MORT DES DANTONISTES —JUGEMENT SUR DANTON
Une fois la condamnation prononcée, Danton, qui avait été soulevé d'indignation, redevint calme et fut rendu à tout son mépris pour ses adversaires.1 Camille Desmoulins, bientôt apaisé, versa quelques larmes sur son épouse, et, grâce à son heureuse imprévoyance, n'imagina pas qu'elle fût menacée de la mort, ce qui aurait rendu ses derniers moments insupportables. Hérault fut gai comme à l'ordinaire. Tous les accusés
l. Fut rendu à tout son mépris pour ses adversaires» resumed for lus
opponents his scornful expression.
DU XIXe SIECLE. 133
furent fermes, et Westermann se montra digne de sa bravoure si célèbre.
Ils furent exécutés le 16 germinal (5 avril) 1793. La troupe infâme payée pour outrager les victimes suivait les charrettes. Camille, à cette vue, éprouvant un mouvement d'indignation, voulut parler à la multitude, et vomit contre le lâche et hypocrite Robespierre les plus véhémentes imprécations. Les misérables envoyés pour l'outrager lui répondirent par des injures. Danton, promenant sur cette troupe un regard calme et plein de mépris,1 dit à Camille : " Reste donc tranquille, et laisse là cette vile canaille. " Arrivé au pied del'échafaud, Danton allait 'embrasser Hérault-Séchelles, qui lui tendait les bras; l'exécuteur s'y opposant, il lui adressa, avec un sourire, ces expressions terribles : " Tu veux donc être plus cruel que la mort ! Va, tu n'empêcheras pas que dans un moment nos têtes s'embrassent dans le fond du panier. ' '
Quand ce fut son tour de mourir, il dit à l'exécuteur : "Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine. ' '
Telle fut la fin de ce Danton qui avait jeté un si grand éclat dans la révolution, et qui lui avait été si utile. Audacieux, ardent, avide d'émotions et de plaisirs, il s'était précipité dans la carrière des troubles, et il dut briller surtout les jours d'hésitation et de terreur. Prompt et positif, n'étant étonné ni par la difficulté ni par la nouveauté d'une situation extraordinaire, il savait juger les moyens nécessaires, et n'avait ni peur ni scrupules d'aucun. Il pensa qu'il devenait urgent de terminer les luttes de la monarchie et de la révolu-
1. Promenant sur cette troupe un regard calme et plein de mépris, casting on tnat crowd a look calm and full of disdain.
tion, et il le fit le 10 août. En présence des Prussiens, il pensa qu'il fallait contenir la France et l'engager dans le système de la révolution ; il ordonna, dit-on, les journées horribles de septembre, et, tout en les ordonnant,1 il sauva une foule de victimes. Au commencement de la grande année 1793, la Convention était étonnée à la vue de l'Europe armée ; il prononça, en les comprenant dans toute leur profondeur, ces paroles remarquables : ' ' Une nation en révolution est plus près de conquérir ses voisins que d'en être conquise." Il jugea que vingt millions d'hommes qu'on oserait mouvoir n'auraient rien à craindre de quelques centaines de mille hommes armés par les trônes. Il proposa de soulever le peuple, de faire payer les riches ; il imagina enfin toutes les mesures révolutionnaires qui ont laissé un si terrible souvenir, mais qui ont sauvé la France. Cet homme, si puissant dans l'action, retombait, pendant l'intervalle des dangers, dans l'indolence et les plaisirs qu'il avait toujours aimés. Il recherchait même les jouissances les plus innocentes, celles que procurent les champs, une épouse adorée et des amis. Alors il oubliait les vaincus, ne pouvait plus les haïr, savait même leur rendre justice, les plaindre et les défendre. Mais, pendant ces intervalles de repos nécessaires à son âme ardente, ses rivaux gagnaient peu à peu, par leur persévérance, la renommée et l'influence qu'il avait acquises en un seul jour de péril. Les fanatiques lui reprochaient son amollissement et sa bonté, et oubliaient qu'en fait de cruautés politiques2 il les avait égalés tous dans les journées de septembre. Tandis qu'il se confiait à sa renommée, tandis qu'il différait