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LE MARQUIS DE MARNEZIA AU SCIOTO

Le marquis de Alaraezia', membre de UAssemblée nationale, voyant la tournure que prenaient les choses, crut qu'il serait prudent de quitter la France et de faire ailleurs un établissement solide.

Les Etals-Unis d'Amérique avaient offert des terres aux Européens qui voudraient venir les cultiver, et déjà beaucoup de Français, mécontents de la Révolution, avaient pris le parti d'aller cultiver ces terres.

M. de Marnézia vendit une terre considérable

1. Claude-t'rançois- Adrien de Leztiy-Marnezia (1705-1810), d'une ancienne famille de Savoie, servit dans la maison du Roi, puis quitta l'armée pour s'occuper d'agriculture avec passion. 11 fut député en 1789 et démissionna pour aller fonder en Amérique, près de Pittsburg, une colonie; mais ce fut une faillite. Il réunissait, avant 1789, à son château de Monthomé. toutes les célébrités du temps : il a collaboré à V Encyclopédie et écrit de nombreux ouvrages sur la campagne.

dont il retira plas de cent mille écus, engagea à son service plusieurs familles de laboureurs, et partit avec un nombreux cortège pour se rendre en Amérique. Il fut fort bien accueilli, et on lui ofTrit des terres oij il aurait pu faire le plus bel établissement, s'il n'eût pas désiré se réunir à ses compatriotes.

Il alla donc au Scioto' s'établir auprès d'eux, mais ses illusions tombèrent bien vite. Il trouva parmi les Français du Scioto les mêmes passions qui lui avaient fait fuir la France. Le goût de la liberté y était sans aucun frein, l'égalité ne permettait point d'y reconnaître aucun chef, et tous les habitants étaient dévorés par l'envie et la jalousie.

Le marquis de Marnez ia, arrivant avec une grande fortune, ne pouvait qu'exciter ces passions. Il ne tarda pas à se repentir d'être venu dans ce lieu; mais puisqu'il y était, il voulut au moins tenter un elï'ort pour mettre un certain ordre dans cette colonie.

Il rendit compte aux États-Généraux de la province où elle se trouvait, et leur proposa ses vues pour remédier aux désordres dont il se plaignait.

Les Etats applaudirent et ne crurent pouvoir mieux faire que de l'établir comme leur représentant, une sorte de vice-roi dans la colonie.

1. Partie do l'HInl do l'Oliio rivoraine de la rivière Scioto.

Il semble qu'avec un tel pouvoir, joinl à la naissance, à la fortune, à l'intelligence, il aurait dû en imposer. Mais les principes révolutionnaires avaient trop pénétré même ceux qui se disaient aristocrates pour qu'il fût possible de rien faire.

Après beaucoup de déboires, le marquis de Marnezia réunit les débris de ses fonds et aima mieux aller végéter dans quelque coin de l'Europe que d'être vice-roi au Scioto.

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