PROCES ET MORT DU MARECHAL NEY
Un procès solennel fixait en ce moment l'attention de l'Europe entière. Le maréchal Ney, qui s'était caché dans un château d'Auvergne, s'était fait découvrir et arrêter par suite d'une imprudence. Le roi, dit-on, à cette nouvelle, s'était écrié: " II nous fait plus de mal aujourd'hui en se laissant prendre, qu'il ne nous en a fait au 13 mars ! >n
Le maréchal fut amené à Paris. Un conseil de guerre, composé de maréchaux et de généraux, fut constitué pour juger l'illustre prisonnier.
Ney comparut le 10 novembre devant ce conseil de guerre. Les avocats qui défendaient le maréchal déclinèrent la compétence du conseil et réclamèrent pour l'accusé la juridiction de la Chambre des pairs. Le conseil de guerre se déclara incompétent.
Ce fut un grand malheur : les défenseurs de Ney avaient eu bien tort de repousser la juridiction du conseil de guerre. Jamais Jourdan, Masséna, Augereau,
l. Le 13 mars is the date on whieh Noy joined Napoléon's army when tho latter returned from the island of Elba.
DU XIXe SIECLE. 227
Mortier, n'eussent condamné à mort leur vaillant compagnon d'armes.
Le procès s'ouvrit, le 21 novembre, devant la Chambre des pairs. Ney se leva: "Je suis accusé, dit-il, contre la foi des traités,1 et l'on ne veut pas que je les invoque ; j'en appelle à l'Europe et à la postérité ! "
Puis il imposa silence à ses avocats.
Cent cinquante-neuf voix sur cent soixante et une déclarèrent l'accusé coupable.
Sur l'application de la peine contre le maréchal Ney, dix-sept pairs votèrent la déportation ; cinq s'abstinrent ; cent trente-neuf votèrent la mort.
Quelques pairs avaient demandé qu'on appelât sur le condamné la clémence royale. Le roi se crut obligé d'être inflexible. L'exaltation sanguinaire des ultras, à la cour et partout, était sans bornes. On cite des propos de femmes du grand monde qui rappelaient le langage des " furies de la guillotine. ' '
Le condamné ne fut pas conduit au lieu accoutumé des exécutions militaires : on craignait quelque agitation populaire. On le mena du Luxembourg où il était gardé, dans l'avenue de l'Observatoire. Un peloton de vétérans l'y attendait, là où s'élève aujourd'hui sa statue. Le maréchal s'écria : " Je proteste devant ma patrie contre le jugement qui me condamne; j'en appelle à la postérité et à Dieu ! Vive la France ! "
Puis, portant la main à sa poitrine, il cria d'une voix aussi forte que lorsqu'il commandait la charge : " Soldats, droit au cœur ! "
1. Contrela foi des traités. According to the treaties between Louis XVIII and the foreign powers, amnesty had been given to political opponents.
L'officier qui commandait le peloton, éperdu, glacé d'horreur, n'eût pas la force d'ordonner le feu. Un homme de cour, colonel d'état-major, prit sa place. Le maréchal tomba criblé de balles (7 décembre 18 15).
L'appel de Ney à la postérité a été entendu. La France n'a point pardonné le meurtre de ce héros.
Hknri Martin.
Louis XVIII, homme sage et modéré, comprit le danger que les ultra-royalistes faisaient courir à la royauté. Il renvoya la chambre des députés. Les électeurs nommèrent des royalistes plus modérés (1816). En 1818, le premier ministre du roi, le duc de Richelieu, obtint l'évacuation du territoire, et de cette époque à 1821, les années se passèrent en lutte entre les libéraux et les royalistes.
Pendant ce temps-là, Napoléon captif à Sainte-Hélène, passait les dernières années de sa vie à écrire ses mémoires et à converser avec les quelques fidèles qui l'avaient accompagné dans l'exil.