‹ Les historiens français du XIXe siècle; with explanatory, grammatical, historical and biographical notes;Chapitre 48 sur 249 · PORTRAIT DE LA FA YETTE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LA FA YETTE

i€ Lafayette, issu d'une famille ancienne et demeurée pure au milieu de la corruption des grands, doué d'un esprit droit, d'une âme ferme, amoureux de la vraie gloire, s'était ennuyé de la frivolité de la cour et de la discipline pédantesque de nos armées. Sa patrie ne lui offrant rien de noble à tenter, il se décida pour l'entreprise la plus généreuse du siècle, et il partit pour l'Amérique le lendemain du jour -où l'on répandait en Europe qu'elle était soumise.1 Il y combattit à côté de Washington, et décida l' affranchissement du nouveau monde par l'alliance avec la France. Revenu dans son pays avec un nom européen, accueilli à la cour comme une nouveauté, il s'y montra simple et libre comme un Américain. Lorsque la philosophie, qui n'avait été pour les nobles oisifs qu'un jeu d'esprit, exigea de leur part des sacrifices, Lafayette, presque seul persista dans ses opinions, demanda les états généraux, contribua puissamment à la réunion des ordres, et fut nommé, en récompense, commandant général de la garde nationale. Lafayette n'avait pas les passions et le génie qui font souvent abuser de la puissance: avec une âme égale, un esprit fin, un système de désintéressement invariable, il était surtout propre au rôle que les circonstances lui avaient assigné, celui de faire exécuter les lois. Adoré de ses troupes sans les avoir captivées par la victoire, plein de calme et de ressources au milieu des fureurs de la multitude, il maintenait l'ordre avec une

1. Où Von répandait en Europe qu* elle était soumiset when the rumor was spread in Europe that it had been subdued.

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vigilance infatigable. Les partis, qui l'avaient trouvé incorruptible, accusaient son habileté, parce qu'ils ne pouvaient accuser son caractère. Cependant il ne se trompait pas sur les événements et sur les hommes, n'appréciait la cour et les chefs de parti que ce qu'ils valaient, les protégeait au péril de sa vie sans les estimer, et luttait souvent sans espoir contre les factions, mais avec la constance d'un homme qui ne doit jamais abandonner la chose publique, alors même qu'il n'espère plus pour elle."

A. Thiers.

En 1789, au moment de la convocation des États généraux la misère était à son comble.1 Les paysans ruinés par les impôts laissaient leurs terres en friche2 plutôt que de les cultiver, les différents métiers se trouvaient entre les mains de corporations qui, limitant le nombre des ouvriers et des apprentis, limitaient ainsi le nombre des hommes qui pouvaient gagner honnêtement leur vie, les famines succédaient aux famines, le désespoir était partout.

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