BATAILLE DE SEDAN
L,a vieille place de Sedan, renommée dans les anciennes guerres, ne pouvait plus, devant l'artillerie moderne, être un point d'appui pour une armée ; il n'y avait point d'ailleurs de munitions de guerre, et le dépôt de vivres qu'on y avait formé venait d'être expédié à Mézières. La ville est dans un fond, une sorte d'entonnoir traversé par la Meuse;1 elle est dominée par un double cercle de hauteurs; les collines de la rive droite se prolongent jusqu'à la forêt des Ardennes.
Mac-Mahon avait commis la faute de nous établir sur l'hémicycle intérieur de droite et non sur les collines extérieures où l'on n'eût pu nous tourner.
Accepter la bataille dans de telles conditions, contre des forces plus que doubles, c'était se perdre à coup sûr, et, cependant, la retraite était-elle encore possible?
1/ attaque fut engagée le ïGr septembre dès le point du jour. Les Bavarois avaient passé, par le pont de Bazeilles, sur la rive droite de la Meuse.
1. La ville est dans un fond, une sorte d'entonnoir traversé par la Meuse, the city is in a f unnel like hollow crossed by the river Meuse.
L'action grandissait de moment en moment à Bazeilles et sur la Givonne. Un peu avant six heures du matin, Mac-Mahon, qui s'était porté, pour se rendre compte de l'état des choses, sur les hauteurs de la Moncelle, eut son cheval abattu sous lui par un éclat d'obus. Contusionné et meurtri, il ne se sentit pas en état de conserver la direction de l'armée. Le commandement, lorsque le général en chef vient à manquer, doit passer, d'après les règlements, au plus ancien officier général, à égalité de grade. Un militaire distingué, le général Wimp£fen,se trouvait dans ce cas. Ce ne fut point à lui, toutefois, mais au commandant du premier corps, au général Ducrot, que Mac-Mahon transmit ses pouvoirs. Son motif, d'après son propre témoignage, était que, de tous les chefs de corps, Ducrot avait été le plus à même de connaître les mouvements de l'ennemi. Ce général Ducrot avait toujours, avec raison, voulu la retraite sur Mézières. Gardait-elle une chance quelconque à cette heure ? La relation du grand étatmajor prussien ne permet guère de le croire. Au moment où le général Ducrot prenait le commandement, entre 7 et 8 heures du matin, deux des corps d'armée ennemis étaient déjà en entier sur la rive droite de la Meuse; l' avant-garde du cinquième corps et celle du douzième corps étaient sur la rive gauche. Nous allions donc avoir en tête ces forces allemandes, comme nous avions en queue1 celles qui nous assaillaient par Bazeilles.
En ce moment se produisit une nouvelle péripétie. Le général Wimpffen exhiba tout à coup une lettre du ministre delà guerre, qui l'investissait du commande-