T>V XIX'- SIECLE
auxquels appartenait la dynastie régnante, étaient restés l'élément militaire de l'Empire ; ils furent chassés de leurs camps retranchés par nos troupes de débarquement, françaises et anglaises ; plusieurs des forts furent emportés d'assaut ; Tartares et Chinois avaient d'abord lutté avec courage ; mais la mort de leur général leur fit tomber les armes des mains ; les fortes positions qui leur restaient furent abandonnées ou rendues par capitulation (août 1S60). La journée décisive du 21 août livra aux alliés plus de 500 pièces de canon. Dès le 26, les alliés arrivaient par eau à Tien-Tsin.
Le gouvernement chinois, qui avant l'attaque du Peï-Ho, avait mis à prix la tête des plénipotentiaires et des généraux alliés, essaya d'arrêter les vainqueurs par des négociations illusoires, afin de se donner le temps d'organiser la défense de Pékin.
Les alliés reconnurent le piège et marchèrent en avant. Le gouvernement chinois fit alors des propositions qui parurent plus sérieuses. Des parlementaires français et anglais furent envoyés aux plénipotentiaires chinois, pour convenir des mesures préliminaires.
Les pourparlers couvraient une trahison. L'armée tartare, massée en avant de Pékin, préparait une surprise contre les troupes alliées. Le général Montauban et le général anglais Grant, avertis à temps, prirent brusquement l'offensive, tournèrent et mirent en déroute les masses de cavalerie et d'infanterie qu'ils avaient devant eux. L'artillerie chinoise tomba en notre pouvoir (18 septembre).
Malheureusement, plusieurs de nos parlementaires étaient restés dans les mains de l'ennemi et avaient été emmenés prisonniers à Pékin.
Les généraux alliés poursuivirent et assaillirent
l'armée ennemie dans les positions où elle s'était retirée. Cette fois, les Tartares soutinrent le renom d'intrépidité qui est acquis à leur race. 25,000 ou 30,000 cavaliers, armés d'arcs et de lances, se jetèrent impétueusement sur le petit corps français et faillirent l'accabler sous le nombre ; mais notre artillerie et notre fusillade firent parmi eux de sanglantes trouées : l'arrivée des Anglais nous dégagea ; la cavalerie tartare une fois balayée,1 l'infanterie (une vingtaine de mille hommes) se défendit bravement ; mais l'infériorité de son armement rendait inutile sa supériorité numérique ; elle fut rompue avec un grand carnage. Cette journée fut appelée la bataille de Pa-li-kao, du nom d'un pont du grand canal qui joint le Peï-Ho à Pékin (21 septembre 1860).
L'ennemi avait perdu 3,000 hommes, les alliés pas plus de 50.
La défaite des Chinois les obligeait à rouvrir les négociations ; néanmoins, par une obstination qui eût de fatales conséquences, le frère de l'empereur de la Chine, chargé de traiter, refusa de rendre préalablement les parlementaires français et anglais arrêtés contrairement au droit des gens.2 Les alliés avancèrent sur Pékin, avec 8,000 soldats à peine, moitié français, moitié anglais. Ils n'étaient plus qu'à six kilomètres de la capitale chinoise et apercevaient de loin, par dessus ses longues murailles, ses nombreux et bizarres monuments. A la nouvelle que l'armée tartare s'était retirée sur la résidence impériale appelée le
1. La cavalerie tartare une fois balayée, whenthe Tartar oavalry was
routed.
2. Arrêtés contrairement au droit des gens, wlio had been kept pri-
soners in defianco of tlio rigkts of nations.
du xixe siècle. 337
Palais d'Été, à dix kilomètres de Pékin, on se porta de ce côté. Ni les Tartares, ni la cour impériale n'avaient attendu les alliés. On pénétra dans le palais. Dans ces constructions de marbre blanc, aux toits de tuiles vernies, étaient amoncelées des richesses incalculables en métaux précieux, en pierreries, en jade et autres roches les plus rares, en soieries, en émaux, en bronzes ; la valeur matérielle de ces trésors était encore bien au-dessous de l'immense intérêt qu'offrait, au point de vue de l'art et de la science, cette multitude prodigieuse de statues, de peintures, de vases, de meubles sculptés et laqués, de manuscrits anciens.
Les objets qui parurent les plus précieux comme curiosités furent mis à part, d'après l'ordre des généraux français et anglais, pour être offerts, les uns à l'impératrice et à l'empereur, les autres à la reine d'Angleterre.
Les Anglais eussent voulu pousser la guerre à outrance et renverser l'empereur delà Chine, qui s'était enfui en Tartarie ; le plénipotentiaire français voulait la paix, et le général Montauban refusa d'entrer de vive force dans Pékin, ainsi que le proposait le général anglais. Le gouvernement chinois avait offert le paiement immédiat d'une forte indemnité aux parlementaires français et anglais survivants et aux familles de ceux qui avaient péri captifs ; il avait, comme garantie de ses intentions pacifiques, livré à nos troupes une des portes de Pékin. Les Anglais consentirent à contrecœur'1 Les ambassadeurs français et anglais allèrent en grande pompe signer les traités dans la capitale avec le frère de l'empereur, investi de pleins pouvoirs à cet effet (24-25 octobre).