‹ Les historiensChapitre 12 sur 24 · W.-H. PRE SCOTT · texte numérisé non relu

W.-H. PRE SCOTT

pour les plumes ardentes, tracé un de ces portraits terribles qui flambent éternellement sur une mémoire et empêchent éternellement de voir clair à travers ce feu. Louis XIV n'est-il pas toujours resté victime du portrait qu'en a fait un jour Saint-Simon?... Mais Prescott, dédaigneux de ces moyens d'effet, éparpille les traits de ses figures, au lieu de les concentrer. Il ne peint pas les hommes : il les raconte. Il raconte Granvelle, cette figure impassible qui a tant de sensibilité par-dessous... ce cardinal qui a la beauté calme d'une physionomie militaire, cet homme blanchi à quarantesix ans par des soucis affreux, impopulaire, — la gloire vraie de tous les grands ministres ! — menacé dans sa vie et son autorité, chargé d'un gouvernement impossible, et qui reste à son poste et fait tète comme un capitaine qui exécuterait une consigne. Il raconte Charles-Quint même plus qu'il ne le juge ; Paul IV, ce vieillard jeune homme, élu pape à quatre-vingts ans, qui a tous les défauts de la jeunesse dans la vieillesse, ce Jules II, de la seconde épreuve, qui n'a pas marqué ; Philippe II, enfin, — qui n'est plus ici l'homme en velours noir, le mouton d'or au cou, de la Rose de r Infante, ce poncifromantique aussi insupportable que tous les poncifs classiques dont nous nous soyons jamais moqués. Prescott ne tient pas à nous exhiber cette grande marionnette historique. Il aime mieux nous faire voir, sous les rayons brisés des faits, l'âme de cet Immobile, qui croît à l'Éternité et qui la fait en

politique ; car Philippe II, c'est la cunctation éternelle ! Ghantonnay (le frère de Granvelle) disait de lui : « Il « n'avait d'autre résolution que de ne pas en avoir. » Mais il se trompait, il en avait une, et c'était de vouloir toujours, silencieusement, la même chose... Une espèce d'homme comme il n'y en a plus.

Prescott nous l'a montré sous toutes ces faces, mais en les espaçant. Il va jusqu'à nous le faire voir aimable avec les femmes et marié quatre fois, ce prince terrible du noir silence. Il s'était toujours, dit Prescott, étudié à leur plaire (aux femmes), même quand il n'avait pas besoin pour cela de coquetterie,

— comme en Angleterre, lors de son mariage avec Marie, qui était folle de lui même avant de l'avoir vu,

— galant, mais hautain, et, malgré sa galanterie, peu d'humeur à jouer le rôle de mcœi de la Reine, fait, plus tard, pour des Cobourg !

Tel Prescott, et telle sa manière. Son histoire n'est pas un musée. Elle manque de brillant et très souvent de profondeur. Mais elle a la loyauté de l'exactitude. Comme un tas de virtuoses qui démanchent actuelle-

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