‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 133 sur 249 · Et à l'heure qu'il est» and now ; at tins moment · texte numérisé non relu

Et à l'heure qu'il est» and now ; at tins moment

vous donc ? reprit Napoléon ; que venez-vous me demander ?--Une paix, ajouta M. de Metternich, une paix nécessaire, indispensable, une paix dont vous avez besoin autant que nous, une paix qui assure votre situation et la nôtre... — Et alors, avec des ménagements infinis, insinuant plutôt qu'énonçant une condition après l'autre M. de Metternich essaya d'énumérer les conditions exigées par l'Autriche. Napoléon, bondissant comme un lion, laissait à peine achever le ministre autrichien, et l'interrompait à chaque énonciation, comme s'il eût entendu chaque fois un outrage ou un blasphème. — Oh! dit-il, je vous devine... Aujourd'hui, vous me demandez seulement l'Illyrie1 pour procurer des ports à l'Autriche, quelques portions de la Westphalie pour reconstituer la Prusse, les villes de Lubeck, Hambourg et Brème pour rétablir le commerce de l'Allemagne et pour relever sa prétendue indépendance, l'abolition du protectorat du Rhin, d'un vain titre, àvousentendre !... Mais je sais votre secret ; je sais ce qu'au fond vous désirez tous... Vous Autrichiens, vous voulez l'Italie tout entière ; vos amis les Russes veulent la Pologne, les Prussiens la Saxe, les Anglais la Hollande et la Belgique; et si je cède aujourd'hui, demain vous me demanderez ces objets de vos ardents désirs. Mais pour cela préparez-vous à lever des millions d'hommes, à verser le sang de plusieurs générations, et à venir traiter au pied des hauteurs de Montmartre !2 ... Napoléon, en prononçant ces mots, était pour ainsi dire hors

1. L'Illyrie is situated on the eastern coast of tho Adriatic.

2. Hauteurs de Montmartre, a former suburb of Taris, was annexed to the city in 1860.

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de lui,1 et on prétend même qu'il se permit envers M. de Metternich des paroles outrageantes, ce que ce dernier a toujours nié.

M. de Metternich alors essaya de montrer à Napoléon qu'il n'était pas question de telles choses, qu'une guerre imprudemment prolongée pourrait peut-être faire renaître de semblables prétentions, que sans doute il y avait en Europe des fous dont les événements de 181 2 avaient exalté la tête, qu'il y en avait bien quelques-uns de cette espèce à Saint-Pétersbourg, à Londres ou à Berlin, mais qu'il n'y en avait pas à Vienne ; que là on demandait juste ce qu'on voulait, et rien au delà ; que du reste le vrai moyen de déjouer les prétentions de ces fous, c'était d'accepter la paix, et une paix honorable, car la paix qu'on offrait était non pas seulement honorable, mais glorieuse. — Un peu radouci par ces paroles, Napoléon dit à M. de Metternich que s'il ne s'agissait que de l'abandon de quelques territoires, il pourrait bien céder ; mais qu'on s'était coalisé pour lui dicter la loi, pour le contraindre à céder, pour lui ôter son prestige, et, avec une naïveté d'orgueil singulière, laissa voir ce qui le touchait sensiblement ici, c'étaient moins les sacrifices exigés de lui que l'humiliation de recevoir la loi après l'avoir toujours faite. — Puis, avec une fierté de soldat qui lui allait bien : Vos souverains, dit-il à M. de Metternich, vos souverains nés sur le trône ne peuvent comprendre les sentiments qui m'animent. Ils rentrent battus dans leurs capitales, pour eux il n'en est ni plus ni moins.2 Moi je suis un

1. Etait pour ainsi dire hors de lui, was, so to speak, beside himself i. e. very angry.

2. M pour eux il n'en est ni plus ni moins, and tothemitisimmaterial, lit. it is neither more nor less.

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soldat, j'ai besoin d'honneur, de gloire ; je ne puis pas paraître amoindri au milieu de mon peuple : il faut que je reste grand, glorieux, admiré !... — Quand donc finira cet état de choses, répliqua M. de Metternich, si les défaites comme les victoires sont un égal motif de continuer cette guerre désolante?... Victorieux, vous voulez tirer les conséquences de vos victoires ; vaincu, vous voulez vous relever ! Sire, nous serons donc toujours les armes à la main, dépendant éternellement, vous comme nous, du hasard des batailles !... — Mais, reprit Napoléon, je ne suis pas à moi, je suis à cette brave nation1 qui vient à ma voix de verser son sang le plus généreux. A tant de dévouement je ne dois j:>as répondre par des calculs personnels, par de la faiblesse ; je dois lui conserver tout entière la grandeur qu'elle a achetée par de si héroïques efforts. — Mais, Sire, reprit à son tour M. de Metternich, cette brave nation dont tout le monde admire le courage, a elle-même besoin de repos. Je viens de traverser vos régiments ; vos soldats sont des enfants. Vous avez fait des levées anticipées, et appelé une génération à peine formée ; cette génération une fois détruite par la guerre actuelle, anticiperez-vous de nouveau? en appellerez- vous une plus jeune encore ? — Ces paroles, qui touchaient au reproche le plus souvent reproduit par les ennemis de Napoléon, le piquèrent au vif. Il pâlit de colère ; son visage se décomposa, et n'étant plus maître de lui, il jeta, ou laissa tomber à terre son chapeau, que M. de Metternich ne ramassa point, et, allant droit à celui-ci, il lui dit : Vous n'êtes pas militaire, monsieur, vous n'avez

1, Je ne suis pas à moi, je suis à cette brave nation, I am not iny own master, I belong to that brave nation.

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pas comme moi l'âme d'un soldat ; vous n'avez pas vécu dans les camps ; vous n'avez pas appris à mépriser la vie d' autrui et la vôtre, quand il le faut... Que me font à moi deux cent mille hommes?... Ces paroles, dont nous tie reproduisons pas la familiarité soldatesque, émurent profondément M. de Metternich. — Ouvrons, s'écria le ministre autrichien, ouvrons, Sire, les portes et les fenêtres, que l'Europe entière vous entende, et la cause que je viens défendre auprès de vous n'y perdra point ! — Redevenu un peu plus maître de luimême, Napoléon dit à M. de Metternich avec un sourire ironique : Après tout, les Français, dont vous défendez ici le sang, n ont pas tant à se plaindre de moi. J'ai perdu, cela est vrai, deux cent mille hommes en Russie ; il y avait dans le nombre cent mille soldats français des meilleurs ; ceux-là, je les regrette vivement... Quant aux autres, c'étaient des Italiens, des Polonais, et principalement des Allemands... — A ces paroles Napoléon ajouta un geste qui signifiait que cette perte le touchait peu. Soit, reprit M. de Metternich, mais vous conviendrez, Sire, que ce n'est pas une raison à donner à un Allemand. — Vous parliez pour les Français, je vous ai répondu pour eux, répliqua Napoléon.— Puis, à cette occasion, il employa plus d'une heure à raconter à M. de Metternich qu'en Russie il avait été surpris et vaincu par le mauvais temps ;• qu'il pouvait tout prévoir, tout surmonter, excepté la nature; qu'il savait se battre avec les hommes, mais non pas avec les éléments. N'ayant pas revu M. de Metternich depuis la catastrophe de 1812, il s'étudia à refaire à ses yeux le prestige de son invincibilité, beaucoup trop

1. Que me font à moi deux cent mille hommes? Two hundred thousand men, what is that to me?

détruit dans l'esprit de certains hommes, et mit un grand soin à prouver que sur le champ de bataille on ne l'avait jamais vaincu, ce qui était vrai ; que s'il avait perdu des canons, c'était par le froid qui en tuant les chevaux, avait détruit le moyen de traîner l'artillerie. Pendant qu'il parlait, marchant avec une extrême animation, il avait rencontré et repoussé du pied dans un coin de l'appartement son chapeau resté à terre. Au milieu des allées et venues de ce long entretien, il revint à l'idée fondamentale de son discours, c'est que l'Autriche, à laquelle il avait fait remise tant de fois des peines qu'elle avait encourues,1 à laquelle il avait demandé une archiduchesse pour l'épouser, faute, disaitil, bien grande de sa part, osait encore, au mépris de tant de bons procédés, lui déclarer la guerre. — Faute, reprit M. de Metternich, pour Napoléon conquérant mais non pas faute pour Napoléon politique et fondateur d'empire. — Faute ou non, reprit Napoléon, vous voulez donc me déclarer la guerre ! Soit. Quels sont vos moyens ? deux cent mille hommes en Bohême, dites-vous ; et vous prétendez me faire croire à des fables pareilles ! C'est tout au plus si vous en avez cent, et je soutiens que ces cent se réduiront probablement à quatre- vingt mille en ligne. — Là-dessus il conduisit M. de Metternich dans son cabinet de travail, lui montra ses notes et ses cartes, lui dit que M. de Narbonne avait couvert l'Autriche de ses espions, et qu'on tenterait en vain de l'effrayer par des chimères ; que les Autrichiens n'avaient pas même cent mille hommes en Bohême... — La prétention des Autrichiens était d'en avoir trois

1, A laquelle il avait fait remise tant de fois des peines qu'elle avait encourues, whose doservod punishmont had been so often reuiitted by him.

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cent cinquante mille en Bavière, deux cent mille en Bohême. C'étaient là les propos d'hommes qui n'avaient pas l'habitude de ce genre de calculs, et qui ne savaient pas que si l'Autriche avait trois cent cinquante mille hommes sur ses contrôles,1 elle en aurait tout au plus deux cent mille au feu, dont cinquante peut-être sur la route d'Italie; trente sur celle de Bavière, et cent ou cent vingt en Bohême. Napoléon, par l'expérience qu'il avait des mécomptes qu'on essuie à la guerre sous le rapport des nombres, traita légèrement les assertions de M. de Metternich, que celui-ci, étranger à l'administration militaire, n'était pas capable de justifier suffisamment. Laissant là ce sujet sur lequel il n'était pas facile de s'entendre, Napoléon dit à M. de Metternich : Du reste, ne vous mêlez pas de cette querelle, dans laquelle vous courez trop de dangers pour trop peu d'avantages ; tenez-vous à part. Vous voulez l'Illyrie, eh bien, je vous la cède ; mais soyez neutre, et je me battrai à côté de vous et sans vous. La paix que vous voulez procurer à l'Europe, je la lui donnerai sûrement, et équitablement pour tous. Mais la paix que vous cherchez à conclure au moyen de votre médiation est une paix imposée, qui me fait jouer aux yeux du monde le rôle d'un vaincu auquel on dicte la loi... la loi, quand je viens de remporter deux victoires éclatantes !... — M. de Metternich reyint à l'idée de la médiation, dont il ne pouvait se départir, s'efforça de la montrer non comme une contrainte qu'il s'agissait de faire subi* à Napoléon, mais comme une intervention officieuse d'un allié, d'un ami, d'un père, qui, au jugement du monde, quand on connaîtrait les conditions

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