‹ Les historiens et les critiques de Raphael, 1483 - 1883: Essai bibliographique pour servir dChapitre 61 sur 67 · EXTRAITS DES LETTRES DE MARIETTE A BOTTARI · texte numérisé non relu

EXTRAITS DES LETTRES DE MARIETTE A BOTTARI

« Monsieur,

Je puis pourtant me vanter de posséder le plus bel assemblage de desseins qui soient en France. Actuellement

I. Inédites ou publiées pour la première fois dans le texte original.

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j'en ai un sous les yeux, qui si vous me le permettez me fera faire une observation qui ne vous sera pas tout à fait indifférente Elle vous aidera du moins à rectifier une notte que vous avez faite sur une lettre de Raphaël dans le recueil de Lettres écrites par des Peintres dont vous venez de nous enrichir. Il s'y agit d'un dessein de la Crèche que Raphaël envoyoit au Francia, et vous avancez que c'est peut-être le même duquel y a une estampe gravée par Bloémaert. Soyez, Monsieur, certain du contraire. Cette estampe n'a point été gravée d'après un tableau de Raphaël. Si vous l'examinez avec attention, vous n'y devez point trouver sa manière, mais plutost celle d'André Schiavon ; aussi ce tableau est-il de ce dernier... (Lettre du 5 septembre ijbô.)

A Paris, ce 6 juin 1758.

Monsieur,

J'étais fort impatient que vous eussiez le travail que je vous avois promis de faire sur la vie de Raphaël, écrite par le Vasari, non que je crus vous donner quelque chose de nouveau et qui en valût la peine....

Dans celles que je vous communique il y en a une qui regarde le tableau de Raphaël que Balthasar de Pescia avoit fait mettre dans l'Eglise du lieu de sa naissance, et qui est présentement à Florence. J'ai hazardé sur cela quelques conjectures, mais depuis j'ai lu dans la nouvelle édition du Borghini que le tableau a été mis dans l'état qu'il est par un peintre moderne, le Cassana; si le fait est vrai, il faut effacer tout ce que j'ai dit de contraire. J'ai parlé suivant l'impression que fit sur moi ce beau tableau, lorsque je le considérai attentivement sur le lieu. Mais j'ai pu me tromper et je m'en rapporte plus volontiers aux gens du pays qui en doivent être mieux instruits. Cependant l'on

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ne risque rien à s*assurer plus positivement du fait, et c'est à quoi je vous exhorte.

Il se pouroit faire que ce Cassana eut été simplement chargé de netoyer le tableau, qui étoit depuis longtems dans un petit lieu, peu fréquenté et y étant en quelque manière enseveli dans l'oubli ne pouvoit manquer d'avoir besoin d'une réparation, mais que le Cassana ait été assez téméraire pour terminer un tableau que Raphaël n'avoit fait que préparer, c'est en vérité ce qui ne tombe pas sous le sens et qui causeroit la plus grande disparate, car je défierois au plus habile peintre moderne, de pouvoir jamais accorder son pinceau avec celui de Raphaël sans qu'il en résultât un désaccord choquant et vous ne verrez point cela dans le tableau dont il s'agit. Il n'a donc pu être achevé que par des élèves de Raphaël qui avoient la même manière de peindre, et par là je reviens à mon premier arrangement de conjectures, et sans le vouloir, je leur prête insensiblement une nouvelle force, en continuant cependant de les soumettre à votre sage décision. Quelques recherches que j'aie faites jusques à présent pour sçavoir ce que ce pourroit être que le tableau de Raphaël qui étoit à Vérone chez le comte de Canossa (Vasari, page 84), je n'en ai jamais pu rien apprendre. Il paroit cependant que c'étoit un des principaux ouvrages de Raphaël. Avez-vous sur cela quelques notions ? Si vous continuez d'agréer mes recherches je tâcherai de vous en fournir encore quelques-unes.

En parcourant le livre Viaggio pittoresco da Giac. Barri Pittore^ j'y apprends que dans l'église d'une paroisse près de Lucques, nella Pieve di Lamari^ est un admirable tableau de Raphaël représentant la sainte Vierge, avec saint Antoine, saint Barthélémi et saint Bernardin de Sienne; vous en ferez mention si vous le jugez à propos, et s'il est vrai que ce tableau soit tel qu'on l'indique. Le Dominici

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qui a donné en dernier lieu les vies des Peintres napolitains annonce aussi (page 5o3, tome III), un tableau de Raphaël qui est dans la sacristie des Dominicains à Naples et qui représente TAnnonciation de la sainte Vierge. Il ne faut laisser rien perdre de tout ce qui appartient à un artiste tel que Raphaël. (Lettre du 14 juillet 1758.)

... J'ai aussi reçu l'estampe d'une des portes du Vatican, et je vous dirai avec ma franchise ordinaire que de la façon dont cette estampe est exécutée, je ne regrette point que l'entreprise n'ait pas été poussée plus loin. Quelle différence de cette gravure avec le dessein que j'ai, fait parle Poussin, d'après la même porte, car il est bon que vous sachiez que je possède deux grands volumes où sont dessinés par le Poussin tous les ornements des portes et des fenêtres du Vatican dont Raphaël ou ses dissiples ont donné les desseins et je ne crois pas qu'il se soit jamais rien exécuté dans ce genre avec autant de précision et d'intelligence. C'est un ouvrage qui fut fait par ordre de Louis XIII, lorsqu'on travailloit sous ce règne à la construction du Louvre, où l'on vouloit que les portes fussent décorées dans le même goût que celles du Vatican, et il faut croire que cette belle idée avoit été suggérée par le Poussin même. J'ai eu le bonheur de trouver ces deux volumes et de les achetter dans le tems qu'on fit la vente de la Bibliothèque du grand Colbert, et j'ai toujours regardée cette aquisition comme un coup de fortune. (Lettre du 3 septembre 1739.)

Vous me surprenez beaucoup, Monsieur, en me disant que les quatre Prophètes qui sont peints dans l'Eglise de la Pace, sont un ouvrage du Rosso. J'étois dans la persuasion que Raphaël qui a peint les Sybilles avoit pareillement peint ces Prophètes, et j'avois de plus l'autorité des estam-

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pes de ces peintures qui ont été gravées à Rome en 1660, par Château, et qui les donnent à RaphaeL

J'y vois, je vous l'avoue, beaucoup plus de sa manière que de celle du Rosso, et si vous y prenez garde, Richardson que vous citez (tome III, p. i58), dit que son père avoitdes desseins de Raphaël pour ces figures de Prophètes. Il est vrai que le sieur Richardson n'étoit pas un grand connoisseur, et que le nombre de ses méprises ne donne pas beaucoup de confiance pour ses décisions. Ainsi supposez que les d. Prophètes ayent été peints comme vous le dites, par le Rosso, il faut regarder cet ouvrage comme celui où il s'est le plus étudié à se rapprocher de la manière de Raphaël, et il faudra corriger l'inscription qui se lit au bas des deux estampes que je vous ai indiquées, et mettre le nom du Rosso au lieu de celui de Raphaël. (Lettre du 24 mai 1760.)

Recevez mon compliment sur l'aquisition que vous venez de faire pour S. E. Mgr le cardinal Corsini du portrait de Jules II par Raphaël, et souffrez en même tems que je vous témoigne mon regret de vous voir dépouillé par les Anglois, de ce bel amas de desseins qui étoit entre les mains du cardinal Alexandre Albani. (Lettre du i**" août 17Ô2.)

J'ai eu l'honneur de vous dire dans ma dernière lettre du 16 décembre qu'incessamment je vous écrirois ce que je pense du tableau dont je vous ai parlé et qui me paroit être •un ouvrage de Fra Bartolomée. Je sors de le voir, et il m'a fait un nouveau plaisir. Le pinceau en est moelleux, les teintes fondues, le coloris vif et doré et le dessein précis et de bon goût autant que mes connoissances peuvent me fournir, je persiste à le croire une production de l'auteur florentin, auquel je l'ai donné, sans pourtant vouloir absolument le garantir. Car je ne trouve rien de si équivoques que ces sortes de baptêmes.

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Le tableau est en hauteur, il porte environ 3 pieds de haut sur deux pieds et demi de large. Les figures sont de grandeur naturelle et à l'exception de TEnfant Jésus, elles sont toutes en demi-corps. Il y en a cinq dans la composition; les principales sont celles de la sainte Vierge et de TEnfant. Les autres consistent dans une sainte Elisabeth, un jeune saint Jean, et je pense un ange qui est dans les derrières. Voilà tout ce qu'on peut dire à l'avantage du tableau, mais comme chaque chose a son foible, je ne puis vous dissimuler un vice qui me paroit bien grand, c'est que le tableau est peint sur une pierre de Lavagne,ce qui le rend d'un transport difficile et périlleux, car cette matière se brise au premier choc et notre tableau en a déjà fait la triste épreuve. La pierre est séparée en deux en un endroit et pour rajuster la fracture il a fallu y mettre du mastic, ce qui ne s'est pu faire sans empêcher la fente de paroitre. On vouloit et l'on veut encor que ce tableau soit de Raphaël. En conséquence on en demandoit 3o,ooo livres; il ne s'est présenté aucun acheteur, et le prix en est considérablement diminué. On le donneroit, dit-on, aujourd'hui pour 6,000 1. et sans doute, que si on en venoit à un marché, on pourroit peut-être l'avoir à un meilleur compte encore. Le tableau est renfermé dans une nouvelle et très belle bordure, c'est une circonstance que le marchand m'a fait observer, et que je ne veux pas vous laisser ignorer, quoyque ce soit celle dont je pense que vous faites le moins de cas. (Lettre du 5 janvier lyôS.)

Vous avez en vérité bien raison de dire que l'on montre ici et dans les Pays-Bas trop de chaleur pour les ouvrages des peintres flamands. Vous seriez surpris de l'argent qu'on vient de donner d'un recueil de desseins presque tous flamands, dont un curieux s'est défait. Il y avoit parmi un beau dessein de Raphaël qui a été payé i,5oo 1.,

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mais quelle comparaison d'un pareil dessein avec des desseins d'yvrognes, de troupeaux de beufs et d'arbres qui se sont vendus des 800 et 900 1. chacun ! (Lettre du 1 2 octobre 1 7(*>5.)

Chaque dessein (de Taddeo Zuccaro) étoit accompagné de son inscription et de vers italiens qui en apprenoient le sujet, et Frédéric y en avoit ajouté quatre autres comme pour donner un témoignage de son respect pour son frère Thadée, et de celui que Thadée lui-même avoit pour Raphaël, Michel-Ange et Polidor. Chacun de ces peintres est représenté dans un des desseins. Zuccaro a emprunté la figure du Prophète que Raphaël a peinte à S. Augustin pour donner le portrait de ce dernier peintre. Michel Ange est représenté de même sous la figure de son Moyse, et Polidor sous celle d'une des divinités de la façade « Alla Maschera d'oro ».

Trois vers italiens mis dans la bouche de Thadée expriment sur chaque dessein ce qu'il pensoit de ces grands maitres, ses modèles, lesquels par autant de vers lui répliquent chacun de la façon la plus flatteuse sur l'excellence de ses talens...

Plusieurs desseins représentent Thadée dessinant le jugement universel de Michel Ange, les bas-reliefs antiques, les peintures des façades de Rome par Polidore, celles de Raphacl au Vatican et dans la Loge de Chigi, où il lui arriva souvent de passer les nuits à la belle étoille, et ce dernier trait n'étoit pas oublié, il faisoit le sujet d'un des desseins ^ »

I. On trouvera dans le Grand Dictionnaire universel du XIX^' siècle de Larousse (t. XIII, p. 696), la liste des principaux tableaux modernes consacrés à Raphaël.

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