‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 189 sur 249 · Et faisaient descendre dans Paris, sent downto Paris · texte numérisé non relu

Et faisaient descendre dans Paris, sent downto Paris

nationale. Cavaignac envoya Lamoricière avec quelques forces à la porte Saint-Denis, d'où ce général rayonna dans les faubourgs du Nord. Quatre représentants l'accompagnaient ; la prise des barricades du faubourg Saint-Martin coûta la vie à l'un d'eux. Dornès, rédacteur du Natio?ial, caractère élevé, républicain dévoué et austère, reçut là une blessure mortelle. Les barricades des faubourgs Poissonnière et Saint-Denis furent également emportées.

Le général Négrier, arrivé avec du renfort, prit le commandement sur la place de la Bastille ; il pleuvait, des barricades du faubourg Saint- Antoine, un déluge de balles. La troupe hésitait. Le général s'avança, presque seul, jusqu'au pied de la colonne de Juillet, pour reconnaître la position. Un coup de feu l'abattit à son tour.

L'Assemblée et le nouveau Gouvernement faisaient des efforts pour arrêter ces scènes de carnage : l'Assemblée avait voté, le matin, un crédit de trois millions pour secours à distribuer dans Paris ; puis le nouveau chef du pouvoir exécutif et le président de l'Assemblée avaient signé ensemble une nouvelle proclamation où ils disaient aux insurgés qui déposeraient les armes : 11 Venez à nous, venez comme des frères repentants et soumis à la loi, et les bras de la République sont tout prêts à vous recevoir."

Un homme d'un ferme courage, le représentant Galy- Cazalat, alla lire le décret dans le quartier du Temple, où la population flottait ; il y fut bien accueilli ; puis il pénétra, le décret en main, dans le faubourg Saint- Antoine.

Il y avait, en ce moment, à l'entrée du faubourg, un instant de trêve. La proclamation, après le décret,

était apportée aux insurgés, non par un membre de l'Assemblée, mais par l'archevêque de Paris. L/archevêque Affre, instruit, bienveillant, mais d'une nature timide, était l'homme qu'on eût jugé le moins capable d'une action héroïque ; il s'était montré frappé de terreur le premier jour de l'insurrection. Le sentiment du devoir et la charité chrétienne relevèrent au-dessus de lui-même. Il se transporta chez le général Cavaignac et lui fit part de sa résolution d'aller exhorter les insurgés à la paix ; le général lui représenta en vain le péril. " Ma vie est peu de chose!" répondit-il. Le général lui remit sa proclamation, et il partit, avec ses grands vicaires, pour la place de la Bastille.

L'officier général qui commandait là, le quatrième de la journée après les trois autres tombés, fit proposer une trêve aux insurgés. Le feu fut suspendu. L'archevêque entra dans le faubourg en même temps que M. Galy-Cazalat et deux autres députés. Il n'avait pas fait vingt pas, qu'un coup de feu partit, puis une décharge, de l'autre côté de la place de la Bastille, du côté des troupes. Les insurgés crièrent : " A la trahison !" et ripostèrent de toutes parts. L'archevêque s'était affaissé, frappé de haut en bas, dans les reins, par une balle venue d'une des maisons de la place. Au milieu d'un feu effroyable, parmi les morts et les blessés qui tombaient autour de lui, deux des personnes qui l'avaient accompagné et quelques-uns des insurgés le relevèrent et le transportèrent chez le curé des Quinze- Vingts.1 La blessure était mortelle.

1. Quinze- Vingts. The Quinze- Vingts is a celebrated hospital for the blind, which was fonnded in Paris in the XlIIth eentury. It accomdates 300 patients, as is seen by the name of the establishment.

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La nouvelle de cette catastrophe se répandit parmi les combattants et les frappa de stupeur : le feu cessa peu à peu des deux côtés ; la nuit était venue.

L'archevêque mourut le lendemain : il avait dit : "Puisse mon sang être le dernier versé ! "

L'affreuse lutte n'était pas terminée. Avant ce malheur, qui était un accident déplorable et non un crime, elle venait d'être souillée d'un forfait odieux.

Durant cette journée, les quartiers de la rive gauche fermentaient encore, mais avaient cessé de combattre : les insurgés n'occupaient plus que les barrières et le mur d'octroi. Le général Bréa essaya de les décider à déposer les armes. Il alla leur annoncer le décret de trois millions pour les secours. Il fut bien reçu à plusieurs barrières ; il en restait une plus fortifiée que les autres et occupée par des hommes plus opiniâtres ; la barrière de Fontainebleau : on dissuadait le général de se hasarder parmi ces hommes ; généreux, confiant et humain, il ne crut pas au danger ; suivi de quatre officiers qui ne voulaient pas l'abandonner, il franchit la grille de la barrière. Il fut aussitôt enveloppé et entraîné, ainsi que ses compagnons, parmi des cris de mort. Des cris en sens contraire se firent entendre. Durant deux grandes heures, le général et ses compagnons, menacés brutalement, protégés par les autres, furent entre la vie et la mort. Enfin, au bruit que les gardes mobiles avaient franchi la barrière, des furieux tirèrent du dehors, par les fenêtres du corps de garde où l'on avait enfermé les prisonniers. Le général et un capitaine de son escorte furent frappés à mort. Les autres échappèrent au milieu de cet affreux tumulte.

A la nouvelle du crime, la garde nationale et la garde mobile ouvrirent le feu sur les barricades et sur la

barrière, et les emportèrent en peu d'instants. Ce fut la fin de l'insurrection.

H. Martin.

Peu de jours après les fatales journées de juin, le général Cavaignac, qui avait commandé les troupes régulières pendant l'insurrection, fut nommé chef du pouvoir exécutif. Bientôt après, la nouvelle constitution se trouva terminée. Le pouvoir législatif appartenait à une assemblée composée de 750 membres, et le pouvoir exécutif était placé entre les mains d'un président de la République, élu pour quatre ans par le suffrage universel.

Lors de l'élection qui eut lieu le 10 décembre 1848, deux candidats se trouvaient en présence : le général Cavaignac et le prince Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er. Ce dernier obtint la majorité et devint, en conséquence, président de la République. Au mois de mai 1849, l'Assemblée constituante s'étant séparée, Y Assemblée législative lui succéda. Elle était composée de 750 membres dont la majorité était hostile à la République. Quoiqu'il eût prêté serment de fidélité à la constitution, le prince président déclara, le 2 décembre 185 1, l'assembée dissoute. Il y eut à Paris et dans les départements quelques résistances bientôt vaincues, et Louis-Napoléon fit adopter une nouvelle constitution qui prolongeait ses pouvoirs de dix ans et donnait le pouvoir législatif à une chambre de députés élue par le suffrage universel et à un sénat dont les membres seraient nommés par le président de la République.

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