LE CARDINAL FLEURY
Fleury avait vécu dans la haute société pendant la seconde partie du règne de Louis XIV. • Son humeur douce F y faisait aimer, mais il ne paraît pas qu'on Fait pris fort au sérieux.1 Saint-Simon2 dit " qu'il suppléait aux sonnettes,3 avant qu'on en ait eu l'invention," c'est-à-dire qu'il faisait les commissions4 dans les maisons des grands seigneurs. Louis XIV, qui trouvait Fleury trop mondain, ne se décida qu'avec peine à lui donner Févêché de Fréjus.5
Devenu précepteur de Louis XV, Fleury sut se faire aimer de lui et l'habituer à ne pouvoir se passer de lui. Il eût été certainement premier ministre, s'il l'avait voulu, après la mort du régent ; mais il aimait mieux conserver et accroître son pouvoir sur F esprit du roi, sans se donner les embarras du ministère.6
Le duc de Bourbon, qui se croyait beaucoup plus puissant que Fleury, F éloigna de la cour ; mais Louis XV rappela son vieux précepteur et quelques jours après, comme le duc de Bourbon partait pour lâchasse,
1. Qu'on l'ait pris an sérieux, that he enjoyed a high réputation. Lit. : he was not looked upon as being serious.
2. Saint-Simon (le duc de), a famous courtier, and the author of celebrated Mémoires in which are described with great talent and an admirable pénétration many détails on the m an n ers and ways of the French court at that time, was born in 1676 and died in 1755.
3. Qu'il suppléait aux sonnettes, that he look the place of calling belle.