‹ Les historiensChapitre 11 sur 24 · W.-H. PRESCOTT · texte numérisé non relu

W.-H. PRESCOTT

« mépris de toute crainte et de toute faveur avec les- « quels cette nature indomptable exécute ses plans!!! » Il est certain que ce monstre ne lui déplaît pas. Seulement, ce n'est pas assez; tout à l'heure, il va positivement lui plaire. Après la décapitation de d'Egmont, ce Ney de l'histoire hispano-flamande, — car Graveline et Saint-Quentin valent bien la Moscowa, — et pour qui, comme pour Ney, il y eut autant de raisons de pardonner que de condamner, Prescott rapporte toute entière cette lettre du duc d'Albe à Philippe H, que tant d'autres historiens auraient oubliée : « Votre Ma- (( jesté comprendra le regret que j'ai eu de voir finir « ainsi ce pauvre seigneur et de lui faire subir ce sort ; « mais je n'ai pas reculé devant le devoir^de servir mon « souverain... Le sort de la comtesse m'inspire aussi « une très grande compassion quand je la vois chargée « de onze enfants dont aucun n'est assez âgé pour se u suffire, et quand on pense à son rang élevé de sœur a de comte palatin et à sa vie si vertueuse et si « exemplaire, je ne puis que la recommander aux « bonnes grâces de Votre Majesté. » Les bonnes grâces de Philippe II furent chiches. Il prit, lui, sans broncher, la responsabilité d'un événement qui pesait à son général, et Prescott n'a pas non plus oublié de nous dire que le duc d'Albe fit une pension, de ses deniers, à la comtesse d'Egmont, tout le temps qu'elle vécut. Prescott n'a pas craint de montrer une pitié que beaucoup auraient tue pour que leur tigre fût plus complet.

Je sais bien que les crocodiles pleurent pour attirer leur proie ; mais quand leur proie est dévorée, je n'ai pas ouï dire qu'on les vît pleurer.

Et cette pitié du duc d'Albe, Prescott l'éprouve parfois dans son histoire. On la trouve dans son récit, très simple, très contenu, mais très détaillé, de la mort de d'Egmont. Chez lui, le ventre en bronze de Clio a encore des entrailles, et on aime à les voir saigner. On aime à voir trembler la main qui, chez ses compatriotes, tient si fermement le revolver. Il est vrai qu'elle tremble bien peu. Son émotion, il la gouverne... Cette main sans passion, — et qui écrit, à propos des supplices de 155/i : « Qu'était-ce que cela, « en comparaison des milliers de victimes qui périrent a sous le règne précédent ! » (sous le grand Charles- Quint, qui paraît bien moins cruel que Philippe II, ce lieu commun de cruauté, parce que l'opinion est femme, et, dans cette question, était une femme flamande, et que le Flamand couvrait Charles-Quint, comme l'Espagnol perdait Philippe II), — cette main sans passion n'a pas une seule fois dans cette histoire, si tentante

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