LA BONNE AVENTURE
Une diseuse de bonne aventure s'était rendue fort célèbre dans Paris et la curiosité attirait beaucoup de monde cbez elle.
M""^ de Coa..., de Ro... et de Alontboissier, se trouvant ensemble au spectacle, dans la même loge, résolurent d'aller, incognito, rendre visite à la voyante. Elles sortent aussitôt, sans prévenir leurs gens, mettent diamants et bijoux dans la poche, sautent dans un fiacre, et voilà mes trois folles qui vont chercher une bonne ou mauvaise aventure.
La bohémienne les fit entrer dans un grenier oij tout était disposé pour ses observations magiques ou astrologiques. Dans un premier essai de ses prédictions, elle eut l'art de les entretenir d'une manière flatteuse, la plus propre à aiguiser leur curiosité. Elle finit pas leur dire qu'elle leur apprendrait bien d'autres choses si elles vou-
laient se soumettre à une cérémonie indispensable pour ses opérations. Il ne s'agissait rien moins que de se déshabiller et de rentrer toutes nues dans un cabinet fermant à clef, où se trouvaient disposés les charmes magiques.
Elles consentent à tout, et lorsqu'elles furent dans le fameux cabinet, la magicienne tourne la clef, fouille tranquillement les poches des habits déposés par les dames, et, comme elle y trouve des bijoux de valeur, elle s'en empare et disparaît.
Au bout d'un quart d'heure les trois dames s'impatientent, elles appellent, point de réponse; elles font du bruit à la porte, personne n'arrive. Elles durent passer la nuit dans cet état, et ce n'est que le matin que l'une d'entre elles, trouvant le moyen de passer la tête à une lucarne qui dominait la rue, appela à grands cris les passants.
On avertit enfin la police du quartier. Le commissaire arrive avec ses alguazils jusqu'à la prison de ces dames. Elles ont beau dire qu'elles sont des femmes de qualité, et demander des habillements, attendu qu'elles sont toutes nues, le commissaire les traite comme des filles publiques, et ce n'est que lorsqu'elles eurent décliné leurs noms qu'on leur témoigna quelques égards.
Je ne sais comment leurs maris prirent cette aventure, mais ils durent s'en féliciter si cela a rendu leurs femmes moins folles.
L'une d'elles, M'"' de Monlboissier, est la malheureuse qui, à son lit de mort, fit promettre à son fils d'empoisonner son père. Le fils voulut bien exécuter ce crime, mais il ne réussit pas. Il fut enfermé à Pierre Encise où il est mort.