‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 105 sur 249 · BATAILLE DE MARENGO · texte numérisé non relu

BATAILLE DE MARENGO

Bonaparte venait de quitter Stradella qu'il avait occupé en quittant Milan : il avait été obligé de disperser ses forces afin de couper tous les passages à l'ennemi ; lorsqu'il déboucha, le 13 juin, dans la plaine qui s'étend entre la Scrivia et la Bormida, près du petit village de Marengo, il était mal instruit des mouvements de l'ennemi. Le 14 au matin, le général de Mêlas1 contraint par la nécessité, sortit d'Alexandrie et, passant la Bormida sur trois ponts, il attaqua le général Victor devant Marengo. L,annes2 était en même temps enveloppé de toutes parts, obligé de reculer malgré des prodiges de courage. Marengo avait été enlevé par l'artillerie ennemie, lorsque Bonaparte arriva sur le champ de bataille avec sa garde et son état major, entraînant sur-lechamp contre lui le principal effort du combat.3 Cependant la retraite continuait, l'armée allait être coupée ; le général autrichien, vieux et fatigué, se croyant assuré de la victoire, rentra dans Alexandrie ; il était trois heures. Bonaparte espérait encore et combattait toujours. Il avait expédié un aide de camp à Desaix, débarqué depuis deux jours d'Egypte et qu'il avait détaché dans la direction de Novi ; de son retour dépendait la fortune de la journée. Desaix l'avait deviné, il avait

1. De3félas (le Baron de), an Austrian gênerai well known for his bravery, was born in 1730 and died in 1806.

2. Lannes (Jean), duc de Montebello, made with Bonaparte the campaign of Egypt. He helped Xapoleon in his coup d'Etat of Brumaire I8th, took Saragossa in 1809 and was mortally wounded at the battle of Essling in the same year.

3. Entraînant sur-le-champ contre lui le principal effort du combat, drew at once upon himself the greatest efforts of the enemies.

devancé l'appel de Bonaparte; avant qu'on pût l'attendre il arrivait auprès de lui ; le général l'interrogeait du regard. " Eh bien, dit Desaix, après avoir rapidement examiné la situation des divers corps, c'est une bataille perdue ; mais il n'est pas tard, nous avons le temps d'en gagner une autre. " Ses régiments se formaient pendant qu'il parlait ainsi, arrêtant la marche des Autrichiens. ' ' Mes amis, dit le premier consul aux soldats ranimés, souvenez-vous que j'ai l'habitude de coucher sur le champ de bataille." Au même instant, Desaix s'avançait à la tête de ses troupes. " Allez dire au premier consul que je charge, dit-il à son aide de camp Savary ; j'ai besoin d'être appuyé par la cavalerie." Il avait franchi un pli de terrain,1 lorsqu'une balle le frappa dans la poitrine : dès le matin il avait conçu de sombres pressentiments. ' ' Jai trop longtemps fait la guerre en Afrique, disait-il, les boulets d'Europe ne me connaîtront plus." En tombant, il dit au général Boudet : " Cachez ma mort, cela pourrait ébranler les troupes." L,es soldats l'avaient aperçu et s'élançaient en avant pour le venger. Kellermann2 arrivait au même instant, poussé par une de ces inspirations subites qui décident les grands généraux ; lançant ses dragons sur la cavalerie autrichienne qu'ils traversent, il attaque la colonne des grenadiers qui soutenait avec effort l'assaut de la division de Desaix.3 Le désordre gagne leurs rangs, un corps tout entier met bas les armes. L,e général Zach, chargé du commandement en

1. Il avait franchi un pli de terrain, he had just passed over an élévation in the ground.

2. Kellermann, was born at Strasbourg in 1735 and died in 1820.

3. Qui soutenait avec effort V 'assaut de la division Desaix, whick was hardly able to resist the attack of the Desaix division.

DU XIXe SIECLE. I55

l'absence de M. de Mêlas, avait été forcé de rendre son épée. Lorsque le vieux général accourut tout troublé, la bataille était perdue ; les troupes autrichiennes repoussées, culbutées, pressées sur les rives delà Bormida, s'étouffaient sur les ponts, ou se jetaient dans la rivière, partout poursuivies par les Français victorieux ; ceux des canons qui s'étaient embourbés dans la Bormida étaient tombés aux mains des vainqueurs. I/état-major était décimé.

Guizot.

Moreau, de son côté, vainqueur dans plusieurs combats, gagna, le 3 décembre 1800, la grande bataille de Hohenlinden qui lui ouvrit la route de Vienne. Effrayée, V Autriche signa alors (février 1801) la paix de Lunéville qui maintenait les conditions du traité de Campo-Formio.

L'Angleterre elle-même consentit à traiter. Ses possessions dans les Indes n'étaient plus en danger. Après le départ de Bonaparte de l'Egypte, les armées françaises n'avaient éprouvé que des revers. Kléber avait été assassiné par un Mameluk en 1800, et l'armée française avait été faite prisonnière par un général anglais.

La paix fut donc signée à Amiens en 1802.

Bonaparte s'occupa alors de la réorganisation intérieure, il rappela les émigrés, restaura le culte catholique et signa avec le pape un traité appelé Concordat qui réglait les rapports de l'Eglise et de l'Etat. Ce sont les articles du Concordat qui, même maintenant, régissent les droits du clergé et ceux du gouvernement.

Bientôt après il fonda l'ordre de la Lêgio?i d'honneur, établit P Université qu'il chargea de donner l'enseignement national et acheva d'organiser l'administration des départements et aussi celle de la justice et des finances. Il fit rédiger le Code civil qui est considéré comme le plus parfait du monde. La prospérité publique commença à renaître avec la paix et la confiance.

Le premier Consul cependant comptait beaucoup d'ennemis en France aussi bien qu'à l'étranger. En 1802, une tentative d'assassinat eut lieu dans la rue Saint-Nicaise ; il en profita pour se faire donner le Consulat à vie.

En 1804, au mois de février, l'Angleterre essaya de le faire* assassiner ; puis, sans déclaration de guerre, elle recommença les hostilités.

Bonaparte fut alors proclamé empereur. La dignité impériale lui fut conférée par les quatre assemblées réunies le 18 mai

Page 1