DU XIX" SIECLE. I
par paresse, et qu'il roulait dans sa tête de nobles projets pour ramener les lois douces, pour borner le règne de la violence aux jours de danger, pour séparer les exterminateurs irrévocablement engagés dans le sang, des hommes qui n'avaient cédé qu'aux circonstances, pour organiser enfin la France et la réconcilier avec l'Europe, il fut surpris par ses collègues auxquels il avait abandonné le gouvernement. La politique demandait des victimes ; l'envie les choisit, et immola l'homme le plus célèbre et le plus redouté du temps. Danton succomba avec sa renommée et ses services, devant le gouvernement formidable qu'il avait contribué à organiser : mais du moins, par sou audace, il rendit un moment sa chute douteuse.
Danton avait un esprit inculte, mais grand, profond, et surtout simple et solide. Il ne savait s'en servir que pour ses besoins, et jamais pour briller ; aussi parlait-il peu et dédaignait-il d'écrire. Suivant un contemporain, il n'avait aucune prétention, pas même celle de deviner ce qu'il ignorait, prétention si commune aux hommes de sa trempe. Il écoutait Fabre d'Églantine,1 et faisait parler sans cesse son jeune et intéressant ami Camille Desmoulins, dont l'esprit faisait ses délices, et qu'il eut la douleur d'entraîner dans sa chute. Il mourut, avec sa force ordinaire, et la communiqua à son jeune ami. Comme Mirabeau, il expira fier de lui-même, et croyant ses fautes et sa vie assez couvertes par ses grands services et ses derniers projets.
A. Thiers.
1. Fabre (TEglantine (1752-1784), a raember of the Convention who died on the guillotine, Ls also well known as a poet and dramatist. He is the author of the nursery rhyrne : II pleut, il pleut, bergère
Robespierre se trouva dès lors maître absolu du pouvoir. Il ne devait pas le garder longtemps. Le 9 thermidor (27 juillet 1794), il fut arrêté et exécuté quelques jours après. On peut dire qu'avec lui finit le règne de la Terreur qui n'avait que trop longtemps pesé sur la France.
Il faut maintenant jeter un coup d'œil sur les opérations militaires qui eurent lieu en dehors de la France.
La Belgique, qui avait été conquise en 1792, fut perdue en 1793 par suite de la trahison de Dumcuriez, mais elle fut reconquise par Jourdan en 1794, et Pichegru occupa la Hollande.
Sur le Rhin, Hoche délivra l'Alsace envahie, Moreau prit Trêves et Coblentz, et nos armées occupèrent la rive droite du fleuve. Sur la frontière des Alpes, Montesquiou conquit la Savoie et le comté de Nice. Les armées de la République, contre qui l'Europe monarchique s'était coalisée, furent victorieuses partout, excepté sur mer, et parla paix de Baie (1795), la Prusse céda à la France la rive gauche du Rhin. L'Espagne aussi consentit à la paix ; l'Angleterre et l'Autriche restèrent seules en armes contre nous.
Au milieu de toutes ses difficultés à l'intérieur, malgré les difficultés de toutes sortes que lui causaient chaque jour, et la guerre contre l'Europe et la guerre civile, la Convention ne perdait point de vue les grands travaux d'ordre et de réorganisation qui s'imposaient à elle. Voulant rester, à l'exemple de la Constituante, rigoureusement respectueuse des droits des créanciers de l'État, la Convention ne fit point banqueroute, et, en dépit de ses embarras financiers, elle créa en 1793 le grand livre de la dette publique qui est resté depuis lors la base la plus sûre du crédit de la France.
Elle ouvrit à Paris deux Ecoles de droit,1 et elle établit les Écoles de médecine de Paris, de Strasbourg, de Montpellier. Simultanément, elle réorganisait le service médical des hôpitaux et instituait une commission parlementaire pour surveiller ce service. L'établissement des sourds-muets, fondé par l'abbé