‹ Les historiettes de M. le chanoine de FabryChapitre 32 sur 121 · LA BANQUE DE VENISE RAFLÉE · texte numérisé non relu

LA BANQUE DE VENISE RAFLÉE

Rien n'était, jadis, plus célèbre que le carnaval de Venise. Les plaisirs et surtout le jeu y attiraient les amateurs de toutes les parties de l'Europe. Sous les yeux mêmes de la loi, se tenait une banque fameuse. Un sénateur y présidait et plusieurs autres sénateurs étaient chargés d'y maintenir la police et le bon ordre.

Le banquier sénateur avait à ses côtés des montagnes d'or, avec lesquelles il faisait face à tous les événements de la fortune. Les étrangers pouvaient s'y présenter masqués ou à visage découvert.

Un beau jour, tandis qu'une foule de joueurs y étalaient, de toutes parts, des rouleaux d'or, on vit un homme masqué, d'une haute stature, s'avancer gravement et mettre modestement une ou deux pièces d'argent sur une carte.

« Masque, lui dit d'un ton sec le sénateur, de l'or ou retirez-vous.

— De l'or, répond le masque en élevant la

voix, eh bien, morbleu, je fais face à la banque. »

Se tournant vers deux masques qui l'accompagnaient : c( Messieurs, leur dit-il, découvrez-vous et répondez pour moi. » C'étaient deux des plusriches banquiers de Venise, et ils répondirent sur la parole et la solvabilité de Tétranger.

Le président trembla, et n'osa pas courir le risque d'engager toute la banque, sans en avoir conféré avec les autres sénateurs présents. Ils tinrent ensemble un petit conseil dans lequel il fut résolu, pour l'honneur de la banque même, de répondre au défi.

Le président, d'une main tremblante, interroge l'oracle, et l'oracle répond en faveur de létranger. La consternation règne parmi les sénateurs, et l'étranger donne à peine quelque signe de satisfaction. Il avait une suite assez nombreuse à qui il ordonne de prendre tout cet or. Il était sur un grand tapis que huit personnes eurent bien de la peine à transporter dans une salle voisine où se tenait le bal. Ce tapis avec l'or fut déposé au milieu de la salle.

(( Mesdames, dit l'étranger, voilà des dragées que je viens vous oftVir. » Toutes les dames virent cet or avec envie, mais aucune n'osait y toucher, ne sachant de qui leur venaient ces dragées.

« Vous pouvez en toute assurance les recevoir, leur dirent les deux banquiers démasqués de Venise, de l'auguste main f[ui vous les ofire. »

Cela donna de la conliance. Une petite danne qui était tout près du las ne fit que se baisser un peu, et en prit une poignée. A son exemple, ses voisines y portèrent aussi les mains, et alors ce fut à qui en remplirait ses poches. Dans moins d'une heure, le tapis resla net.

On était bien curieux de connaître le noble et généreux étranger en état de faire de lelles magnificences. On ne tarda pas à savoir ([ue c'était Auguste HT, électeur de Saxe et loi de Polo-

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