Lassées de tenir, weary to resist
taires au général Cambronne pour lui proposer de déposer les armes. Le général Cambronne et son régiment refusent toute capitulation et toute pitié de l'ennemi. Ils laissent démolir ces derniers carrés solides par le canon. Ils ralentissaient ainsi un moment la poursuite, et donnaient le temps à l'empereur lui-même de se faire jour à travers la foule vers la tête de l'armée.
La nuit tombante le dérobait, lui et son état-major, aux regards des Anglais et des Prussiens si près de lui. En arrivant sur la route encombrée, à la hauteur de ces derniers carrés de sa garde, Napoléon est tenté de s'ensevelir avec Cambronne dans ce dernier sillon du champ de bataille. Il tourne la bride de son cheval vers cette poignée de braves, suivi de Soult, de Flahaut, de Labédoyère, de Bertrand, de Drouot, de Gourgaud, qui l'ont rejoint et qui lui ouvrent le sabre à la main un difficile passage à travers la déroute. Le carré se déploie devant lui, il le salue encore d'un triste et dernier cri de Vive V empereur ? Sublime adieu de l'armée répondant en face de la mort à l'adieu de Fontainebleau.
Morne et silencieux, l'empereur semble résigné et attendre là le boulet qui pouvait seul absoudre et illustrer sa dernière faute contre sa patrie. La masse épaisse des fuyards, débouchant de toutes les collines et de toutes les gorges de Waterloo vers ce bas-fond, et interposée à ce confluent entre la cavalerie anglaise et la garde, embarrassait l'ennemi. Les régiments de grosse cavalerie de Wellington ne pouvaient la traverser ; ils refoulaient pesamment devant eux ces masses désarmées comme un troupeau qui se laisse écraser par les pieds des chevaux faute d'espace pour se répandre.
L'empereur aperçoit devant lui quelques pièces d'artillerie française abandonnées et renversées sur le bord
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de la route. " Relevez et faites tirer ces pièces," dit-il à Gourgaud. Et Gourgaud obéit, aidé par les grenadiers de la garde. Il place quelques canons en batterie et fait feu sur la cavalerie anglaise. Ce furent les derniers boulets de la bataille. Un de ces boulets emporte la cuisse du général Uxbridge qui commandait ces régiments et qui avait échappé jusque-là à toute blessure, au milieu d'un carnage de douze heures. Il tomba le douzième des généraux anglais frappés dans la journée. Sa chute et son sang consternent et suspendent un moment la poursuite. Sa cavalerie, brûlant de le venger, se ranime à la charge.
L'empereur ordonne de reformer le carré et pousse son cheval pour se jeter dans les rangs. Soult avec plus de sang-froid saisit la bride et retient le cheval. " Ah ! Sire, l'ennemi n'est-il pas déjà assez heureux ? " Bertrand, Drouot, Flahaut, Labédo}'ère conjurent Napoléon de ne pas livrer dans sa personne l'armée et la France à la mort ou à la captivité. Il cède et renonce à la mort du héros pour les hasards d'une destinée tranchée avec ses derniers bataillons. Vivre, pour lui, ce n'était plus que déchoir. Les hommes qui meurent à leur sommet, même au sommet de leurs revers, laissent une pitié qui double leur gloire. Il avait montré trois fois qu'il n'était pas de ces hommes, à Moscou, à Fontainebleau, à Waterloo. Il s'obstine à vivre et à espérer quand la gloire était de désespérer. Sainte- Hélène l'attendait, avec ses petitesses et ses langueurs pour le punir de s'être trompé de mort.1
Cambronne tomba avec tous les soldats de son régiment sous la mitraille et sous le sabre de l'ennemi, pour
l. Pour le punir de s'être trompé de mort, to punish him for having chosen the wrong kind of death.
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donner quelques minutes de plus à la fuite de Napoléon et l'immortalité à la garde impériale.
La cavalerie ne passa que sur des cadavres ou sur des blessés. L,es paysans le lendemain ne relevèrent que des corps mutilés de ce champ de mort. Ce furent les Thermopyles de la garde.
Lamartine.
Après sa défaite, Napoléon comprit que tout était fini. Il eût pu s'échapper, se rendre à l'empereur d'Autriche ou au czar de Russie; il préféra se confier à l'Angleterre. L'avenir ne tarda pas à lui prouver qu'il avait eu tort de compter sur la générosité du peuple anglais. C'est par la lettre suivante qu'il demanda au prince régent l'hospitalité du peuple britannique :
'* Altesse Royale en butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des grandes puissances de l'Europe, j'ai terminé ma carrière politique, et je viens, comme Thémistocle, m'asseoir1 au foyer du peuple britannique. Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale comme du plus puissant, du plus constant et du plus généreux de mes ennemis. "
Les ministres anglais l'envoyèrent à Sainte-Hélène.
Après la chute de Napoléon, la paix fut signée à Paris. C'était pour la France une paix cruelle : elle perdait la Savoie et plusieurs autres villes sur la frontière de l'est. Au nord, la Belgique fut donnée à la Hollande et, ce qui était plus terrible, l'Europe forma une alliance contre la France.
A l'intérieur, Louis XVIII qui, pendant les Cent Jours, s'était retiré à Gand,2 s'efforça de donner à la nation une consti-
1. Je viens comme Thémistocle m' asseoir, an allusion to the fact tbat Themistocles(5l4 449 B. 0.), after having fou^nt for lus country. spent the last years of his life in Persia which was Greece's bitterest enemy.
2. Gand (Eng.IGhent), the second eity of Bol^ium, is situated on the Scheldt.
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tution relativement libérale. Le pouvoir législatif était confié à deux chambres : la chambre des pairs et la chambre des députés. La dignité de pair était héréditaire; quant aux députés, ils étaient élus par ceux des citoyens qui payaient au moins trois cents francs de contributions directes. La première assemblée était presque exclusivement composée de royalistes fanatiques qu'on appelait les ultras et qui étaient plus royalistes que le roi. Ils ne rêvaient que le rétablissement des anciens privilèges. C'étaient pour Louis XVIII de dangereux amis. Une formidable réaction royaliste et religieuse éclata dans le Midi de la France. Tous ceux qui étaient soupçonnés d'avoir des idées libérales ou bonapartistes furent impitoyablement traqués, et cette période a quelquefois été appelée la Terreur blanche. Un grand nombre de personnages illustres tombèrent victimes, soit de la fureur populaire, soit condamnés par des jugements que l'histoire, à son tour, a condamnés.