‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 168 sur 249 · PORTRAIT DE LOUIS-PHILIPPE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LOUIS-PHILIPPE

La nature n'avait rien donné à Louis- Philippe de ce qui constitue la grandeur. Son cœur fut de bonne heure fermé aux poétiques désirs ; son esprit Tétait aux vastes pensées. Il ne connut ni les entraînements de la passion, ni les joies sublimes du dévouement. Ce qu'il y eut de remarquable en lui, ce fut un assemblage et une pondération rare de qualités secondaires. Mais ces qualités mêmes,1 l'âge en fit des défauts, la royauté en fit des vices. C'est ainsi que l'on vit le bon sens de Louis-Philippe se rapetisser sur le trône, au lieu de s'agrandir. Sa prudence native dégénéra en ruse. Son économie devint excessive. La connaissance des hommes, acquise par lui dans une longue pratique de la vie et une longue lutte contre le malheur, le conduisit, envers l'espèce humaine, à un sentiment qui ressemblait trop au dédain. Son habileté fut moins d'un roi que d'un marchand versé dans le maniement des affaires.2

Son instruction était aussi étendue que variée, son élocution abondante et facile, sa mémoire prodigieuse, sa conversation pleine de faits. Il avait eu des fortunes si diverses, et elles avaient fait passer devant lui tant de personnages, tant d'événements ! N'avait-il pas été presque contemporain de Voltaire, témoin de la Révolution naissante, hôte suspecté des anciennes

Page 1