L'ARGENT DANS LA SUISSE
M. de Saint-Mexent m'a raconté que, voyageant avec M. de Reding, sénateur de Berne, il lui avait dit que le petit pays de SchAvitz', qui a donné son nom à toute la Suisse, lui paraissait si agréable à habiter qu'il était tenté de s'y établir.
(( C'est un fort beau projet que vous n'exécuterez pas, lui dit le sénateur, je vais vous en dire la raison.
« Vous pourriez, sans doute, y vivre à bon marché, mais je craindrais que ce bon marché ne vous devint bientôt ruineux par les difficultés que vous y trouveriez et dont vous ne pourriez vous tirer qu'avec de l'argent.
« L'argent chez nous fait tout. Si quelquefois il fait du mal, il fait aussi du bien et sauve même de la mort.
u A ce propos je vais vous dire ce qui est arrivé
I. lu des vingt-deux cantons de la Confédération helvétique, canton forestier.
à iiii (le mes oncles, landairunan ' du lieu même où vous voudriez vous établir. J'avais un autre oncle colonel des gardes-suisses à Paris. Ce dernier avait fait avec M. de Choiseul un nouveau traité. Ses ennemis, prétendant qu'il était désavantageux à la nation, représentèrent mon oncle comme traître à son pays.
(( Bientôt les habitants, croyant à une trahison, et se persuadant que leur landamman était complice du colonel son frère, le saisissent et s'apprêtent à le tuer à coups de bâton. Un domestique, (jui se jette sur lui pour parer les coups, est mis Ti mort. Il allait périr, loisque survint un de ses amis.
« Arrêtez, ciie-t-il ; avant de tuer cet homme, il (( faut le juger, comme le font tous les peuples ci- (( vilisés )). Il harangue la foule et l'amuse quelques instants.
« Entre temps, la femme du landamman qu'il jivait fait prévenir, arrive les poches pleines d'argent, et suivie de ses servantes qui en portaient une grande quantité. Elle le distribue adroitement et les dispositions du peuple se trouvèrent aussitôt changées.
1. Le gouvernement de ce canton est à forme républicaine démocratique, dont le président (landamman) a l'exécutif. — Cet Alovs Reding lutta toute sa vie contre la France pour l'indépendance de son pays (l798-I8():^-l8o9i8i4).
(c Une voix: s'élève et déclare que le colonel peut être coupable sans que son frère le soit; depuis quelque temps les deux frères ne vivaient pas ensemble, un autre ajoute : « Ils étaient brouillés, (( notre landernian est un parfait honnête homme.»
(( Finalement on lui confirme ses pouvoirs pour six ans de plus. Voilà les miracles de l'argent. Allez donc vivre au pays de Schwitz. »
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