‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 159 sur 249 · PORTRAIT DU ROI CHARLES X · texte numérisé non relu

PORTRAIT DU ROI CHARLES X

Le comte d'Artois prit pour nom de règne le nom de Charles X.

Le nouveau roi avait conservé, sous les premiers frimas de l'âge,1 la verdeur, la stature, la souplesse et la beauté de sa jeunesse. C'est la pensée qui mûrit les hommes. L,e comte d'Artois avait peu pensé dans sa vie; homme de cœur et de premier mouvement, toutes ses qualités étaient des dons de la nature, presque aucunes n'étaient en lui les fruits acquis du travail et de la méditation; il avait l'esprit de la race française, rapide, spontané et heureux en hasards de reparties, le sourire bienveillant et communicatif, le regard ouvert, la main tendue, l'attitude cordiale, un vif désir de plaire, une soif ardente de popularité, une grande sûreté de commerce,2 une constance, rare sur le trône, dans l'amitié, une modestie vraie, une recherche inquiète des bons conseils, une conscience sévère pour lui-même, indulgente pour les autres, une piété sans petitesse, un amour raisonné et senti de son peuple, un désir honnête et religieux de faire le bonheur de la France et de rendre son règne profitable à l'amélioration morale et à la grandeur nationale du pays que la Providence lui avait confié; toutes ces royales dispositions de son âme étaient écrites sur sa physionomie : noblesse, franchise, majesté, bonté, honnêteté, candeur, tout y révélait un homme né pour aimer et pour être aimé. L,a profondeur et la solidité manquaient seules à

1. Sous les premiers frimas de Vâge, inthe beginning of his old âge.

2. Une grande sûreté de commerce, a thorough reliability in his relations with others. 24=3

ce visage; en le regardant on se sentait attiré vers l'homme, on doutait du roi.

Sa vie était celle d'un gentilhomme des premières races de la monarchie dans les siècles où la force et l'adresse déployées dans les exercices du corps signifiaient la supériorité du courage et la majesté du rang, où l'église, la chasse et la galanterie se partageaient la journée des princes. La chasse et la piété faisaient le fond de ses journées; il avait pour la chasse royale l'ardeur de ses plus jeunes années. L'amour des chevaux, le goût des forêts, la voix des meutes, l'ivresse de la poursuite des daims ou des chevreuils, les joies sauvages de Y hallali, les sons du cor après le triomphe, l'exaltaient, comme la manœuvre, le combat et la victoire exaltent le héros. Sa vénerie et ses écuries étaient pour lui plus qu'un délassement, c'était une occupation royale. Son long séjour en Angleterre, pays où les chevaux, les chiens, les forêts, les courses sont le blason d'une aristocratie opulente et l'orgueil national du peuple, avait entretenu et accru en lui cette passion héréditaire des Bourbons. Il faisait écrire l'histoire de ses chasses par les historiographes de ses meutes et de ses coursiers; des volumes graves, publiés pendant et après son règne, retracent encore, avec une scrupuleuse . fidélité et un talent pittoresque, le récit de ces futiles exploits. Ces loisirs, conformes aux habitudes de sa jeunesse et utiles à sa santé, ne dérobaient rien cependant aux devoirs que sa conscience lui imposait comme roi. Sa piété l'emportait même sur ses plaisirs.

Cette piété n'avait ni excès, ni puérilité, ni ostentation; il la renfermait extérieurement dans les pratiques des exercices religieux commandés par l'habitude et l'étiquette des cours. Sa piété était en lui un sentiment

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et une conviction; il ne l'exagérait point, comme ses ennemis Pen ont accusé, par des pratiques monacales, par des affiliations secrètes à l'ordre des jésuites, par une intolérance acerbe, par une obséquiosité aveugle à la cour; il restait roi en étant chrétien. Il avait assez respiré dans sa jeunesse, avant la révolution, la philosophie légère ou l'incrédulité raisonnée de son siècle, pour comprendre que si la religion pouvait exercer encore en France un ascendant volontaire, elle ne pouvait plus tendre impunément à la tyrannie. Seulement, convaincu lui-même par le malheur plus que par le raisonnement que la religion de ses pères était la vérité absolue de l'esprit et le salut unique des âmes, il croyait devoir à Dieu et à son peuple d'en propager la foi et d'en favoriser l'empire par tous les moyens compatibles avec l'esprit de son époque et avec la tolérance nécessaire des cultes. Fidèle chrétien, mais non sectaire, s'il croyait devoir l'exemple de la foi, il ne croyait pas devoir céder son gouvernement politique à son clergé. Il gardait, commme ses aïeux les plus catholiques sur le trône, Saint-Louis et Louis XIV, une certaine indépendance royale et traditionnelle de la cour de Rome; il se défiait de l'ambition et de l'esprit de corps et de domination des prêtres, qu'il croyait de nature à abaisser la couronne et à désaffectionner les peuples de la religion ; il adorait leur Dieu sans aimer leur secte; il perçait1 avec assez de pénétration leurs desseins secrets; il résistait avec une déférence extérieure, mais avec une résolution ferme, à ce qui lui paraissait excessif ou téméraire dans leurs exigences : telles étaient, à l'égard du clergé, les disposi-

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