I. Il s'agit du général, comte do Marbeuf, non du marquis
des deux époux ne réussirent pas mieux. Depuis ce temps, la marquise de Marbeuf, ne conservant de son mari que le nom, vécut comme une veuve.
Le marquis de Marbeuf était menin de M. le Dauphin. La facilité qu'il avait de voir Madame Adélaïde de France S et les aimables qualités de cette princesse, lui inspirèrent une vive passion pour elle. Il n'y avait en cela rien d'extraordinaire, mais ce qui l'était beaucoup, c'est qu'il se croyait aimé de la princesse, qui pourtant fut toujours très réservée et très froide à son égard.
Il prit la liberté de lui écrire que depuis longtemps il l'aimait et qu'il était d'autant plus disposé à l'épouser qu'il l'adorait. Madame Adélaïde montra cette lettre au roi, ce qui ne fut pour eux qu'un sujet de plaisanterie. Une seconde lettre suivit, tout aussi brûlante que la première.
Quelques jours après, vers le milieu de la nuit, l'amant transi gagna l'appartement de la princesse. Le suisse de la première antichambre lui refusa la porte; mais il lui parla si bien que, convaincu qu'il avait quelque mission secrète du roi ou du dauphin auprès de la princesse, il le laissa passer. Dans la seconde antichambre, un valet dormait; dans la pièce suivante, la femme
I. Madame Adélaïde de France 1^^1732-1800), fdle aînée de Louis \V.
de chambre était endormie; il n'était plus question que d'entrer chez la princesse. Le bruit qu'il fît en ouvrant la porte éveilla la femme de chambre, qui put crier avant qu'il ne fût entré :
« Madame, c'est M. de Marbeuf qui va rentrer. »
Madame Adélaïde saule de son lit en chemise et n'a que le temps de se cacher dans une garderobe où il y avait une sonnette et une porte de communication vers le fond. Elle sonne; une de ses femmes vint la joindre :
« Allez sur-le-champ, dit-elle, annoncer au roi que M. de Marbeuf s'est avisé de rentrer dans ma •chambre. »
Le roi n'était pas encore couché; il se rend aussitôt dans l'apparlement de sa fdle et trouve M. de Marbeuf qui se promenait tranquillement en attendant le retour de la princesse. Il ne fut ni étonné, ni épouvanté de la présence du roi.
« Que faites-vous à cette heure dans la chambre de ma fille :> demanda le roi.
— Votre Majesté, répondit-il en riant, n'ignore pas le goût de la princesse pour votre serviteur, et je suis venu pour conclure un mariage qu'elle désire avec beaucoup d'ardeur. »
Le roi avait envoyé prévenir M. de Saint-Florentin', qui arriva aussitôt.