les moins nombreux, mais ils avaient pour eux la portion efferves* cente de la population parisienne qu'on était obligé de ménager infiniment.

M. Dupont de l'Eure, qui occupait le portefeuille de

la justice, représentait la fraction la plus avancée du

i cabinet : il formait avec Lafayette, commandant gé-

I néral des gardes nationales du royaume, avec M. Odilon

il Barrot, préfet de la Seine, une sorte de triumvirat popu-

if laire, qui se proposent de tirer les conséquences extrême s

t de la révolution de 1830. Véritable paysan du Danube.^

t il prenait la brutalité pour la franchise, la morgue pour

I la dignité, la défiance pour la profondeur. Jacobin in-

i conscient, peu instruit, ignorant des conditions d'un

gouvernement libre, toujours disposé à écouter les

conseils delà rue,. la voix de la place publique, il devcdt

fatalement retourner dans l'opposition, ce refuge assuré

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des hommes médiocres. Avec cela, fanatique, honnête et borné, toujours prêt à offrir sa démission, il avait cette puissance que donnent parfois la sincérité des convictions, le défaut d'ambition, Tappui d*un parti actif et turbulent. Sa faiblesse de caractère rentralna àdetiistes compromissions; il faisait tout pour rester populaire, et ne prévoyait pas qu'un jour viendrait, où, par un juste retour, la foule renierait son idole d*autrefoi«. M. Laffitte, esprit fin, gracieux, varié, généreni comme un prince, fînancier distingué, mais caractère léger, vaniteux et superficiel, eut le tort de s'imaginer qu'il était un homme d'Etat, et de transporter saris scène politique les qualités ou plutôt lés défauts à l'homme privé. Accueillant tous les partis, désireux* plaire à chacun, de satisfaire Louis-Philippe etM.i Lafjiyette, de contenter comme l'a dit La Fontaine, tori le monde et son père, cherchant rimportanceplasq» le pouvoir, ce dilettante politique voulait avant tctf être entouré, adulé, avoir une cour, dont il serait !e Mécène et conserver la popularité, cette sirène déce\xie et porfide. Le plus grand bonheur de sa vie avait ê.: sans doute d'entendre le prince de Talleyrand luid.^ un jour : « on est bien important, monsieur, quand on: comme vous à sa disposition un bourg-pourri tel qc- Paris. » Il appartenait comme Lafayetto et Odilon Barr' à l'école des politiques candides et confiants : tandisqt pour nous servir d'une parole profonde de Napoléon Ile cœur d'un homme d'État doit être dans sa tèle/^ cœur de Laffitte débordait dans son cerveau. Ilavai: contribué a la révolution de Juillet, s'imaginait IW' accomi)lie tout seul, et se posait volontiers comme u: nouveau Warwick, comme un autre faiseur de rûi> A l'exemple de Jeanne d'Arc, au sacre do Charles IX, i

crut pouvoir se dire : «j'étais à la peine, je dois être au triomphe.» Mais les gouvernements représentatifs, selon un mot bien connu de Royer-Collard, ne sont pas des tentes dressées pour le sommeil : ils doivent comme le laboureur, gagner leur vie à la sueur de leurs fronts ; il ne fallait pas songer alors à rester populaire et à faire œuvre d'homme d'État. C'était la disposition de Laffitte de n'avoir ni idées générales ni plan arrêté, de ne guère s'inquiéter des obstacles, de ne jamais prévoir une défaite, de se croire capable de tout surmonter, de réconcilier les éléments, les principes les plus disparates, l'eau et le feu, la Russie et la Pologne, l'ordre et la révolution. Le duc de Richelieu qui n'aimait pas ce riche financier, disait sévèrement de lui : « Ce banquier ambitieux se croit le roi des halles, et n'est qu'un écervelé, ne sachant ni ce qu'il veut, ni ce qu'il fait, capable de ruiner la France et de se ruiner par vanité. » La prédiction faillit s'accomplir; car pendant son ministère, il fut sur le point de mener son pays à sa perte ; il devait mourir, ruiné, aigri, compromis sous la bannière du radicalisme, après avoir^ en pleine tribune, demandé solennellement pardon à Dieu et aux hommes de la part qu'il avait prise à la révolution de Juillet.

Avec un cabinet flottant, divers^ si étrangement composé, on ne devait guère s'attendre à voir renaître le calme et la confiance. Cependant, il fallait agir: on s'occupa d'abord de la Chambre des députés qui était sortie de la révolution mutilée et affaiblie par la démission de 52 légitimistes. En dépit des fauteurs de désordres qui demandaient une dissolution immédiate avec des élections générales, on se contenta de remplacer les membres démissionnaires ; on se souvint, pour n'y pas retomber, de la grande faute commise par la Constituante qui en

2'iO LK PROCÈS I3ËS MINISTRES DE CHARLES X

1791 avait cru pouvoir abandonner à d'autres mains son œuvre à pein» ébauchée. Quant à la Chambre des pairs, qui avait déjà perdu 175 membres, et q^ se voyait menacée d'être privée de Thérédité, la question fut renvoyée à la session prochaine et le statu quo observé. M. Pasquier avait été nommé président de cette Chambre : pendant dix-huit ans, il devait la présider avec une dignité, une distinction sans égales, diriger les débats orageux de plusieurs grands procès politiques, avec une prudence, une fermeté consommées, déployer un admirable courage civique, le plus rare de tons les courages. Il semble vraiment que les talents,, les aptitudes de rhomme d'État se transmettent de génération en génération dans ces illustres familles parlemMitaires des de Broglie, des Decazes, des Pasquier : aujourd'hui, M. le doc d'Âudifîret-Pasquier, président du Sénat, marche sar les traces de l'ancien minisire de la Restauration, du président de la Chambre des pairs de 1830, de celui que l'opposition nommait: Tinévitable Pasquier.

En vain, le cabinet s'empressait d'introduire tons les changements possibles dans l'administration : 76 préfets, 196 sous-préfets^ 74 membres des parquets des cours royales, 154 procureurs du roi, 65 officiers généraux, fô colonels en activité, avaient été sacrifiés ou remplacés au bout d'un mois. Les orateurs de gauche ne se montraient pas satisfaits; ils blâmaient l'inertie du ministère et leurs plaintes n'étaient qu'un faible écho des vociférationsde la place publique. Les mouvements populaires, les manifestations tumultueuses se renouvelaient chaqœ jour : tantôt c'étaient des ouvriers affolés qui se réunissaient pour détruire les machines et chasser lesconearrents étrangers; tantôt on se rassemblait pour porter ao Panthéon les bustes de Manuel et du général Foy. Le2l sep-

LK PnoCtS DKH MllflSTRKB DK CUAHUiS X iAl

tembre plusieurs milliers do jeunes gens organisenl une cérémonie expiatoire en l'honneur des quatre sergents de la Uoctoelle, et Lnfnyette, qui les encourage, propose de graver au Panthéon les noms de ces quatre conspirateurs parmi ceux des grands hommes auxquels est due In reconnaissance de la patrie. Le pouvoir descendait sur le Forum ; la liberté ne servait plus rju'à cou- ' vrir et à servir l'anarchie. Les sociétés secrètes, ce dé- I teslahle héritage des temps de révolution et de tyrannie, se recrutftieni de tous les seclairos, des envieux, des ignorants et des paresseux ; les clubs qui forment en I quelque sorte le vestibule des sociétés secrètes, les clubs qui selon le mol de Washington, sont destinés h perdre tout gouvernement libre, lesclubs que Lafayetle, Udilon Harrol, Cormenin ont fini eux-mêmes par condamner, le clubs pullulaient, et retentissaient d'attaques furibondes contre les Chambres, la magistrature, la liovauté. La mort subite et mystérieuse du duc do Bourbon qui avait institué le ducd'Aumale, fils de Louis-Philippe, son légataire universel, servait de prétexte aux calomnies les plus infimes. BientiM l'anxiété et l'alarme se répandent rapidement; les capitaux craintifs se cachent, le crédit s'évanouit, le trésor de l'État s'obère do plus en plus; le commerce languit, les faillites se multiplient; pour résumer la situation économique de la France à cette époque, on cite ce fait décisif que les charges d'huissiers triplèrent de valeur.

Le 27 septembre, M. Benjamin Morel, grand négociant et député de Dunkerque, s'entendit avec M. Guizot pour interpeller le ministère sur la tolérance accordée aux sociétés secrètes, aux clubs, qui jetaient partout l'épouvante, conspirant à ciel ouvert, et sapant les bases mémo de l'ordre social. M. Guizot lui répondit en ces termes :

2à2 LE PROCÈS DES MINISTRES DE CHABLES X

c La France a fait une révolution, mais elle n'a pas entendu se mettre dans un état révolutionnaire permanent Quels sont les caractères de cet état? les plus saillants, les voici : toutes les choses sont mises en question, toutes les prétentions sont indéfinies, des appels continuels sont faits à la force. Ces caractères existent tous dans les sociétés populaires actuelles, dans faction qu'elles exercent, dans l'impulsion qu'elles s'efforcent d'imprimer à la France. Ce n'est pas là le mouvement mais le désordre; c'est la fermentation sans but et non le progrès. Nous avons conquis dans les quinze années qui viennent de s'écouler plus de libertés qu'aucun pays n'en a jamais conquis en un siècle. Pourquoi? parce que la réforme a été lente, laborieuse, parce que nous avons été obligés i la prudence, à la patience, à la persévérance, à la mesure dans notre action. On parle des vœux du peuple, des vœux de la nation. Messieurs, l'état de choses que je viens do dépeindre n'est pas le désir de la France... la France veut Tordre, elle en sent le besoin ; elle résiste par sa nature, par son instinct, par son intérêt, à l'état révolutionnaire. » Le ministre termine en promettant d agir; la loi lui oilre une arme assurée, Tarticle 2i»l du Code pénal qui soumet ii rautorisation préalable toute association de plus do vingt personnes. Malgré les répliques passionnées de la gaucho, dosSalverte, desMauguin,deï dos H. Constant, la majorité donna pleinement raison à M. (riiizot.

l^n mome temps que la chambre des mises en accusation do la Cour royale de Paris renvoyait les meneurs do la soeioto des Amis du peuple, devant le tribunal de police correclionnollo, la garde nationale^ les marchands, encouragés par Fatlitude du gouvernement, envahirent la salle où celte soeioto tenait ses réunions plénières, sif-

Lt PBOCËS DES HIKISTBKS DE CUAHLES X

nêrent les orateurs, firent sortir les clubistes, qu'Us accompagnèrent de leurs huées et dispersèrent. Mais pour avoir été battues momentanément et condamnées par la justice, les sociétés secrètes ne se découragèrent pas : elles se reformerontdans l'ombre et le silence ; durant dix-huit années, elles fomenteront l'émeute, l'insurrection, le régicide, jusqu'à ce que la garde nationale parisienne, se lassant de les combattre, devienne leur dupe, leur complice, et, leur livrant la monarchie, se livre elle-même au Moloch révolutionnaire.

Le gouvernement se trouvait en présence d'une épreuve plus redoutable; un drame terrible se préparait; quatre ministres de Charles X, le prince de Folignac, MM. de Peyronnet, de Guernon-Hanville et de Chanlelauze avaient été arrêtés, conduits à Vincennes, et allaient disputer leurs tètes à l'échafaud. Le 17 août, M. Sulverte demanda leur mise en accusation, tandis que le même jour, un autre député, M. de Tracy, déposait sur le bureau de la Chambre une proposition pour abolir la peine de mort. Le rapport de M. Bérenger, lu le 23 septembre, concluait dans le sens d'une mise en accusation, et, après une longue discussion, la Chambre partagea l'avis de son rapporteur. Les minis* 1res furent renvoyés devant la cour de Paris, MM. Bérenger, Persil, et Madier de Montjau nommés commissaires pour soutenir l'accusation. En même temps le rapport se montrait favorable à l'abolition de la peine de mort, surtout en matière politique; mais on ne pouvait méconnaître qu'une telle rérorme, entraînant une nouvelle gradation des peines, ne manquerait pas de bouleverser toute l'économie du code pénal; il fallait donc qu'elle fût l'objet d'une étude sérieuse, approfondie, et la Chambre se rallia à un amendement de

2i4 LE PROCÈS DES MINISTHKS DE CUAHLES X

M. (le Kératry qui proposait une adresse au roi pour le prier de préparer un projet de loi, afin de supprimer la peine de mort en certains cas, spécialement en matière politique.

L'adresse fut rédigée, votée d'urgence : le roi reçut le 9 octobre la Commission chargée de la lui présenter et lui répondit : « Messieurs, le vœu que vous m'exprimez était depuis longtemps dans mon cœur. Témoin, dans mes jeunes années, de l'épouvantable abus quia été fait de la peine de mort en matière politique, et de tous les maux qui en sont résultés pour la France et pour l'humanité, j'en ai constamment et vivement désiré l'abolition. Le souvenir de ce temps de désastres et les sentiments douloureux qui m'oppriment quant j'y apporte ma pensée, vous sont un sûr garant de Temprcssement que je vais mettre à vous faire présenter un projet de loi qui soit conforme à votre vœu. Quand au mien, il ne sera complètement rempli que quand nous aurons enlicremenl effacé de notre législation toutes les peines et toutes les rigueurs que repoussent l'humanité et l'état actuel de hi civilisation. »

Nobles paroles qui s'accordent bien avec la conduite de Louis-Philippe ! Pendant tout sou règne, il ne permit pas qu'une seule fois l'échafaud fùl dressé pour des crimes politiques. Du premier jour, il avait, avec tous ses ministres et Lafayelte, désiré sauver la tête des ministres de Charles X : son cœur, son intelligence, laraison d'État lui commandaient d'atteindre ce but : devant T histoire, devant l'Europe, ce débat solennel serait la pierre de touche de la nouvelle royauté; le dilemme se posait pressant, menaçant : donner un gage à la démagogie, ensanglanter, ternir la révolution de Juillet, aggraver les difficultés de la situation, ou bien sauver la cause

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