NOBLE FIERTÉ DU DUC DE BRISSAC
J'ai vu à Paris, dans ma jeunesse, le vieux maréchal de Brissac', signalé par ses deux queues, et non moins distingué par ses vertus religieuses, que par sa naissance et sa bravoure.
Dans le temps que la France occupait le pays de Clèves et de Juliers, il y avait été envoyé en qualité de gouverneur. Celui qui l'avait précédé dans ce gouvernement s'y était enrichi. Mais le •duc de Brissac fit voir aux habitants de ce riche pays combien il préférait l'honneur à un vil intérêt.
Les magistrats de Clèves s'empressèrent à son arrivée de venir le haranguer, et terminèrent leur harangue en le priant d'agréer un bassin d'argent contenant un millier de louis d'or.
I. J.-P. Timoléon de Cossé-Brissac (1098-178'!), ïnaréclial ■en 17G8, descendant d'une longue lignée de niarécliaux de France; le fait auquel Fabry fait allusion a du se passer pendant la guerre de Sept ans.
(( A quel titre, leur dit-il, prétendez-vous me faire ce présent? Est-ce pour payer mes services? C'est au roi seul que je les dois ; il est assez puissant pour les récompenser. A vous, je dois la justice, et j'aurai soin de vous la rendre. Vous seriez-vous flattés de me corrompre? Allez, vous êtes des insolents. »
Il ne peut pas assez leur montrer son indignation, et les magistrats, encore plus étonnés de cet acte de vertu qu'humiliés des paroles dures qu'ils venaient d'entendre, se retirèrent fort satisfaits de voir que le véritable honneur français s'accordait si bien avec leurs intérêts.