‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 170 sur 249 · D'autant mieux, so much more · texte numérisé non relu

D'autant mieux, so much more

DU XIXe SIECLE. 261

noté, qu'il n'avait ni cet enthousiasme de la gloire, ni ces croyances religieuses, ni ces passions violentes, qui défient le pouvoir de la mort. S'il est vrai qu'en 1848 il laissa volontairement échapper de sa main son sceptre parce que la défection de la garde nationale lui fit croire que la bourgeoisie elle-même était contre lui, et que, dès lors, il ne représentait plus rien sur le trône ; s'il est vrai que, sous l'empire de cette pensée, il ne se jugea pas le droit de donner le signal des égorgements et ne voulut pas régner par l'assassinat, sa chute, expliquée ainsi, doit être considérée comme le seul acte de sa vie qui soit marqué au coin de la grandeur, et elle restera l'éternel honneur de sa mémoire, Il ne tomba pas en roi ? Non : il sut tomber en homme.

Humain, il le fut plus qu'aucun prince de son temps, par respect théorique pour l'inviolabilité de la vie humaine, par bienveillance naturelle, et par philosophie. Élevé à l'école du dix-huitième siècle, admirateur de Voltaire et rationaliste, il aimait la tolérance, un peu en esprit fort, un peu en bel esprit.1 Si ses ministres l'eussent laissé faire, il aurait abattu l'échafaud, comme Voltaire avait flétri la torture.

Que si on le considère dans le cercle de ses affections les plus intimes, on ne peut nier que Louis-Philippe n'ait été le modèle des pères de famille. Ses mœurs furent d'une chasteté qui résista aux tentations du rang suprême et dont sa maison avait fourni jusque-là d'assez rares exemples. Parfaitement libre, quant à lui, du joug des scrupules religieux, il eut pour la dévotion de sa femme une condescendance touchante et qui ne se

1 . TJnpeu en esprit fort, un peu en bel esprit, partly as a free thinker partly as a man of wit.

démentit jamais. Sans autre appui intérieur que les conseils de sa sœur Adélaïde, princesse douée d'une sagesse toute virile, il gouverna les siens avec douceur à la fois et autorité, habile à prévenir entre eux les divisions, plus habile encore à les tenir groupés sous l'égide de sa prudence. Il y réussit au point que, même mariés, ses enfants continuèrent de vivre dans le palais paternel, et n'eurent, pour ainsi dire, qu'un foyer.

Nous laisserions le portrait de L,ouis- Philippe inachevé, si nous n'ajoutions pas à la liste de ses bonnes qualités la patience et le calme. Il appelait le temps son premier ministre, et, suivant1 le témoignage d'un écrivain distingué, qui, après l'avoir servi fidèlement, défend aujourd'hui sa mémoire avec émotion, il disait volontiers : " J'en ai vu bien d'autres ! " Mot de l'expérience arrivée à un état habituel de sérénité ! Mais, des déclarations du même écrivain, M. Cuvillier-Fleury, il résulte que I^ouis-Philippe mettait beaucoup de soin à veiller sur son repos, s' abstenant de lire les feuilles publiques,2 se complaisant dans une volontaire ignorance des attaques dirigées contre lui, prompt enfin à écarter les images importunes. Or, la sérénité des cœurs fiers se maintient à moins de frais3 et n'a nul besoin de ces timides précautions. Quand on se sent au-dessus des attaques, on ne s'ingénie pas à les ignorer, on se donne le plaisir de les connaître, on ne veut pas perdre la jouissance du mépris. A celui que les gens de bien et les hommes intelligents estiment ce qu'il vaut, qu'im-

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