En queue, behind
DU XIXe SIECLE. 347
ment au cas où il arriverait malheur à Mac-Mahon. Wimpffen désapprouvait la marche sur Mézières. Ce commandement passant, en quelques heures, dans les mains de trois généraux en chef, ces mouvements et contre-mouvements ne pouvaient qu'accélérer la catastrophe et désorganiser la résistance de notre malheureuse armée.
Wimpffen avait «prescrit aux troupes de réoccuper les positions qu'elles venaient de quitter par ordre de Ducrot. Cela n'était plus* possible. Les deux masses ennemies allaient se donner la main1 et fermer le cercle autour de nous.
Nos premier et septième corps d'armée firent, durant quatre longues heures, des efforts opiniâtres pour empêcher les deux masses ennemies de se rejoindre. Vers une heure, Ducrot réunit tout ce qu'il avait de cavade cavalerie, sous le commandement du général Margueritte, et la lança sur l'infanterie allemande. Margueritte, uri de nos meilleurs officiers généraux, fut abattu par la première balle. Le général Gallifet le remplaça et se précipita en avant à travers tous les obstacles. Les tirailleurs ennemis furent balayés; mais nos escadrons se brisèrent contre les lignes d'infanterie qui suivaient. Par trois fois, nos cavaliers se reformèrent et renouvelèrent la charge, ou plutôt les cent charges entre lesquelles les terrains coupés et accidentés divisaient leurs groupes. Accablés d'un déluge de balles, ils jonchèrent la terre de leurs morts. On rapporte que le roi de Prusse, suivant des hauteurs de Frénois les phases de la bataille, laissa échapper un cri d'ad-
1. Allaient se donne1)" la main, were on the point of meeting each other.
miration. Le sacrifice de ces braves gens retarda peu le progrès de l'ennemi.
Notre infanterie et notre artillerie ne montraient pas moins d'héroïsme, en défendant, au nord-est la partie du plateau appelée le Calvaire d'Illy. C'était la dernière position qui protégeât notre armée,. L'ennemi n'essayait pas de l'enlever avec de l'infanterie; il faisait converger sur ce point les feux croisés d'une immense artillerie ; il avait plus de 500 pièces en batterie au nord de Sedan.
Le plateau du Calvaire était littéralement labouré par les obus. A trois reprises,1 nos troupes, écrasées sous cette pluie de projectiles, évacuèrent ce théâtre de mort ; toujours leurs chefs les ralliaient et les ramenaient. Le général Douai, dans cette journée, montra une vigueur et une constance extraordinaires. Cette armée et ses chefs, exaltés par le désespoir, semblaient rassembler tout ce qui leur restait de force pour bien mourir. Nos pièces étaient démontées, leurs servants, tués; quarante caissons du septième corps avaient sauté et semé la mort parmi les hommes qu'avaient épargnés les boulets ennemis. Notre infanterie tint jusqu'à deux heures.
Elle se rompit enfin; ses débris redescendirent le plateau; le septième corps et le premier, .mêlés en une masse confuse, poursuivis de toutes parts, dans l'étroit espace qui leur restait, par les projectiles meurtriers, roulèrent comme un torrent vers Sedan. Ils s'entassèrent autour de la ville et dans la ville.
On combattait encore sur deux points, vers le nord et vers le sud.
Il était trois heures. Entre une heure et deux, le 1. A trois reprises, throe timos.
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général qui avait eu le malheur de réclamer le commandement en une telle journée, Wimpffen, avait voulu tenter un mouvement en avant. Il avait écrit à l'empereur:—
"Que Votre Majesté vienne se mettre au milieu de ses troupes; elles tiendront à honneur de lui ouvrir un passage ! "
L'empereur, après avoir erré de six heures à onze sur le champ de bataille, était rentré dans Sedan et attendait son sort avec une résignation fataliste. Le courage passif ne lui manquait pas; mais il était incapable des résolutions héroïques; il ne répondit pas à Wimpffen et fit arborer le pavillon parlementaire, le pavillon blanc.
A cinq heures tout était fini. L'empereur envoya au roi de Prusse par un de ses aides de camp la lettre suivante :
' ' Monsieur mon frère, " N'ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu'à remettre mon épée entre les mains de Votre Majesté."
Le roi répondit:
' ' En regrettant les circonstances dans lesquelles nous nous rencontrons, j'accepte l' épée de Votre Majesté et je la prie de vouloir bien nommer un de vos officiers munis de vos pleins pouvoirs, pour traiter de la capitulation de l'armée qui s'est si bravement battue sous vos ordres. De mon côté, j'ai désigné le général de Moltke à cet effet."'
Napoléon III pouvait rendre sa personne ; il n'était plus général; il ne lui appartenait pas de rendre l'armée.
Il fallait qu'un autre subît cette mission. Wimpffen, la mort dans le cœur, dut s'y résigner. Il se transporta au quartier général ennemi, au château de Bellevue.
Durant trois longues heures, il lutta en vain pour obtenir un adoucissement aux conditions fixées par de Moltke qui avait décidé que l'armée tout entière serait prisonnière avec armes et bagages. Il n'obtint rien.
Iye 2 septembre, à sept heures du matin, Wimpffen réunit en conseil de guerre les chefs de corps et les généraux de division. Le conseil reconnut * ' qu'en présence de l'impuissance matérielle de prolonger la lutte, nous étions forcés d'accepter les conditions qui nous étaient imposées."
Non seulement nous étions totalement enveloppés par des forces qui, maintenant, étaient triples (220,000 hommes contre 80,000 et même moins), mais nous n'avions de vivres que pour un jour.
Wimpffen retourna porter sa signature au quartier général prussien.
Napoléon III était sorti de Sedan avant la séance du conseil de guerre : il espérait voir le roi de Prusse avant que la capitulation fût signée et amener Guillaume à quelques concessions; mais le roi évita cette entrevue; l'empereur ne rencontra que Bismarck, avec qui il eut une conversation dans une petite maison d'ouvrier.
On envoya ensuite Napoléon III, avec une escorte de cuirassiers de la garde prussienne, attendre son vainqueur dans un château au bord de la Meuse.
L'impérial captif fut expédié en Allemagne, au château de Wilhelmshohe, près de Cassel ; c'était l'ancienne résidence de son oncle Jérôme, durant l'éphémère royaume de Westphalie.
H. Martin.