‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 156 sur 249 · S'entendit, made arrangement · texte numérisé non relu

S'entendit, made arrangement

de sa santé, que c'était une bataille perdue, feignit d'accepter ses conseils, mais ne les suivit point, voulant, disait-il, mourir en repos.

La fin d'avril était arrivée, et à chaque instant le mal devenait plus menaçant et plus douloureux. Les spasmes, les vomissements, la fièvre, la soif ardente ne cessaient pas. Napoléon prenait de temps quelques gouttes d'eau fraîche qu'on avait trouvée au pied du pic de Diane, dans l'exposition où il aurait voulu que sa demeure fût placée, et il en ressentait un peu de bien. " Je désire, dit-il, être enterré sur les bords de la Seine, si c'est jamais possible, ou à Ajaccio dans l'héritage de ma famille, ou enfin, si ma captivité doit durer pour mon cadavre, au pied de la fontaine à laquelle j'ai dû quelque soulagement." On le lui promit avec des larmes, car on ne lui cachait plus un état qu'il voyait si bien. — " Vous allez, dit-il à ses amis qui l'entouraient, retourner en Europe. Vous y reviendrez avec le reflet de ma gloire, avec l'honneur d'un noble dévouement. Vous y serez considérés et heureux. Moi je vais rejoindre Kléber, Desaix, Lannes, Masséna, Bessières, Duroc, Ney !... Ils viendront à ma rencontre... ils ressentiront encore une fois l'ivresse de la gloire humaine... Nous parlerons de ce que nous avons fait, nous nous entretiendrons de notre métier avec Frédéric, Turenne, Condé, César, Annibal..." Puis s'arrêtant, Napoléon ajouta avec un singulier sourire : "A moins que làhaut comme ici-bas on n'ait peur de voir tant de militaires ensemble." Ce léger badinage mêlé à ce langage solennel émut vivement les assistants. Le Ier mai l'agonie sembla s'annoncer, et les souffrances devinrent presque continuelles. Le 2, le 3, Napoléon parut consumé par la fièvre, et en proie à des spasmes violents.

Dès que la souffrance lui laissait quelque répit, son esprit se réveillait radieux, et il montrait autant de lucidité que de sérénité. Dans l'un de ces intervalles, il dicta sous le titre de première et seconde rêverie deux notes sur la défense de la France en cas d'invasion. Le 3, le délire commença, et à travers ses paroles entrecoupées on saisit ces mots : Mon fils... V armée... Desaix... — On eût dit à une certaine agitation qu'il avait une dernière vision de la bataille de Marengo regagnée par Desaix. L,e 4, l'agonie dura sans interruption, et la noble figure du héros parut cruellement tourmentée. L,e temps était horrible, car c'était la mauvaise saison de Sainte-Hélène. Des rafales de vent et de pluie déracinèrent quelques-uns des arbres récemment plantés. Enfin le 5 mai, on ne douta plus que le dernier jour de cette existence extraordinaire ne fût arrivé, Tous les serviteurs de Napoléon agenouillés autour de son lit épiaient les dernières lueurs de la vie. Malheureusement ces dernières lueurs étaient des signes de cruelles souffrances. I,es officiers anglais placés à l'extérieur recueillaient avec un intérêt respectueux ce que les domestiques leur apprenaient des progrès de l'agonie. Vers la fin du jour la douleur s affaissant avec la vie, le refroidissement devenant général, la mort sembla s'emparer de sa glorieuse victime. Ce jour-là le temps était redevenu calme et serein. Vers cinq heures quarantecinq minutes, juste au moment où le soleil se couchait dans des flots de lumière, et où le canon anglais donnait le signal de la retraite, les témoins qui observaient le mourant s'aperçurent qu'il ne respirait plus, et s'écrièrent qu'il était mort. Ils couvrirent ses mains de baisers respectueux, et Marchand, qui avait emporté à Sainte-Hélène le manteau que le premier consul por-

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tait à Marengo, en revêtit son corps, en ne laissant à découvert que sa noble tête.

Aux convulsions de l'agonie, toujours si pénibles à voir, avait succédé un calme plein de majesté. Cette figure d'une si rare beauté, revenue à la maigreur de sa jeunesse et revêtue du manteau de Marengo, semblait avoir rendu à ceux qui le contemplaient le général Bonaparte dans toute sa gloire.

A. Thiers.

De 1821 à 1824, Tannée de la mort de Louis XVIII, le gouvernement parut être complètement à la merci des ultras. Les rois et les empereurs avaient formé une alliance, appelée la Sainte- Alliance, pour tenir les peuples dans l'obéissance. Les libéraux espagnols s'étant insurgés contre la tyrannie de leur roi Ferdinand VII, la Sainte- Alliance résolut de le défendre, et c'est à la France qu'échut le lot d'exécuter cette décision. Nos armées entrèrent en Espagne et battirent les insurgés près de Cadix, au Trocadéro. Ferdinand redevint un roi absolu.

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