MORT DU MARECHAL BRUNE
Le maréchal Brune,1 l'homme de guerre qui avait, après Masséna, le plus contribué à chasser loin de nos frontières, en 1799, les armées menaçantes de la coalition, était resté dans une demi-disgrâce sous l'empire : Napoléon se souvenait que Brune avait eu la pensée de réagir, les armes à la main, contre le 18 Brumaire. Durant les Cent Jours, il avait cependant fait appel à son patriotisme et lui avait offert un petit corps d'armée pour défendre la ligne du Var contre les Piémontais. Brune avait accepté, sans illusion et sans espérance. Brune avait réussi à défendre jusqu'au bout la fron-
1. Brune (1763-1815), who was born at Brive-la-Gaillarde, in western France, won for himself the réputation of a brave soldier during the campaign of Holland and Italy.
tière qui lui était confiée ; puis, informé de la rentrée du roi, il avait engagé ses troupes à reconnaître Louis XVIII. Ne voulant pas traverser le Midi1 en proie aux fureurs de la réaction, il avait fait demander au commandant d'une escadre anglaise qui bloquait la rade de Toulon s'il le laisserait passer pour gagner un port d'Italie. Ce commandant, Lord Exmouth, déshonorant l'uniforme anglais, répondit par une lettre pleine de basses injures.
Le maréchal, ne pouvant s'embarquer, partit pour Paris. Malheureusement, au lieu de faire un détour par le Dauphiné, où il eût rencontré des populations amies, il prit la route directe par les bords du Rhône et se jeta dans cette fournaise d'Avignon,2 où n'ont cessé de fermenter depuis 89 les passions les plus violentes du Midi. Le maréchal ne se croyait pas en butte à des haines personnelles ; mais un pamphlétaire anglais l'avait accusé d'avoir été l'un des assassins de la princesse de Lamballe,3 au 2 septembre, et les ultras avaient répandu parmi les populations cette stupide calomnie. Le 2 août, au bruit de l'arrivée du maréchal, une émeute éclata dans la ville. La voiture du maréchal fut arrêtée à la sortie d'Avignon ; il rentra à grand' peine dans son hôtel, s'y enferma et y fut assiégé par une populace forcenée. Il n'y avait point de