M. DE SARTINE EN ESPAGNE
M. de Sartine',qui s'était rendu célèbre dans la police et bien plus encore au ministère de la marine, dont il avait si glorieusement opéré le rétablissement, alla, pendant les horreurs de la Révolution, chercher un refuge en Espagne.
En arrivant à Madrid, il se présenta chez le ministre le plus accrédité, lui dit que, les circonstances oii il s'est trouvé ne lui ayant pas permis de voyageir sous son vrai nom, il vient lui déclarer qui il est, réclamer ses bontés, et obtenir la protection royale pour demeurer à Madrid. Il raconte en même temps au ministre tous ses
I. Gabriel de Sartine (1729-1801), né à Barcelone, conseiller au Ghâtelet, maître des requêtes, lieutenant général de police en 1709; son rôle fut, à ce titre, très important dans l'assainissement et les embellissements de Paris. En 1774, il devint ministre de la marine et, en dépit des brocards du public, fit œuvre utile ; il fut disgracié sous l'influence de Xecker en 1780.
malheurs et parvient à l'intéresser à sa situation.
Le ministre le prie de l'attendre dans son cabinet, et il va apprendre au roi l'arrivée de M. de Sartine. Le roi' veut que le ministre le lui amène sur-le-champ, et lorsqu'il l'aperçoit il lui témoigne, plus en ami qu'en monarque, la joie qu'il a de le voir dans ses Etats. Il lui fait raconter toutes ses aventures, et finit par lui dire qu'ils ne se sépareront point. Il désire qu'il jouisse auprès de lui de la plus grande considération, qu'il retrouve en Espagne tout ce qu'il a perdu en Fiance.
Après une ou deux heures de conversation, le monarque, qui avait promis à un grand seigneur de se trouver à sa noce, veut que M. de Sartine l'y accompagne. Il a beau s'excuser en disant <[u"il est encore en habits de voyage et qu'il n'a paru ainsi devant Sa Majesté que par son ordre, il lui répond que c'est l'homme et non l'habit qu'il considère et (ju'il ne veut pas perdre un instant pour le présenter à sa Cour.
La Cour était rassemblée chez le grand seigneur, et tous furent témoins des attentions et des caresses du roi pour son nouvel hôte. Il met le comble à ses bontés en le faisant loger dans un des plus beaux palais de Madrid. Voitures, chevaux, laquais, tout lui fut prodigué.