‹ Les historiens et les critiques de Raphael, 1483 - 1883: Essai bibliographique pour servir dChapitre 60 sur 67 · JUGKMENTS PORTES SUR RAPHAËL PAR LE BERNIN · texte numérisé non relu

JUGKMENTS PORTES SUR RAPHAËL PAR LE BERNIN

«Paul Véronèse est un grand peintre, mais trois ou quatre tableaux de luy suffisent; ce n'est pas le goust de M. de Chantelou, a-t-il reparly, mais de qui en peut on avoir, qui les esgalie. J'ay respondu de plusieurs, et qui mesmes les surpassent de beaucoup, de Rafaël et de Jules Romain. Et pensés-vous, lui ay-je dit, qu'un tableau d'Annibal Carache ne fut pas plus à estimer ? Le Cavalier a pris la parole, et a dit qu'oliy, et de beaucoup, que si Annibal eust esté du temps de Rafaël, il eust pu luy donner de la jalousie, à plus forte raison à Paul Véronèse, au Titien et au Corrège, tous lesquels avoient eu le peindre, que Michel Ange avoit eu raison de dire, que Dieu n'avoit pas permis

1. Il s'agit du tableau du Louvre connu sous le nom de Raphaël et son maître d*armes (catalogue Villot, n* 386; catalogue Tauzia, n» 374). On voit que l'attribution à Pontormo est bien antérieure au P. Dan, sur le compte duquel on la mettait jusqu'ici.

L'inventaire du palais de Granvelle, en 1607, mentionne « le pourtraict de Rafaël d'Urbin et dudit Pordenone, faictz sur toille, hault d'environ quat.re piedz et large d'environ trois et demy, sans molure, n» 261. » (CmsidiW, Monographie du palais Granvelle à Besançon. Besançon, 1867, p. 66.)

2. Ces passages m'ont été obligeamment communiqués par mon savant ami M. Ludovic Lalannc. Ils sont extraits du Journal de Voyage, dont M. Lalanne prépare la publication.

APPENDICE i5i

que ces gens-là sçussent dessiner, parce qu'ils eussent esté plus qu'hommes. Le Cavalier a ajouté que qui mettroit des tableaux de tous ces maîtres en parangon de ceux de Rafaël, s'il y avoit à désirer dans ceux de Rafaël, ce ne seroit qu'une chose, mais qu'en ceux de tous ces autres, il y auroit beaucoup de parties à désirer, que Rafaël avoit eu la justesse au dessin, la belle composition, le costume, la grâce, les beaux habillemens, la belle et régulière position des figures selon la perspective ; ce que n'avoient point eu tous ces autres, qu'il luy avoit à la vérité manqué le beau peindre des Lombards, mais qu'eux de leur costé avoient esté disproportionnés, sans dessein, et sans costume, qu'on voit que le Poussin, qui estoit le plus grand peintre, et le plus sçavant qui fust, après avoir imité un temps le Titien, s'estoit enfin aresté à Rafaël, faisant connoistre par là qu'il l'estimoit au-dessus des autres. »

J'ay mené après disner le Cavalier à la salle des Antiques que M. Colbert m'avoit prié de luy faire voir. Il a dit que ce que Ton pouvoit y faire, estoit de faire repolir les marbres, dont elle est ornée pour ce qu'ils ont perdu leur lustre, et faire à la voûte un ornement de stuc enrichy avec de l'or. Il avoit conté en disnant que les PP. Maronites de Rome avoient un tableau, qui passoit pour estre de Rafaël, qu'on les avoit sollicités diverses fois de s'en deffaire, que ces PP. n'avoient jamais voulu y entendre, et le tenoient si caché, qu'on ne pouvoit pas mesme le voir ; que le cardinal ayant enfin obtenu du général, qu'on l'en accommoderoit, il avoit prié le Cavalier de le voir avant de convenir de prix, pour luy en dire son sentiment, qu'aïant esté voir ce tableau, qu'on faisoit si grand mistère de monstrer, après l'avoir bien considéré, il trouva que c'estoit une méchante copie, si bien qu'il dit à ces bons PP. qu'ils avoient eu raison de bien cacher leur tableau,

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qu'il leur conseilloit de le tenir toujours de mesme, et de ne le monstrer, que tout le moins qu'ils pourroient, puis s'en alla rendre conte au cardinal de ce que c'estoit. Je dis au Cavalier, que j'avois ouy dire à la Reyne Mère, il yavoit deux ou trois ans, que le Roy d'Espagne avoit voulu tirer de Cicile (sic) un tableau de Rafaël qui y estoit, et qu'il s'estoit fait une émotion du peuple si grande, pour empescher que l'on Tenlevast, qu'il avoit esté impossible de le tirer, l'abbé Butti dit que le Roy d'Espagne l'avoit eu enfin, ayant fait substituer en sa place une copie, qui avoit este faite auparavant, que c'estoit un Christ portant sa croix.

L'on luy a monstre ensuitte le tableau de Rafaël, donné par deffunct M. de Fontenay, à M. le cardinal Mazarin, et qui est pareil à celuy qu'avoit M® Desouches, hormis qu'en celuy-cy la figure du Saint Jean n'est pas achevée ; le garde robe ayant dit que celuy-cy est l'original, le Cavalier a montré une main, et a dit à de ces parties, l'on connoist qu'un tableau n'est pas original ; cela, a-t-il dit, n'a jamais esté peint de Rafaël, il faut que ce soit de Jules Romain; Il a trouvé la sainte' Elizabeth fort belle, et monstrant comme elle est habillée, il a dit : voilà comment le signor Poussin drape ses figures. Le garde robe luy a fait voir après un portrait de vieille, qu'il a dit estre celuy de la mère de Michel Ange et fait de sa main, le Cavalier a assuré qu'il n'estoit pas peint de luy. »

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