‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 137 sur 249 · LOUIS XVIII · texte numérisé non relu

LOUIS XVIII

Louis XVIII avait vécu, avant l'émigration, dans la familiarité des écrivains sérieux ou futiles de sa jeunesse. Les longs loisirs de l'émigration, la vie immobile et studieuse à laquelle l'infirmité de ses jambes le condamnaient, avaient accru en lui le goût des entretiens. C'est le plaisir sédentaire de ceux qui ne peuvent aller chercher le mouvement des idées au dehors, et qui s'efforcent de le retenir autour d'eux. C'était le roi du coin du feu. La nature l'avait doué et la lecture enrichi de tous les dons de la conversation déjà naturels à sa race. Il avait autant d'esprit qu'aucun homme d'État ou qu'aucun homme de lettres de son empire. M. de Talleyrand1 lui-même, si renommé par sa convenance et par sa finesse, ne le surpassait pas en à-propos, les politiques en éloquence, les poètes en citations, les érudits en mémoire. Il se plaisait à donner tous les matins des audiences longues et intimes aux hommes les plus éminents de ses conseils, de ses académies, de ses corps politiques, de sa diplomatie, et aux étrangers remarquables qui traversaient la France. Les femmes illustres ou célèbres y étaient admises et recherchées. Là, ce prince jouissait véritablement du trône. Il descendait, pour paraître plus grand, à toutes les familiarités d'entretien. Il révélait un homme égal à tous les hommes supérieurs de son temps dans la conversation.

1. De Talleyrand, who was considered one of the shrewdest politicians of his time, was born in 1754 and died in 1838. He was at flrst a bishop, but gave up the church for the political fleld and succeeded in holding office during the flrst part of the Eevolution andalso under the reigns of Napoléon, Louis XVIII and Louis-Philippe.

Il se plaisait à étonner et à charmer ses interlocuteurs ; il régnait par l'attrait ; il se sentait et il se faisait sentir l'homme d'esprit par excellence de son empire. C'était son sceptre personnel, à lui : il ne l'aurait pas échangé contre celui de sa naissance. Sa belle figure, son regard lumineux, le son de sa voix grave et modulé, son geste ouvert et accueillant, sa dignité respectueuse envers lui-même comme envers les autres, P intérêt même qu'inspirait cette infirmité précoce d'un prince jeune par le visage et par le buste, vieillard seulement par les pieds; ce fauteuil roulé par des pages, ce besoin d'un bras emprunté pour le moindre mouvement dans son salon ; ce bonheur des entretiens prolongés, visible sur ses traits : tout imprimait dans l'âme des hommes admis en sa présence un sentiment de respect pour le prince et de sincère admiration pour l'homme. La familiarité et l'esprit étaient remontés sur le trône et en redescendaient avec lui. Le soir, dans les réceptions officielles de sa cour, il n'avait que des gestes, des sourires, des mots pour chacun ; mais tout était royal, juste et fin dans ces gestes, dans ces sourires et dans ces mots. La présence de cœur était égale à la présence d esprit. Il représentait admirablement la royauté antique chez un peuple nouveau ; il s'étudiait à confondre deux dates, et il y réussissait ; il aimait à paraître l'homme de la France nouvelle autant que le roi de la vieille France ; il se faisait pardonner la supériorité de son rang par la supériorité de sa grâce et de son esprit.

Lamartine;.

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