On tint ferme, they stood their ground
Français assaillirent le Bastion Central; après un premier succès, le général Trochu fut blessé et repoussé. Une seconde attaque échoua également. Nous avions eu encore là deux généraux tués.
On avait donc échoué partout, sauf à Malakoff; mais c'était le point décisif. Du côté de la ville, Sébastopol dominait les ouvrages attaqués; du côté du faubourg, Malakoff, au contraire, commandait le port et la grande baie. Les travaux mêmes des Russes, les traverses qu'ils avaient établies dans l'intérieur de Malakoff, une fois la position envahie, nous aidaient à en achever et à en conserver la conquête. Dans ces luttes corps à corps, à travers les poutres, les débris amoncelés, nos soldats, surtout les zouaves, avaient sur les Russes une grande supériorité d'agilité et d'adresse. Mac-Mahon, en lançant toute sa division, avait fini par chasser les Russes de Malakoff. Informé que l'ouvrage était miné et qu'il y avait risque de sauter et d'être mis en pièces, il avait répondu par ce mot demeuré célèbre : "J'y suis, j'y reste ! " Heureusement, on parvint à découvrir et à couper les fils qui communiquaient avec la mine.
Le prince Gortchakof,1 accouru dans Sébastopol, fit marcher tout ce qui lui restait de forces sous la main pour tâcher de reconquérir ce poste de Malakoff duquel tout dépendait. L'effort désespéré des Russes vint se briser contre les bataillons de Mac-Mahon. Gortchakof rappela les restes des cinq divisions qui s'obstinaient à se faire écraser.
La grande lutte était terminée. Dans la soirée et dans la nuit, les Russes évacuèrent Sébastopol par le
1. Le prince Gortchakof, who made himself famous as a diplomatist,
was born in 1798 and died in 1883.
DU XIXe SIKCIvK. 321
grand pont de radeaux, en détruisant tout et faisant tout sauter derrière eux. Ils inondèrent ou coulèrent leurs navires. La flotte de la Mer Noire élait anéantie. Sébastopol devait continuer à brûler pendant plusieurs mois !
Cette sanglante journée avait coûté aux Russes près de 13,000 hommes, aux alliés, plus de 10,000.
Hknri Martin.
La chute de Sébastopol décida la Russie à traiter et, au mois de mars 1856, fut signé à Paris un traité par lequel la Russie s'engageait à respecter l'intégrité de l'empire ottoman et à laisser la mer Noire ouverte à toutes les puissances.
L'année 1858 fut troublée par un attentat contre la vie de l'empereur, et cet attentat même fut une des causes qui engagèrent Napoléon à se lancer dans la guerre d'Italie. t
ATTENTAT ORSINI [17 janvier 1858.]
Le 14 janvier au soir, au moment où l'empereur et T impératrice arrivaient à l'opéra, trois explosions successives se firent entendre. Trois bombes avaient été lancées sur la voiture de l'empereur. Des cris de douleur et d'effroi retentirent de toutes parts ; les éclats des projectiles avaient atteint plus de 140 personnes, dont quelques-unes mortellement. La voiture de l'empereur était brisée et F un des chevaux tué. Une terrible anxiété remplissait la salle de l'Opéra, lorsqu'on vit entrer dans la loge impériale l'empereur et l'impératrice ; l'un et l'autre avaient échappé sans blessure.
La police arrêta quatre Italiens. On reconnut bientôt
que trois d'entre eux étaient des complices subalternes ; le quatrième, Orsini, était un personnage remarquable à tous égards. Son père avait péri, en 1831, dans cette insurrection contre le pape à laquelle avaient pris part le frère aîné de Napoléon III et Napoléon III lui-même. Le fils, dès sa première jeunesse, était entré dans toutes les conspirations nationales italiennes. Longtemps prisonnier, condamné aux galères à perpétuité, puis amnistié par Pie IX, il était devenu membre de la Constituante romaine en 1848; fait prisonnier par les Autrichiens et enfermé dans la citadelle de Mantoue, il s'était évadé par des prodiges d'habileté et d'audace. Réfugié en Angleterre, il avait d'abord espéré que Napoléon III délivrerait l'Italie ; mais, le voyant de plus en plus uni avec la papauté et avec la réaction, il avait résolu de le faire disparaître1 puisqu'il était un obstacle et non un appui. L'affaire fut menée avec un tel secret que Napoléon III n'échappa que par une chance heureuse. L'attentat, par sa forme, rappelait celui de Fieschi sous Louis-Philippe ; mais il y avait, en réalité, un abîme entre le bandit corse de 1835 et Ie conspirateur romain de 1858. Malgré l'horreur d'un crime qui visait son but à travers tant de victimes indifférentes et inconnues, Orsini inspira à tous ceux qui le virent et l'entendirent durant son procès un intérêt dont on ne pouvait se défendre. Cet homme n'avait agi que par une passion impersonnelle et sous l'impulsion d'un patriotisme égaré. Il avait choisi pour avocat Jules Favre,2 qui le défendit comme il
1. De le faire disparaître, to kill him ; lit. : to make him disappear,
2. Jules iïavre, a famous lawyer and politician, was boni at Lyons in 1809. In September isto . aftor the fall of Napoléon III, he became a member of the government and was designated to arrange the conditions of the troaty of poace with Germany. 1 1 e died in 1880.
DU XIXe SIECI.K. 323
voulait être défendu, en s' efforçant de sauver, non sa tête, mais sa mémoire autant quelle pouvait être sauvée. L'impression fut profonde dans l'auditoire, lorsque Jules Favre donna lecture, avec la permission de l'empereur, d'une lettre adressée à celui-ci par Orsini. L,e coupable ne demandait point grâce pour lui-même ; il demandait la liberté pour sa malheureuse patrie, ''l'objet constant de toutes ses affections." Il n'allait pas jusqu'à demander que le sang des Français fût répandu pour les Italiens, mais seulement que la France interdît à l'Allemagne d'appuyer l'Autriche " dans les luttes, qui peut-être, vont bientôt s'engager. — J'adjure, écrivait-il, Votre Majesté de rendre à l'Italie l'indépendance de ses enfants. Que Votre Majesté ne repousse pas le vœu suprême d'un patriote sur les marches de Téchafaud ! "
Orsini et ses complices furent condamnés à mort le 26 février. Orsini remercia l'empereur d'avoir autorisé la publication de sa lettre. Sa seconde lettre n'était pas moins émouvante que la première. Il condamnait formellement l'assassinat politique et désavouait "la fatale aberration desprit" qui V avait entraîné à préparer son attentat. Il exhortait ses compatriotes à n'employer que leur abnégation, leur dévouement, leur union, leur vertu pour délivrer leur patrie. Quant à lui, il offrait son sang en expiation aux victimes du 14 janvier.
La question de commutation de peine fut vivement agitée autour de l'empereur. Napoléon III eût jugé politique cette clémence, si tant de victimes n'eussent été atteintes par les instruments de mort qui étaient destinés à sa personne. Orsini fut exécuté, le 13 mars, avec un de ses complices. Il mourut sans emphase
324 IvKS HISTORIENS FRANÇAIS
comme sans faiblesse, en criant : " Vive l'Italie ! Vive la France ! "
Henri Martin.
Le petit royaume du Piémont, situé au nord de l'Italie, était alors gouverné par deux hommes remarquables, le roi Victor- Emmanuel et son ministre Cavour, qui voulaient agrandir leur pays et prendre à l'Autriche la Lombardie et la Vénétie qu'elle possédait.
L'Autriche ayant menacé le Piémont de lui faire la guerre, l'empereur se déclara contre l'Autriche le 5 mai 1859, et les hostilités commencèrent. Le 4 Juin fut livrée la bataille de Magenta, dans laquelle les forces alliées de la France et du Piémont furent victorieuses.